Les souvenirs des coûts qui dépassent largement le montant des contrats accordés demeurent frais à la mémoire du conseil municipal de Shawinigan, notamment avec la pénible expérience du chantier du secteur Lac-à-la-Tortue.
Les souvenirs des coûts qui dépassent largement le montant des contrats accordés demeurent frais à la mémoire du conseil municipal de Shawinigan, notamment avec la pénible expérience du chantier du secteur Lac-à-la-Tortue.

Les soumissions trop basses sont rejetées à Shawinigan

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
Shawinigan — Estimant que la plus basse soumission reçue ne permettait pas d’accomplir le mandat prévu, le conseil municipal de Shawinigan a décidé de reprendre l’appel d’offres pour les travaux d’entretien des espaces verts dans le secteur Grand-Mère.

Il s’agit d’une situation pour le moins exceptionnelle. Régulièrement, les élus rejettent des soumissions lorsqu’ils jugent que les prix dépassent substantiellement les montants budgétés. Mais rejeter des offres et reprendre le processus parce que la proposition la plus avantageuse est trop basse, voilà une décision qui sort de l’ordinaire.

L’appel d’offres a été publié le 10 mars et les soumissionnaires avaient jusqu’au 30 mars pour confirmer leur dépôt. Le contrat a suscité beaucoup d’intérêt, puisque neuf entreprises se sont manifestées.

Le Groupe Veillette de Shawinigan a déposé la soumission la plus basse, à 103 200 $ pour l’ensemble des années 2020, 2021 et 2022. À l’autre bout de la liste, une compagnie à numéro de Saint-Boniface proposait de faire le même travail pour... 586 063 $. Les Entreprises Marc Brouillette avait déposé la deuxième meilleure proposition, qui était quand même tout près de 60 000 $ plus élevée que celle du Groupe Veillette.

Plutôt que d’accorder le contrat au plus bas soumissionnaire conforme, les élus ont décidé de rejeter toutes les propositions et de reprendre le processus d’appel d’offres.

Le préambule de cette résolution fait spécifiquement état de la «disproportion des prix et l’écart important entre le plus bas et le plus haut soumissionnaire».

Alexandre Veillette, président du Groupe Veillette, a pris connaissance de cette résolution lors de la retransmission de la séance en direct, mardi soir.

«J’ai été un peu surpris que la Ville retourne en soumissions», reconnaît-il. «C’était la première fois qu’on soumissionnait dans une municipalité. Jusqu’ici, nous n’étions que dans le privé et l’institutionnel.»

M. Veillette explique que sa jeune entreprise, lancée en 2014, bénéficie de certains avantages par rapport à ses concurrents.

«Nous avions fait nos devoirs», assure-t-il. «Nous n’avons pas les frais fixes que les entreprises ont en général. Je n’ai pas de garage ou de secrétaire à payer. Nous sommes une petite entreprise familiale. Mon père travaille à temps plein avec moi pendant l’été. Nos coûts sont donc beaucoup plus bas.»

L’entrepreneur confirme qu’il déposera une nouvelle proposition lors de l’appel d’offres qui sera lancé ces jours-ci, puisqu’il demeure convaincu qu’il peut réaliser ce contrat.

«Nous sommes spécialisés dans l’entretien paysager, le déneigement et le terrassement», énumère-t-il. «Tout notre équipement remonte à un maximum de deux ans.»

Son intérêt a été attiré par le milieu municipal à la suite de la crise de la COVID-19.

«Avec la situation économique à la fin mars, tout s’est mis à fermer», rappelle M. Veillette. «Nos renouvellements de contrat au privé ont été très, très réduits. Habituellement, j’aurais présentement 80 % de mes contrats renouvelés. J’en ai à peine 20 %. C’est pourquoi nous nous sommes dirigés vers les services municipaux, où la possibilité qu’ils soient considérés comme services essentiels était très élevée.»

Dubitatif

Le dernier contrat pour l’entretien des espaces verts et la tonte de gazon, dans le secteur Grand-Mère, avait été accordé en avril 2018 aux Déneigements CBS Neault de Trois-Rivières, pour environ 45 000 $ par année en 2018 et en 2019. Or, l’offre du Groupe Veillette signifierait qu’il s’acquitterait de ce mandat pour 34 400 $ par année en moyenne, alors que la soumission de la compagnie à numéros de Saint-Boniface impliquerait plutôt une dépense moyenne annuelle de près de 200 000 $.

«Nous sommes capables de faire une analyse minimale», commente le maire, Michel Angers. «Quand il reste moins que rien au bout de la ligne, quand il faut que l’entreprise paye pour finir un projet, ça ne peut pas fonctionner.»

La Ville de Shawinigan vient de vivre un épisode assez pénible en termes de dépassement de coûts, avec le fameux chantier d’aqueduc et d’assainissement des eaux usées autour du lac à la Tortue. Après les processus d’appels d’offres qui avaient établi les contrats à 40,2 millions $, les dépassements de coûts ont plutôt propulsé la facture finale autour de 52,5 millions $.

«Je ne veux pas renommer de tristes projets où nous avons vu (cette situation) à beaucoup plus grosse échelle, mais en même temps, il faut être réaliste», reprend le maire. «Il faut s’assurer que l’entreprise à qui on donne le contrat aura la capacité de le réaliser, qu’on ne se fera pas lâcher en cours de route et que le contrat se fera selon les paramètres prévus dans le devis.»

M. Angers ajoute que la Ville de Shawinigan doit donner une raison au ministère des Affaires municipales et de l’Habitation pour refuser d’accorder un mandat au plus bas soumissionnaire conforme. Pour une rare fois, elle invoquera une offre trop basse, qui ne peut, selon son évaluation, couvrir ce qui est prévu au contrat.

«Nous avons tout simplement décidé de rejeter toutes les propositions et de refaire un appel de projets», résume le maire. «Les entreprises pourront soumissionner à nouveau et nous donnerons le contrat au plus bas soumissionnaire, si le prix est correct.»