Des citoyens comme Jean-Pierre Dufresne interpellent le maire de Shawinigan avec de plus en plus d’insistance au sujet des dépenses de la Ville.

Le début d’une nouvelle ère?

Shawinigan — Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais depuis que les Shawiniganais ont reçu leur compte de taxes municipales au début janvier, ils questionnent avec plus d’insistance les élus sur les dépenses annoncées par la Ville. De nouveaux visages se sont présentés aux assemblées publiques de janvier et février, sans compter la rencontre d’information fort animée du 5 février avec la firme Servitech, à l’Auberge Gouverneur.

Le compte de taxes a-t-il franchi une ligne que les contribuables ne peuvent plus supporter? Même si le maire, Michel Angers, revient systématiquement avec ses explications sur la nécessité de rajeunir des infrastructures désuètes et d’investir pour rendre Shawinigan attrayante, les citoyens semblent plus intéressés à entendre parler de stratégies pour réduire leur fardeau fiscal.

L’assemblée publique du 12 février a fourni un autre échantillon de ce mécontentement. Toujours assidus, les Jean-Pierre Dufresne et Robert Houle ont pris le micro pour questionner le maire. M. Dufresne souhaitait savoir, entre autres, si la Ville de Shawinigan épongerait le déficit de la dernière Classique hivernale organisée par les Cataractes à Saint-Tite. La réponse négative du maire l’a visiblement rassuré.

M. Angers connaît ses clients réguliers, mais d’autres citoyens suivent un peu plus attentivement les affaires municipales depuis le début de l’année. Le cas de Karine Bussière, qui a mobilisé la grogne autour du dernier compte de taxes, vient tout de suite à l’esprit.

Lors de la dernière séance, Claude Domaine a pris la parole pour dire que la Ville dépensait beaucoup trop pour les moyens qu’elle possède, une affirmation qui fait son chemin dans la population, mais qui pique toujours le maire.

«Je ne m’occupais pas de la politique, mais là, je trouve ça préoccupant», laisse-t-il tomber. «C’est sûr que vous tentez de mettre la ville belle. Mais vous dépensez trop.»

À chaque fois, le maire reprend ses arguments sur l’importance d’investir, de profiter des généreux programmes de subventions offerts par Québec et Ottawa pour refaire des infrastructures qui avaient été délaissées.

«Où je suis assez d’accord, c’est que le revenu moyen, à Shawinigan, est plus faible qu’ailleurs au Québec», convient le maire. «Il faudra regarder, dans nos finances, comment peut-on resserrer les choses dans notre organisation, tout en continuant à donner des services.»

Les citoyens ne se gênent pas pour citer des exemples concrets de sommes qu’ils considèrent mal investies. M. Domaine ne comprend pas que la Ville réserve 434 100 $ pour l’aménagement d’un centre de services aux citoyens à l’hôtel de ville. La fameuse clôture à l’ancienne gare du Canadien Pacifique, installée l’an dernier au coût de 58 000 $, alimente régulièrement les railleries.

De son côté, Claude St-Yves se demande pourquoi la Ville a acheté la gare ou l’ancien cinéma Roxy. Il ne comprend pas la stratégie de la Société de développement de Shawinigan d’acquérir des immeubles pour ensuite les louer à des entreprises, comme Bionest.

«Voulez-vous concurrencer Olymbec?», questionne-t-il.

De son côté, Gaétan Gélinas s’est déplacé à l’assemblée publique pour dire aux élus que la carte de crédit est pleine.

«Je reste à Saint-Gérard», explique-t-il. «Nous avons triplé les taxes depuis que nous sommes fusionnés à la belle ville de Shawinigan. Je commence à avoir mon voyage.»

Un peu plus tard, Sylvain Giguère s’est présenté au micro pour inviter le maire à entendre le «cri de désespoir» des citoyens. Pour sa part, Steve Fraser cherchait à comprendre le raisonnement du conseil municipal, qui refile les taxes parmi les plus élevées au Québec à l’une des populations les plus pauvres.

«Il me semble que ça ne va pas ensemble», fait-il remarquer. «Plus on va augmenter les taxes, plus les gens vont être pauvres!»

Les citoyens présents dans la salle applaudissent chaleureusement ces interventions. Le maire doit lever le ton de plus en plus souvent pour faire respecter l’ordre. S’agit-il d’un simple sursaut provoqué par le dernier compte de taxes ou d’une tendance lourde?

À l’écoute

M. Angers ne s’offusque pas d’être apostrophé de la sorte par les citoyens.

«Nous allons répondre systématiquement à toutes les questions qui seront posées sur les finances de la Ville», assure-t-il. «Je réfléchis sur la possibilité de faire une autre rencontre, l’automne prochain, sur la fiscalité municipale. Il se dit beaucoup de choses là-dessus.»

M. Angers précise que les élus ont convenu de mettre davantage à contribution la commission sur la vérification, mise sur pied l’an dernier et présidée par le conseiller du district des Montagnes, Claude Grenier. Les différents directeurs de service seront également sollicités afin de vérifier si de nouvelles économies peuvent être trouvées au cours des prochains mois. Le maire mentionne que ces orientations avaient commencé à être élaborées à l’automne, à la fin du règne de l’ex-directeur général, Gaétan Béchard.

«Nous avons mis en place une stratégie de réduction de la dette, mais on s’était alors demandé si on pouvait se projeter dans le temps en ce qui concerne le budget de la Ville», explique M. Angers. «Le gros chantier de l’eau potable sera bientôt derrière nous. Peut-on maintenant voir un peu plus loin?»