Le maire d’Hérouxville, Bernard Thompson, sur le chemin de la Grande-Ligne, dont la réparation nécessitera des débours de 1,1 million $.

Le chemin de croix d'Hérouxville

Hérouxville — Un réseau d’égout toujours pas fonctionnel et des factures imprévues qui s’accumulent: l’inoubliable chantier qui a perturbé les résidants autour du lac à la Tortue depuis plus de deux ans produit encore des irritants. Le maire d’Hérouxville, Bernard Thompson, se demande qui devra payer pour la remise en état du chemin de la Grande-Ligne, une voie de contournement utilisée pour accommoder l’entrepreneur général pendant la période la plus intense des travaux, mais dont la réfection est maintenant évaluée à 1,1 million $.

Cette très mauvaise surprise ne passe pas chez les élus, qui ne veulent absolument pas refiler cette imposante facture aux citoyens. M. Thompson s’attend à une collaboration du maître d’oeuvre de ces travaux, la Ville de Shawinigan, envers qui tous les pouvoirs avaient été délégués en 2017. Mais pour le moment, le maire d’Hérouxville n’a obtenu aucune confirmation d’aide possible, ce qui l’indispose au plus haut point.

Cette municipalité possède une longue liste de réclamations, mais la principale touche au chemin de la Grande-Ligne. Des portions d’asphalte ont été complètement retirées au début de l’automne, tellement la chaussée était effritée. L’accotement est lézardé sur la plus grande partie de la route et les nombreux trous la rendent difficilement carrossable par endroits. M. Thompson mentionne d’ailleurs que la Municipalité a reçu une mise en demeure d’un motocycliste, en raison de l’état lamentable de ce chemin. Même s’il n’est pas densément peuplé, plusieurs agriculteurs y résident.

Pendant les travaux, il s’agissait d’une voie de contournement privilégiée pour éviter de faire le tour du lac à la Tortue. Mais selon une évaluation effectuée par le service d’ingénierie de la MRC de Mékinac, Hérouxville devra trouver 1,16 million $ pour remettre ce rang en bon état.

«En donnant cette autorisation, je n’avais pas prévu que des centaines de poids lourds passeraient, au point de défoncer le rang au complet», explique M. Thompson. «C’est un accommodement que nous avons accordé, parce que Allen entrepreneur général ne voulait pas faire le tour du lac à chaque fois pour vider un camion. Mais cette route n’est pas conçue pour des poids lourds et ils se sont promenés là-dedans pendant deux ans. Ça n’aide pas!»

Le maire ajoute que Québec lui aurait suggéré d’utiliser les revenus annuels de la taxe d’accise pour procéder à ces réparations, une suggestion qu’il balaie du revers de la main.

«Elle n’est pas prévue pour cela!», fait-il remarquer. «J’ai une usine d’eau potable à refaire, la route Lefebvre, le rang Sud à refaire au complet... Je ne sais pas quel programme pourra être utilisé.»

Mal évalué

Même sans compter le chemin de la Grande-Ligne, M. Thompson estime à une quarantaine de milliers de dollars le montant supplémentaire défrayé par Hérouxville dans le cadre de ces travaux, pour toutes sortes de raisons.

«Des cas individuels de gens qui ne sont pas responsables de ce qui est arrivé, mais on parle de travaux bâclés, des situations inimaginables», déplore-t-il. «Par exemple, j’ai des personnes sur la rue St-Cyr où des carrés de pelouse ont été posés pour remplacer celle qui avait été enlevée. Deux jours après, un entrepreneur arrive et l’enlève, parce qu’on décide plutôt d’y aller par pulvérisation d’engrais. Ça remplace la pelouse, mais ils ont fait ça après la première neige. J’ai hâte de voir ça au printemps! C’est plein de niaiseries comme ça. Une autre fois, ils se sont repris trois fois pour poser du gravier lors des travaux de pavage. Des puisards ont été mal placés; ils ont dû en reprendre 25! C’est plein d’histoires à s’arracher les cheveux de la tête.»

«Ce projet a été très mal évalué», se désole M. Thompson. «Nous avons obtenu une aide financière d’un programme normé et pour cette raison, on ne peut pas dépasser les subventions attribuées. Il faut assumer nous-mêmes les dépassements.»

En janvier 2017, Ottawa et Québec confirmaient une aide financière de 35,7 millions $ pour ce projet. Il s’agissait de la plus importante aide financière accordée au Québec dans le cadre du Fonds pour l’eau potable et le traitement des eaux usées. Petit problème toutefois, les travaux étaient alors évalués à 42,5 millions $. Au printemps dernier, la Ville de Shawinigan a reconnu que la facture atteignait 51,9 millions $ et visiblement, le compteur tourne toujours.

«Les travaux sont terminés, mais personne n’est branché», se désole M. Thompson. «C’est aberrant, je ne sais plus quoi comprendre de ce projet.»

À Hérouxville, rappelons que ces travaux n’impliquaient aucun branchement d’aqueduc. Près de 200 résidences ont été raccordées au nouveau réseau d’égout, comparativement à 1075 du côté de Shawinigan.

«Je n’ai pas de problème avec des ententes intermunicipales, mais quand ça se transforme en dette plus élevée que prévu, j’aime pas mal moins ça», prévient M. Thompson. «Je ne suis pas content et Michel Angers le sait.»

Martin Asselin, conseiller du district des Boisés.

«Ça s’en vient»

Le conseiller du district des Boisés, Martin Asselin, souhaite obtenir une mise à jour précise sur l’exploitation du nouveau réseau d’égout autour du lac à la Tortue avant la présentation du budget, le 16 décembre. En attendant, il reconnaît que des irrégularités sont venues à ses oreilles au cours des dernières semaines et qu’il entend les doléances des citoyens.

«Ça s’en vient», réplique M. Asselin lorsqu’il est invité à estimer à quel moment le réseau deviendra fonctionnel. Il s’agit d’une réponse programmée à la Ville de Shawinigan, particulièrement depuis que le dernier échéancier de la mi-octobre n’a pas été respecté.

M. Asselin s’attendait à obtenir une mise à jour lors de la réunion plénière de lundi. Il devra encore patienter.

Pour le moment, le conseiller sait qu’une portion de conduites entre la Brasserie Tonio et le viaduc, vers le pont de Grand-Mère, était bouchée par du béton cet automne. «Ça a retardé pas mal les connexions», relate-t-il. 

D’ici la mi-décembre, M. Asselin croit qu’il saura finalement combien de citoyens se sont branchés illégalement au réseau, un comportement dénoncé par la Ville qui a également retardé le cours normal de la mise en service. Pire, des gens auraient également connecté leur pompe de puisard dans le nouveau réseau.

«Ça vient refouler», déplore-t-il. «Ça explique aussi pourquoi il y avait beaucoup d’eau dans le système. C’est encore pire que ceux qui avaient déjà connecté leurs toilettes, parce que ça surcharge le système. Il faut aussi trouver ces gens-là.»

Le conseiller municipal rappelle que les citoyens disposeront d’un délai d’un an pour se connecter lorsque l’autorisation sera enfin donnée. Il faudra également déterminer l’établissement d’une nouvelle taxation pour ces résidences.

M. Asselin sait aussi que des segments du chemin de la Vigilance, vers le lac Lafontaine, devront être repris. 

«L’asphalte a été fait pendant que c’était enneigé. Il faudra donc recommencer l’an prochain», souligne-t-il. «Ce sont de petits segments, mais il faut le refaire quand même.»