Sylvie Boisvert, devant le lac Vincent.

Lac Vincent: la contestation s’organise

Shawinigan — Malgré une forte opposition à la démarche entreprise par des promoteurs pour obtenir une modification de zonage afin d’autoriser les résidences de tourisme au lac Vincent, le conseil municipal de Shawinigan vient de décider de poursuivre le processus d’adoption du règlement. Les riverains sont déçus, mais la contestation s’organise.

En assemblée extraordinaire en fin d’après-midi lundi, les élus ont adopté, à l’unanimité, le second projet de résolution pour un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI) dans le secteur du lac Vincent, plus précisément sur la route des Champagne. Le 21 août dernier, 25 personnes s’étaient déplacées à une séance d’information à la salle du conseil municipal, où ils avaient exprimé leurs inquiétudes pendant deux heures.

Le projet consiste en la construction de six résidences qui pourraient être consacrées à une vocation touristique dans une zone spécifique du Domaine du lac Vincent. Les promoteurs, Jimmy et Mélissa Marcouiller, avaient décidé de réduire leur projet l’été dernier, mais les inquiétudes des riverains demeurent en raison de la fragilité du lac. Ils craignent particulièrement que les abus des fêtards de passage et l’augmentation de la circulation viennent brimer leur quiétude.

Malgré ces réserves clairement exprimées, le conseil municipal a décidé de poursuivre le processus d’adoption du PPCMOI. Le projet de règlement demeure le même, sauf qu’une clause prévoyant une distance maximale de six mètres entre une construction accessoire et un bâtiment principal a été abandonnée.

Le maire, Michel Angers, considère que les promoteurs ont fait leur bout de chemin dans ce dossier.

«Nous avons entendu des choses et le conseil pense que c’est un projet qui peut être porteur, intéressant», commente-t-il. «Même si on va vers une étude qui va se pencher sur l’impact du tourisme Airbnb, que des encadrements peuvent être faits, nous nous sommes demandés si on pouvait empêcher la location. Plein de gens louent déjà leur résidence. On va regarder ce qui se passe ailleurs, mais pour le moment, les promoteurs voulaient poursuivre leur projet. Le conseil municipal a débattu la question et a décidé d’aller de l’avant.»

Les promoteurs ont évidemment quitté la salle avec le sourire aux lèvres. Mme Marcouiller a même pris la peine de serrer la main de chaque conseiller après cette courte assemblée.

«Nous sommes contents que les élus appuient notre projet», mentionne la femme d’affaires. «On pense que nous faisons quelque chose de très respectueux.»

Compte tenu du faible bassin de population du secteur concerné et de la mobilisation des citoyens, une demande d’approbation référendaire devrait aboutir au bureau du greffe dans un avenir rapproché. Le cas échéant, les élus devraient décider s’ils souhaiteraient allez jusqu’au référendum, une étape qui n’a été franchie qu’une seule fois depuis la fusion.

«On verra», laisse tomber le maire. «La balle est maintenant dans leur camp.»

Déception

Étienne Vincent, président de l’Association des propriétaires du lac Vincent, ne peut évidemment cacher sa déception à la suite de cette décision.

«On n’est pas contre l’idée du Airbnb, mais on mélange ce concept avec celui des résidences de tourisme, qui deviennent vraiment une activité commerciale», nuance-t-il. «Je souhaite que la Ville réglemente pour le Airbnb, mais quand on parle de dézoner pour permettre un usage commercial, c’est un autre enjeu. Pour tuer une mouche, on sort le bazooka!»

M. Vincent s’attend effectivement à ce qu’une demande d’approbation référendaire soit déposée à l’hôtel de ville. Sylvie Boisvert, riveraine au lac Vincent, s’active déjà pour recueillir des signatures. Évidemment, elle n’a pas très bien reçu la position des élus.

«Beaucoup de gens s’étaient déplacés lors des réunions précédentes», rappelle-t-elle. «Nous avons essayé d’expliquer nos points, pourquoi on ne voulait pas de tourisme autour. C’est un endroit trop tranquille; on n’est pas sur le bord de la rivière Saint-Maurice! Il semble que ça ait passé quand même, alors on va manifester notre désaccord et on verra la suite.»

«Je sais qu’à tout moment, la municipalité peut arrêter le processus», rappelle Mme Boisvert. «Nous entreprenons cette étape et nous avons espoir que ça va arrêter. C’est beaucoup de démarches: les gens travaillent, ils n’habitent pas tous ici... C’est vraiment décevant que ça continue. Malgré tous les arguments que nous avons apportés, il faut croire que ce n’était pas assez pesant dans la balance. Les impacts de location touristique à court terme se vivent mondialement. Ce n’est pas assez encadré.»

Ironiquement, lors de la même séance extraordinaire, les élus ont mis fin au processus d’adoption d’un PPCMOI pour un autre dossier d’hébergement touristique, sur la 92e Rue. Des résidants avaient manifesté leurs inquiétudes sur ce projet le 19 août, surtout parce que les accès au site visé passaient par des chemins privés dont la circulation est autorisée par des servitudes de passage.