Incapable de s'entendre avec la Ville de Shawinigan sur l'emplacement de son stationnement hivernal, la Vallée Rocanigan a décidé de fermer définitivement ses portes.

La Vallée Rocanigan ferme ses portes

La Vallée Rocanigan n'est plus. L'entreprise qui offrait jusqu'à tout récemment des expériences nature dans le secteur Grand-Mère a définitivement fermé ses portes. Selon le propriétaire, Yvan Gélinas, le voisinage a eu gain de cause en mettant des bâtons dans les roues de son développement depuis des années.
Qui plus est, l'administration municipale a planté le dernier clou en obligeant le centre à relocaliser son stationnement d'hiver. Une dernière demande qui a fait déborder le vase et qui entraîne de surcroît la perte de cinq emplois.
Sur la page d'accueil de son site Internet, la Vallée Rocanigan annonce «avec regret» qu'elle «ferme définitivement son site dû à une situation complètement hors de notre contrôle. La Ville nous oblige à déplacer le stationnement à 200 mètres de la 50e Avenue. Or, ce changement nous empêche de poursuivre nos activités.» Neuf saisons seulement auront eu raison des douze kilomètres de sentiers de raquette balisés où l'on proposait également des services de nuitée en yourte.
Joint par téléphone, Yvan Gélinas avoue que l'obligation de déplacer le stationnement a été la goutte qui a fait déborder le vase. «On a accepté beaucoup de modifications que la Ville nous a proposées. On avait demandé 20 yourtes, la Ville a baissé ça à 10. On avait demandé des petits accessoires comme des camps de jour, ç'a été refusé. On voulait, de temps en temps, servir de la boisson des microbrasseries de la place, ç'a été refusé. Il nous restait donc les yourtes et le déplacement du stationnement. Pour nous, et ç'a été dit dès le début avec franchise, ce n'est pas possible», indique M. Gélinas.
«On a dit à la Ville qu'on n'était pas capable, physiquement, de faire ça», c'est-à-dire éloigner le stationnement à 200 mètres de la 50e Avenue. «Ça déferait la dynamique du site. Comme on est actuellement organisé, ça ne peut pas être mieux que ça. Il faudrait en plus reconstruire un poste d'accueil», mentionne M. Gélinas. «Ce n'est pas opérable ce que la Ville nous demande. Ça arrête là.»
Selon lui, la Ville tient «mordicus» à ce que le stationnement utilisé par les randonneurs l'hiver soit à 200 mètres de la 50e Avenue «pour la satisfaction du voisinage. Ce sont des choses qui se règlent avec le voisinage, mais c'est la Ville qui décide.» M. Gélinas aurait souhaité la collaboration de Shawinigan pour modifier le zonage en fonction de ses besoins. «On veut avoir la Ville sur notre côté, on en a déjà assez avec les voisins. On veut avoir la Ville sur notre bord, mais ce n'est pas ça du tout. C'est une partie de bras de fer et on n'a pas d'énergie à mettre là-dedans», déplore le propriétaire.
Depuis des années, plusieurs points achoppent entre la Vallée Rocanigan et les résidences situées à proximité, entre autres l'achalandage automobile sur le site et le bruit que cet achalandage entraîne. Actuellement, les visiteurs stationnent leur automobile à quelques mètres des voisins, voire directement sur la 50e Avenue lorsque le stationnement est plein. «Oui, il y a du monde, mais c'est en hiver. Les gens ont leurs châssis fermés, ils ne sont pas dans leur parterre, les autos ne sont pas bruyantes aujourd'hui. Alors qu'est-ce qui dérange tant?», se questionne M. Gélinas.
Ce n'est pas la première fois que les projets de développement de la Vallée Rocanigan défraient la manchette. Dès son ouverture en 2005, le voisinage s'était mobilisé pour empêcher M. Gélinas de développer un camping de 200 places. La Ville avait alors rejeté la demande de changement de zonage. Une demande du même genre avait également été refusée en 1986 et en 1997 par la Municipalité de Grand-Mère.
Qui plus est, en juin 2013, les voisins de la Vallée avaient fait part au conseil municipal de certaines doléances et craignaient que les activités du site nuisent à leur tranquillité. Un inspecteur municipal s'était alors déplacé et avait donné raison aux plaignants. Certaines activités offertes par le centre nature ne respectaient pas la réglementation. Entre autres, les yourtes étaient installées sur un territoire agroforestier, donc le propriétaire ne pouvait pas les louer comme des lieux d'hébergement.
Du côté de la Ville de Shawinigan, le maire Michel Angers indique que l'acceptabilité sociale est indispensable pour modifier le zonage de ce secteur et ainsi permettre à la Vallée Rocanigan de maintenir son stationnement aux abords de la 50e Avenue. «Il y a eu plusieurs rencontres d'information et les citoyens s'opposaient à ce que les véhicules soient en façade de la Vallée, dans la rue, etc. On avait réussi à s'entendre sur plusieurs autres éléments, de concert avec les citoyens», assure M. Angers.
«C'est malheureux, car la Vallée Rocanigan avait une belle notoriété, une belle renommée», ajoute M. Angers. «Je vais tenter autant que possible de voir s'il n'y aurait pas une opportunité potentielle mais, évidemment, il faut que cela se fasse en tout respect des citoyens qui sont dans les environs. On va voir à ça», conclut le maire.
La fermeture de la Vallée Rocanigan est définitive. Même si la Ville revient sur sa position, M. Gélinas estime que c'est trop peu, trop tard. Pour l'heure, il ne sait pas encore ce qu'il adviendra de cet espace de verdure qui s'étend sur 110 acres. «On va laisser retomber la poussière», conclut-il.