La juge Suzanne Ouellet, au centre sur la photo, est allée visiter les installations de Bel Air Laurentien aviation au lac à la Tortue.

La juge Ouellet visite l’aéroport

SHAWINIGAN — Le procès du recours collectif de la Coalition contre le bruit contre Bel Air Laurentien aviation sur les préjudices subis par l’activité des vols touristiques d’hydravions a franchi mercredi une étape importante. Après 23 jours de procès, toutes les parties ont présenté leurs preuves et fait entendre leurs témoins. Afin de se faire une idée des lieux, la juge Suzanne Ouellet s’est rendue au lac à la Tortue avec les sept avocates impliquées dans ce procès.

Une fois les procédures au palais de justice de Shawinigan terminées, la juge Suzanne Ouellet s’est rendue visiter l’aéroport du lac à la Tortue de même que les installations de Bel Air Laurentien aviation. La magistrate avait formulé cette demande mardi durant le procès. Après avoir consulté plusieurs cartes dans le cadre du procès, elle voulait s’imprégner des lieux pour mieux se préparer à rendre un jugement éclairé.

Elle était accompagnée de la greffière du procès, ainsi que des deux avocates de la Coalition contre le bruit, des deux avocates de Bel Air Laurentien aviation, les deux avocates représentantes de Transports Canada de même que l’avocate du procureur général du Québec. Toutes ces femmes de droit ont laissé les toges au palais de justice pour accompagner la juge dans sa visite.

Même si elle était à l’extérieur des murs du palais de justice, cette visite a été faite dans les règles de l’art. Des avocates enregistraient les questions posées par la juge ainsi que les réponses. Tout devait être consigné au procès-verbal. Les trois personnes qui répondaient aux questions, Alfred St-Onge et Danielle Mongrain de Bel Air Laurentien aviation de même que Liliane Guay la présidente de la Coalition contre le bruit, ont d’ailleurs tous été assermentées mercredi avant la visite.

Les deux propriétaires de Bel Air Laurentien aviation, Alfred St-Onge et Danielle Mongrain, ont accompagné la juge Ouellet partout où elle souhaitait se rendre. Après avoir visité le restaurant de l’aéroport aujourd’hui fermé, le cortège s’est rendu sur les quais des hydravions, avant de poursuivre avec la visite des hangars, des ateliers de réparation mécanique de même que le centre d’interprétation sur l’histoire de l’aviation de brousse.

La juge Suzanne Ouellet a même pu avoir accès aux trois hydravions de Bel Air Laurentien aviation. Tous les appareils étaient à quai. Elle a alors pu se faire une idée des hydravions utilisés par l’entreprise, dont plusieurs témoignages faisaient état lors du procès. Un hydravion, qui n’appartient pas à Bel Air Laurentien aviation, a même amerri lorsque la juge était sur place.

Par la suite, la juge a fait le tour du lac à la Tortue pour voir les lieux de résidence de certaines personnes qui se disent incommodées par le bruit des vols touristiques d’hydravions.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’une mesure exceptionnelle dans ce type de litige, une visite sur le terrain d’une juge et de tous les avocats n’est pas une chose très fréquente.

Retour du débat sur les sonomètres
Les avocates de la Coalition contre le bruit ont appelé à la barre des témoins mercredi Bruno Paillard, un ancien professeur de l’Université de Sherbrooke en génie électrique aujourd’hui à la tête de Convergence instruments. Cette entreprise se spécialise dans la conception et la production de sonomètre. Elle a d’ailleurs conçu le sonomètre Noise Sentry, l’appareil utilisé par la Coalition contre le bruit pour prendre ses mesures.

Lorsque la firme Vinacoustik a pris les mesures sonores en 2016, c’est un modèle de Noise Sentry qui a été utilisé. Or, Jacques Savard, directeur adjoint, acoustique et vibration chez SNC-Lavalin, avait qualifié les équipements utilisés par Vinacoustik de «sonomètres jouets». Il affirmait que les Noise Sentry ne peuvent rendre des données très précises et ses utilisateurs doivent en tenir compte.

Dans son témoignage, Bruno Paillard a indiqué le contraire. Il a longuement expliqué les tests qui sont faits sur les sonomètres pour garantir leur bon fonctionnement.

«La stabilité du micro [de cet appareil] dans le temps est remarquable», a-t-il dit en précisant que c’est le cas même si le sonomètre est utilisé en hiver.

Le seul défaut du Noise Sentry serait toutefois la vulnérabilité du microphone lorsqu’il y a infiltration de poussière.

Une des avocates de Bel Air Laurentien aviation, Me Myriam Brixi, a notamment demandé en contre interrogatoire à Bruno Paillard la raison qui explique le bas coût des sonomètres développés par son entreprise, qui peuvent se détailler à près de 500 $ contre plusieurs milliers de dollars pour la plupart des sonomètres utilisés pour des mesures professionnelles.

M. Paillard a répondu que le coût des sonomètres de son entreprise utilise des microphones de téléphones cellulaires, ce qui permet de réduire les coûts de production.

Le procès doit reprendre le 26 juin avec les plaidoiries des avocates. Trois jours sont alors prévus pour cette étape.