Liliane Guay, présidente de la Coalition contre le bruit.

«Je souhaite que la cohabitation redevienne possible»

Shawinigan — La présidente de la Coalition contre le bruit, Liliane Guay, ne souhaite pas saigner à blanc Bel-Air Laurentien aviation dans le cadre du recours collectif instruit au palais de justice de Shawinigan. Le visage de cette bataille ne veut rien de plus que la quiétude qui prévalait lorsqu’elle s’est installée autour du lac à la Tortue, en 1991.

La neuvième journée du procès a été entièrement consacrée à celle qui agit à titre de personne désignée dans le cadre de ce recours collectif pour limiter les vols d’hydravions touristiques. Elle représente les 2327 personnes qui habitent dans le périmètre visé, soit à 200 mètres ou moins de la ligne des hautes-eaux du lac à la Tortue depuis le 21 juin 2008.

Bien que la demanderesse réclame une somme de 5000 $ par membre pour chaque année d’inconvénients subis en raison du bruit depuis juin 2008, Mme Guay n’en a même pas fait mention lorsque son avocate, Me Catherine Sylvestre, lui a demandé quelles conclusions elle recherchait pour Bel-Air Laurentien aviation à la suite de ce recours.

«Je souhaite que ça redevienne comme c’était avant», a-t-elle exprimé. «Je souhaite que la cohabitation redevienne possible et agréable, comme on l’a déjà connue.»

Mme Guay a emménagé au lac à la Tortue avec son conjoint en 1991. À ce moment, il s’agissait d’une résidence secondaire pour le couple, qui s’y rendait toutefois dès que l’occasion se présentait. Elle habite l’endroit en permanence depuis 2006, après sa retraite comme fonctionnaire fédérale.

Pour Mme Guay, la vie autour du lac se déroulait sans histoire jusqu’au milieu des années 90, alors que les premiers vols d’hydravions touristiques ont commencé à être offerts. Comme elle ne résidait pas au lac en permanence à ce moment, elle n’a pris conscience des inconvénients causés par le bruit que très progressivement.

Au moment de sa retraite, au printemps 2006, son mari lui demande si elle voulait se joindre à un nouveau mouvement, la Coalition contre le bruit.

«Je n’étais pas intéressée», témoigne Mme Guay. «À ce moment, je voulais seulement me reposer. Mais je me suis aperçue que si je voulais me reposer, je devais militer!»

Lors des années qui suivirent, Mme Guay a vécu les inconforts déjà relatés depuis le début du procès par de nombreux riverains lors des intenses périodes de décollages, particulièrement à l’automne. Impossible de discuter à l’extérieur, de faire une sieste, de prendre un repas sur une terrasse. En plus d’être privée d’une qualité de vie, elle mentionne que les vols d’hydravions touristiques créent de l’anxiété, une augmentation de sa pression artérielle et du stress. Au quotidien, l’humeur est affecté.

«On devient exacerbé, marabout, obstiné, intolérant, ce qui engendre des prises de bec, de l’exaspération», défile-t-elle. «Ce n’est pas agréable.»

La présence de deux hydrobases au lac a empiré la situation, regrette Mme Guay. En 2013, la fermeture d’Aviation Mauricie l’a améliorée, mais à compter de 2015, le climat sonore a recommencé à se détériorer.

«À l’automne, c’est invivable», tranche-t-elle. «La seule solution, c’est disparaître! Nous, au lac, nous n’avons pas le droit de profiter des couleurs.»

Le témoignage de Mme Guay s’est étendu sur une heure et le contre-interrogatoire de Me Karine Joizil a franchi pratiquement la même durée.

L’avocate de Bel-Air Laurentien aviation s’est particulièrement intéressée à la Coalition contre le bruit comme mouvement. La présidente avait confié que cet organisme à but non lucratif comptait 235 membres. Me Joizil souhaitait savoir comment ils étaient recrutés, l’évolution du membership au fil des années, où ils habitaient et surtout, leur participation aux assemblées générales annuelles.

Ces questions pointues n’ont pas toujours trouvé de réponses précises. Me Joizil s’en est étonnée.

«Vous vous souvenez des infractions (aux restrictions de vols touristiques) commises au lac, vous vous souvenez de l’évolution du climat sonore au fil des années, mais vous ne vous souvenez pas du nombre de personnes présentes aux assemblées que vous présidiez. C’est ça, votre témoignage?»

Me Joizil a également fait reconnaître à Mme Guay que son travail constituait une source importante de stress avant sa retraite.

Le procès se poursuit mercredi, alors que la partie défenderesse commencera à faire entendre ses témoins. Deux fonctionnaires de Transports Canada, un ministère très critiqué depuis le début de l’instruction, sont notamment attendus.