Sonia Tremblay, propriétaire de l’Auberge Gouverneur de Shawinigan.

«Je n’ai jamais vu ça de ma vie»: la communauté d’affaires shawiniganaise bousculée par le coronavirus

SHAWINIGAN — Il a fallu moins d’une heure pour que le chiffre d’affaires printanier de l’Auberge Gouverneur de Shawinigan fonde comme neige au soleil, jeudi.

«En 45 minutes, 700 nuitées ont été annulées», encaisse Sonia Tremblay, propriétaire du principal établissement hôtelier de la ville. «J’en suis à plus de 200 000 $ d’annulations. Et là, je ne parle pas du restaurant (Pacini). Nous avons coupé du personnel pour la fin de semaine.»

«C’est une catastrophe, mais on va passer à travers. Heureusement, j’ai un comité de direction extraordinaire. Nous allons essayer de minimiser les pots cassés.»

Mme Tremblay souhaite un support gouvernemental pour aider les entreprises privées à traverser cette tempête.

«Depuis 24 heures, 95 % des appels que nous recevons, c’est pour faire le travail inverse», image-t-elle. «C’est pour des annulations plutôt que des réservations. Pour mon équipe, ça prend un moral de fer. Il va falloir que les gouvernements soient responsables, c’est clair. C’est impossible de passer à travers sans aide. Impossible!»

«Je n’ai jamais vu ça de ma vie», assure l’expérimentée femme d’affaires. «Même le 11-septembre, ça n’a aucune comparaison pour nous. Nous étions complets pendant trois jours pour le rendez-vous de Bicolline, avec les repas au Pacini. Il n’y a plus rien!»

Mme Tremblay estime qu’il ne restera plus que 12 de ses 70 employés en poste, la semaine prochaine.

«Je pense sincèrement que le monde touristique et celui de la restauration vont changer au cours des deux prochains mois», prédit-elle.

L’annulation du Bal pourpre et du Synode du Duché de Bicolline, le 21 mars, heurte également l’hôtel Comfort Inn, dans le secteur Shawinigan-Sud. Le rendez-vous est toutefois remis au 25 avril.

«Nous avons énormément d’annulations», convient la directrice, Marie-Chantale Langlais. «Nous avions un groupe de Bicolline qui devait venir la semaine prochaine: 52 chambres. En avril, j’ai moins de chambres disponibles.»

«Nous sommes tous un peu en attente», constate Mme Langlais. «J’espère que leur vaccin va fonctionner!»

Cette incertitude se sent également chez les Cataractes de Shawinigan, qui s’apprêtaient à entreprendre la lucrative période des séries éliminatoires dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Vendredi après-midi, le directeur général et actionnaire, Martin Mondou, ne savait même pas ce qu’il adviendrait du reste du calendrier régulier, dont les deux derniers matches locaux prévus samedi et mercredi.

En raison des impératifs entourant la présentation de la Coupe Memorial, du 21 au 31 mai à Kelowna, M. Mondou ne serait pas étonné que la saison régulière soit terminée et que les activités reprennent en séries.

Le directeur général ne veut pas entrer dans le détail des pertes financières appréhendées, puisque le portrait reste à être éclairci.

«C’est difficile à évaluer pour le moment», laisse-t-il tomber. «C’est du gros argent et les séries sont importantes.»

Les Cataractes ont dû reporter leur soirée de financement Donner, c’est compter, organisée avec la collaboration de la Fondation de la santé et des services sociaux de l’Énergie. L’activité était prévue le 19 mars à Espace Shawinigan. Près de 500 personnes étaient attendues.

Du reste, la directrice générale de la Cité de l’Énergie, Sandie Letendre, estime à près de 40 000 $ les pertes subies en raison de l’annulation d’événements au cours du prochain mois à Espace Shawinigan. Sept activités sont annulées ou reportées.

Le Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins et le DigiHub doivent aussi rebrasser leurs cartes dans ces circonstances exceptionnelles. Vendredi, la direction a annoncé que les rencontres regroupant plus de 50 personnes ne pourront être organisées jusqu’à nouvel ordre. Pas plus tard que jeudi, le TechnoHub avait réuni une centaine de personnes. L’ancienne Wabasso accueille quelque 250 employés dans une cinquantaine d’entreprises.

Philippe Nadeau, directeur général du DigiHub, mentionne que des visites de missions économiques de France et d’une chambre de commerce marocaine ont été annulées. Par ailleurs, une délégation de Shawinigan devait se rendre à Bordeaux du 6 au 12 avril, un rendez-vous qui tombe à l’eau.

Spectacles déplacés

Au Centre des arts, la direction a annoncé, vendredi, le déplacement de quatre spectacles. Celui des Soeurs Boulay, prévu samedi, est reporté au 21 mai. Les 2Frères se produiront le 7 mai plutôt que le 21 mars. Mario Pelchat est attendu le 24 mai plutôt que le 26 mars alors que le spectacle de Jean-François Mercier, d’abord prévu le 28 mars, est repoussé au 5 juin.

Toutes les activités entourant l’événement Passeport pour l’île de la Réunion sont annulées. Par contre, tous les spectacles présentés à la Maison de la culture Francis-Brisson sont maintenus pour le moment.

«Nous pouvons y accueillir un maximum de 134 personnes», explique Bryan Perreault, directeur général et artistique chez Culture Shawinigan.

«Les spectacles se poursuivent. Il me faut une ligne de conduite claire et c’est celle du gouvernement.»

M. Perreault doit toutefois annuler des engagements pris avec certaines écoles pour des spectacles en mai, afin de rendre de nouvelles dates disponibles au Centre des arts pour des représentations professionnelles.

L’autre conséquence majeure sera vécue par le personnel. Une vingtaine d’employés à temps partiel subiront les impacts financiers de ces changements de programmation.