Félix Lapointe, sa mère Michèle Lafontaine, présidente de l’OBNL J’ai mon appart’, Marie-Chrisitine Morand et sa belle-sœur Josée St-Pierre, vice-présidente du conseil d’administration de l’OBNL J’ai mon appart’, étaient présents au Défi Réjean Huard pour faire la promotion du projet J’ai mon appart’.

«J’ai mon appart’» sur la voie du succès

SHAWINIGAN — Plutôt que de laisser l’angoisse avoir le meilleur d’eux, ne sachant pas ce qu’il adviendra de leur enfant touché par une déficience intellectuelle quand ils ne seront plus là pour voir à leur bien-être, des parents de la région ont pris le parti de guider leur protégé sur le chemin de l’autonomie. Et leur projet, «J’ai mon appart’», est sur la voie de la réussite, alors que la Ville de Shawinigan leur cédera bientôt un terrain pour la construction d’un immeuble à appartements supervisés.

Michèle Lafontaine est la mère de Félix, un jeune homme de 25 ans atteint d’une déficience intellectuelle. C’est elle qui préside le conseil d’administration de l’OBNL J’ai mon appart’. Le projet ambitionne de créer 12 appartements supervisés pour adultes vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme, dans le secteur Grand-Mère.

Évalué à plus de 2,7 millions $, le projet vient de franchir une importante étape alors que le ministère de l’Éducation a récemment autorisé la Commission scolaire de l’Énergie à vendre à la Ville de Shawinigan un lot adjacent à l’ancienne école Saint-Jean-Bosco, sur la 10e Avenue. La Ville entend ensuite céder le terrain à l’OBNL.

Ce nouvel apport, en plus du crédit de taxes accordé sur une période de dix ans et d’un montant provenant du fonds de développement du logement social, porte à 400 000 $ la valeur de la participation de la Ville de Shawinigan dans le projet. Un engagement significatif, souligne Michèle Lafontaine, puisque l’organisme doit amasser plus de 1,1 million $ en contributions du milieu pour que le projet se concrétise.

Or, pour parvenir à boucler le tout, les parents doivent surmonter nombre d’obstacles, leur cause n’étant pas toujours sur le radar politique, déplore Mme Lafontaine. «C’est une clientèle invisible», soutient-elle. Historiquement, les gens atteints d’une déficience intellectuelle n’avaient pas une longue espérance de vie, faute de soins adéquats, explique la présidente de l’organisme. Aujourd’hui, alors que la société et les mœurs ont évolué, ces personnes vivent aussi longtemps que le reste de la population, soulevant l’enjeu de leur prise en charge quand les parents disparaissent ou qu’ils n’ont plus la force de s’occuper de leur enfant, note-t-elle.

Michèle Lafontaine rappelle qu’avant les Charles Lafortune et les Véronique Cloutier, la cause de l’autisme passait elle aussi largement inaperçue. Le groupe mobilisé autour de J’ai mon appart’ compte ainsi faire entendre sa voix pour que leur cause s’inscrive à son tour dans le débat public.

L’OBNL compte sur un réseau de gens aux horizons divers. Des parents, mais aussi des gens interpellés par la cause. Ils visent à faire de leur succès un exemple pour l’ensemble des parents confrontés aux mêmes enjeux, ailleurs au Québec. Le professeur Martin Caouette, du département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières, est également impliqué dans le projet, documentant son évolution en compagnie d’une équipe de chercheurs.

À chacun son parcours

Les futurs appartements vont donner un sentiment de sécurité aux parents, anticipe Mme Lafontaine. Le parcours habituel, au décès de parents, est le passage vers une famille d’accueil, ce qui est contre nature, selon elle. «Dans le continuum de services, entre la famille naturelle et la famille d’accueil, il faut avoir l’appartement supervisé», plaide-t-elle.

Réaliste, Michèle Lafontaine concède que l’appartement supervisé n’est pas une solution universelle. Elle conviendra à certains, mais pas à tous, indique-t-elle. Il faut aussi une période d’adaptation, tant pour le nouveau locataire que pour les parents, qui doivent apprendre à lâcher prise. Un processus qui peut prendre du temps, relate celle qui expérimente présentement la chose en compagnie de son fils, qui passe du temps seul dans un appartement dont la famille dispose depuis quelque temps.

Il y a actuellement une trentaine de personnes intéressées à emménager dans le futur immeuble. Un processus de sélection sera mis en place afin de déterminer à qui conviendra le mieux la nouvelle ressource. On pourra aussi compter sur un certain roulement, note Mme Lafontaine. Le chemin de l’autonomie en verra éventuellement certains se diriger vers un appartement pleinement autonome, avec une ressource extérieure pour une supervision ponctuelle, fait-elle valoir.

Si l’énergie que déploie l’organisme J’ai mon appart’ ne passe pas inaperçue et qu’il est en voie de voir ses efforts se concrétiser, il faudra ensuite assurer la pérennité du projet, souligne sa présidente. Bien que les nouveaux appartements bénéficieront du statut de logement social, dans le cadre du programme AccèsLogis, de la Société d’habitation du Québec, avec les avantages que cela comprend, le gouvernement ne subventionnera pas pour autant les services qui y seront dispensés. Une supervision 24 heures doit notamment être assurée. Un autre enjeu que le groupe de parents entend mettre à l’ordre du jour.

On peut suivre les activités de l’OBNL sur sa page Facebook et contribuer à son financement par le biais de la Fondation La Canopée, à l’adresse suivante: don.fondationlacanopee.com/campagnes-de-financement/fonds-dedies-j-ai-mon-appart-6