Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

Hausse de salaire de 20 % pour le maire de Shawinigan

Considérant que le maire de Shawinigan est sous-payé par rapport à d'autres villes comparables au Québec, le conseil municipal s'apprête à bonifier la rémunération de base de Michel Angers de 20 % en 2010.
Le conseiller Bernard Cayouette a déposé un avis de motion en ce sens lors de la première assemblée publique de l'année, hier soir. Le règlement devrait être adopté le 8 mars.
Si la population ne s'y oppose pas, le salaire de base du maire de Shawinigan passera de 64 718 $ à 77 641 $. Avec l'allocation de dépense, plafonnée à 14 584 $, M. Angers bénéficierait d'un traitement total de 92 225 $. À sa dernière année à la tête de la Ville de Shawinigan, Lise Landry avait touché 79 302 $, en incluant son allocation de dépense.
Les conseillers bénéficieront eux aussi d'une augmentation, qui se limitera toutefois à 6 %. Ainsi, le salaire de base passerait de 17 460 $ à 18 550 $ et l'allocation, de 8730 $ à 9275 $. La rémunération totale d'un conseiller à Shawinigan bondirait donc de 26 190 $ à 27 825 $.
Le projet de règlement prévoit un gel pour les autres primes, soit celles de maire suppléant (467 $ par mois), président, vice-président et membre du comité exécutif (700 $ par mois) ou membre d'une commission ou d'un comité créé par la Ville (117 $ par mois).
Malgré ces hausses, le budget pour la rémunération des élus subira une baisse de 8 % en 2010 par rapport à l'an dernier. Il faut rappeler que le nombre de conseillers est passé de 10 à 8 à la suite de la dernière élection.
Ainsi, en 2009, la rémunération des onze élus de Shawinigan s'établissait à 341 202 $. Avec la proposition sur la table, les neuf membres du conseil municipal toucheraient 314 825 $ cette année.
Par contre, si tout le monde avait gelé son traitement en 2010, l'effet de la soustraction des deux élus aurait entraîné une économie de 52 380 $ à la Ville, ce qui aurait représenté une ponction de 15 % dans ce budget.
Le projet de règlement prévoit également que la rémunération de base sera indexée à chaque année selon l'Indice des prix à la consommation établi par Statistique Canada au 31 décembre.
Enfin, le conseil municipal profite de cette refonte pour inclure une nouvelle disposition selon laquelle un conseiller désigné pour remplacer le maire pendant une période de plus de 60 jours bénéficierait du même salaire prévu pour le premier magistrat de la Ville.
 
 
«Raisonnable»
Même si le rattrapage salarial peut paraître important, Michel Angers rappelle que cet ajustement ne lui permettra même pas de rejoindre la moyenne des douze villes dont le traitement a été analysé au cours des dernières semaines.
En effet, la rémunération de base du nouveau maire s'établira à 77 641$ cette année, soit 539$ de moins que la moyenne des douze villes étudiées.
Dans ce groupe, on inclut toutefois Granby, St-Jérôme et Drummondville, où vivent entre 8000 et 16 000 personnes de plus qu'à Shawinigan. Ces trois villes tirent la moyenne du salaire du maire vers le haut. Sans elles, les neuf autres municipalités étudiées offrent une rémunération de base de 75 856 $ à leur premier citoyen. Toutefois, la majorité d'entre elles regroupent une population beaucoup moins importante qu'à Shawinigan.
M. Angers a expliqué cette décision hier soir, devant une vingtaine de contribuables réunis à la salle du conseil municipal. Ironiquement, cet ajusteme traitement est annoncé au moment où les citoyens reçoivent leur compte de taxes.
Ainsi, Michel Roberge s'est présenté au micro, à la période de questions, pour dénoncer une hausse de 10,2%, très supérieure à la moyenne annoncée de 4,2% en décembre.
Malgré ce contexte, le maire considère que cette correction devenait nécessaire. La comparaison avec les autres villes étudiées le prouve.
«À la formation de la nouvelle Ville, on a mis la rémunération des élus au plus bas possible et c'est resté comme ça, pour des considérations qui appartiennent aux anciens conseils», commente M. Angers.
«Nous ne sommes même pas allés dans la partie la plus haute des salaires des autres maires des villes comparables; nous sommes même allés en deçà de la moyenne. On considère que c'est raisonnable.»
M. Angers rappelle aussi que le passage de dix à huit conseillers provoque des conséquences chez les élus. Ces derniers siègent sur une cinquantaine de comités et le maire ne souhaite pas qu'ils ne fassent qu'acte de présence.
«Ce que les autres ne sont pas capables de faire parce qu'ils manquent de temps, c'est moi qui le fait», précise-t-il. «Au nombre d'heures que je fais, je considère que c'est du travail à temps plein.»
Jean-Pierre Dufresne, un assidu aux séances régulières du conseil municipal, n'avalait pas ces explications. Il raconte que lorsqu'il travaillait chez Norton, il se sentait parfois désavantagé sur le plan financier par rapport à ceux qui faisaient le même boulot dans d'autres usines.
«Quand on n'est pas content de notre salaire, on s'en va ailleurs!», a-t-il lancé.
Le maire, lui, fait le pari que cet exercice de transparence sera bien compris par la population.
«Je fais les choses honnêtement, franchement et en toute équité», indique-t-il. «On ne demande rien de plus que les autres. On ne demande rien de mirobolant. Mais on agit sur la base de l'équité.»
La masse salariale des élus des douze villes analysées s'établit à 397 888 $ en moyenne, soit 83 000 $ de plus que le projet sur la table à Shawinigan, fait remarquer M. Angers. Même en soustrayant Granby, Saint-Jérôme et Drummondville de cette équation, le traitement des élus des neuf autres villes s'élève à 382 685$, contre 314 825$ à Shawinigan.
«Dans le contexte actuel, ce n'est pas le nouveau salaire qui serait trop élevé, c'est l'ancien qui était beaucoup trop bas», fait remarquer M. Angers. «Les autres villes ont fait les ajustements au fil du temps.»