L'église Saint-Pierre de Shawinigan

Église Saint-Pierre: «Une fissure, ça s’arrange»

Shawinigan — Si la communauté se parle et se donne le temps de réfléchir, il ne fait aucun doute que l’église Saint-Pierre sera non seulement restaurée, mais qu’elle trouvera une nouvelle vocation pour assurer sa pérennité. C’est, en tout cas, le souhait émis par Alain Lemieux, qui possède une certaine expérience dans ce domaine.

En 2006, sa société immobilière avait étonné le milieu des affaires en faisant l’acquisition de l’église Saint-Bernard sur la 3e Rue de la Pointe. À ce moment, la Fabrique de la paroisse Jacques-Buteux se retrouvait devant les mêmes défis de réparations coûteuses, estimées alors à 330 000 $, sans avoir les fonds pour les réaliser. M. Lemieux avait déposé une offre de 50 000 $, qui avait été acceptée à l’unanimité par les paroissiens. Actuellement, l’immeuble est évalué à 300 600 $ au rôle.

«À ce moment, la Ville n’avait pas beaucoup d’intérêt à conserver ça», raconte-t-il. «Il avait même été question de la défaire si personne ne se manifestait. Moi, j’aurais trouvé ça dommage. On va en Europe et on visite des églises qui ont 300, 400 ans.»

«Les marguilliers étaient venus me voir et finalement, j’ai cassé!», s’esclaffe-t-il.

M. Lemieux assure qu’il ne regrette pas cette acquisition. Jusqu’ici, le Carrefour jeunesse-emploi de Shawinigan a constitué le plus fidèle locataire de l’ancienne église, pendant dix ans. L’organisme est toutefois déménagé sur Willow à la fin 2017. Les vastes locaux demeurent inoccupés depuis ce temps, mais l’homme d’affaires s’attend à du mouvement cette année. «J’ai trois ou quatre projets en tête», souligne-t-il.

L’église Saint-Bernard est passée à travers le même type de débat qui secoue actuellement l’église Saint-Pierre, jusqu’à ce que la Société immobilière Lemieux en fasse l’acquisition en 2006.

Depuis cette acquisition, M. Lemieux considère avoir investi au moins 700 000 $ en travaux de toutes sortes, dont le remplacement des fenêtres.

Pas d’intérêt
L’homme d’affaires considère avoir donné pour la conservation du patrimoine religieux de Shawinigan. Vous ne le verrez donc pas lever la main pour acquérir l’église Saint-Pierre, mais il va suivre ce dossier avec intérêt puisque selon lui, tout scénario de démolition doit être rapidement écarté.

«C’est sûr qu’il y a quelque chose à faire avec une église, mais ce n’est jamais des immeubles jeunes», commente-t-il. «Le patrimoine, il faut le conserver.»

Ce qui complique ce projet de conversion, croit M. Lemieux, c’est la situation géographique de l’église Saint-Pierre. Quand il a fait son acquisition sur la 3e Rue, la proximité du mouvement au centre-ville avait joué dans sa décision. Sur Hemlock, l’église Saint-Pierre trône sur un plateau, un peu isolée.

«C’est très mal situé», considère-t-il. «J’ai des clients qui vont à la messe à cet endroit et qui ne sont même pas capables de monter la côte! Ils prennent un taxi.»

Outre cet inconvénient, l’histoire de l’immeuble et les possibilités qu’il offre militent en faveur de sa réfection, insiste M. Lemieux.

«D’après moi, cette église ne sera jamais démolie», réfléchit-il. «Il ne le faut pas! C’est sûr que quelqu’un va trouver une vocation. C’est sorti dans les médias, des idées vont commencer à circuler.»

M. Lemieux rappelle que la fabrique possède également l’avantage de pouvoir solliciter des subventions. De plus, la Loi sur la fiscalité municipale la dispense de payer des taxes foncières sur cette propriété, présentement évaluée à 2 476 700 $. Des avantages importants par rapport au soutien dont bénéficierait un promoteur privé.

«On ne peut pas demander à quelqu’un d’acheter ça à un certain prix alors que c’est tout croche et que ça coule de partout!», souligne M. Lemieux. «Qu’ils aillent chercher ce qu’ils peuvent en subvention et après, c’est sûr que des projets vont arriver.»

Le spécialiste des reconversions immobilières ne se fait donc pas de mauvais sang avec l’estimation de deux millions $ en travaux à effectuer à l’église Saint-Pierre. Sa société a réalisé de petits miracles sur l’avenue Willow, avec des bâtiments qui n’affichaient pas leur meilleure mine. Aujourd’hui, ce secteur est devenu le rendez-vous branché de Shawinigan. «Une fissure, ça s’arrange!», lance-t-il. «J’en ai eu, des bâtisses tout croches et je les ai arrangées. Certains paniquent parce qu’il y a un peu d’eau, mais ça s’arrange. C’est une bonne bâtisse; il s’agit de trouver la bonne vocation.»

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Il ne faut pas baisser les bras, plaide Appartenance Mauricie

Ajoutez la société d’histoire Appartenance Mauricie à la liste des voix qui militent en faveur d’un pas de recul pour se donner le temps de trouver une nouvelle vocation à l’église Saint-Pierre plutôt que s’orienter vers l’irréparable. Mais pour y arriver, les citoyens doivent démontrer un intérêt à sauver ce pan de Shawinigan.

«Ça demande une réflexion au départ, parce qu’il y a des sommes d’argent importantes reliées à la réfection du bâtiment», concède Mario Lachance, président d’Appartenance Mauricie. «Avec les œuvres de Guido Nincheri, c’est un bâtiment qui a une très grande valeur patrimoniale. Il faut le sauver et pour ça, il faut une nouvelle vocation. La clé est là.»

Le débat n’est pas nouveau à travers le Québec. Au diocèse de Trois-Rivières, il existe un guide en sept étapes du processus de disposition d’un immeuble religieux. En haut de liste apparaît la réflexion. Avant la réalisation de tout projet, ce dernier doit recevoir l’approbation de l’évêque.

«Il faut que les gens de la communauté se regroupent, fassent preuve de créativité pour trouver de nouveaux usages, comme il s’est fait à Champlain», pointe M. Lachance. «Après, c’est plus facile de trouver du financement.»

Amoureux du patrimoine, M. Lachance ne souhaite évidemment pas que l’indifférence s’invite dans ce dossier et que la communauté en vienne à la conclusion que la démolition de l’église pour faire place à une immense tour à condos constituerait finalement un moindre mal.

«Ce serait extrêmement malheureux», reconnaît-il. «Présentement, nous constatons que ça coûte des sous, qu’il y a une baisse de la pratique religieuse. Devant ça, il faut se réunir, discuter et trouver une solution ensemble. Les citoyens doivent manifester un intérêt envers l’église. Avant de penser à démolir, il reste des gestes à poser. Il ne faut pas baisser les bras.»

M. Lachance fait remarquer que la construction de l’église Saint-Pierre avait débuté dans un contexte très peu favorable en 1929, au début d’une grave crise économique.

«Le curé Trudel avait organisé une campagne de financement», raconte-t-il. «Il avait tout de même trouvé les fonds nécessaires pour construire ce bâtiment. Les gens ont relevé le défi de construire l’église; nous avons maintenant celui de la maintenir et d’assurer sa pérennité.»

Priorité

Yvon Leclerc, chercheur indépendant, croit aussi que la communauté doit se ressaisir et plancher sur des solutions. Comme il l’avait fait dans le débat sur la citation de l’ancienne gare du Canadien Pacifique, il invite la Ville de Shawinigan à établir une liste de bâtiments patrimoniaux à conserver en priorité.

«Si Québec avait la même mentalité, ce ne serait pas une ville internationale», fait-il remarquer. «Le patrimoine, ça ne se bâtit pas d’un coup! Si on veut bâtir une ville de tourisme, il va falloir qu’on garde nos affaires et qu’on se donne des priorités.»

«La vraie question, c’est qu’on n’a plus les moyens de faire vivre un tel bâtiment. Qu’est-ce qu’on fait avec? Qu’on ne mélange pas la religion là-dedans!»

M. Leclerc invite les intervenants à ne pas perdre de vue que si les travaux de réfection peuvent être subventionnés à 70 %, on parle d’une part de 600 000 $ de la communauté et non de deux millions $. «Ce n’est pas la même chose. Il ne faut pas faire peur au monde!» 

De son côté, le maire de Shawinigan, Michel Angers, ne veut pas discuter de l’intérêt de la Ville envers l’église Saint-Pierre pour le moment. Il attend la conclusion de la réflexion de la fabrique et de l’équipe pastorale de la paroisse de Sainte-Marguerite-D’Youville, mercredi et jeudi, avant de commenter ce dossier.