Des élus qui trinquent à l'aboutissement d'un très long dossier. De gauche à droite, on reconnaît le ministre du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs et ministre responsable de la Mauricie, Yves-François Blanchet; le maire de Shawinigan, Michel Angers; le député de Saint-Maurice, Luc Trudel et le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, Sylvain Gaudreault.

Eau potable à Shawinigan: contre vents et marées

Après avoir passé la dernière année à prétendre qu'une annonce imminente du gouvernement tomberait pour confirmer l'aide financière pour la réalisation du projet d'approvisionnement en eau potable, le maire de Shawinigan, Michel Angers, a savouré chaque seconde de ce moment, vendredi matin.
Le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, Sylvain Gaudreault, a finalement dévoilé une aide financière de 48,06 millions de dollars pour réaliser ce projet, dont l'évaluation finale s'établit à 64,08 millions $. Il s'agit du plus important investissement en infrastructures de l'histoire de la Ville, bien qu'une douzaine de millions $ aient été retranchés de l'estimation initiale.
Les deux subventions de 24,03 millions $ chacune proviennent du Fonds Chantiers Canada et du Plan québécois des infrastructures. La Ville de Shawinigan participera donc à une hauteur de 16,02 millions $ pour compléter le montage financier. Le gouvernement fédéral a donné son approbation finale au plan d'affaires la semaine dernière.
En septembre 2011, lorsque le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs avait concédé que les nouvelles études fournies par la Ville de Shawinigan permettaient d'envisager la poursuite de l'approvisionnement en eau potable dans les lacs à la Pêche et des Piles, le projet était évalué à 76 millions $. Il s'agissait alors d'une économie appréciable par rapport au scénario privilégié jusqu'à ce moment, celui de la rivière Saint-Maurice, dont l'estimation atteignait 120 millions $.
Le projet est ramené à un peu plus de 64 millions $, sans que des changements majeurs y aient été apportés. Une heureuse nouvelle pour les contribuables shawiniganais, qui doivent tout de même absorber 25 % de la facture.
«C'est le résultat d'un travail très intense», commente M. Gaudreault. «Autant sur le plan technique que politique, nous avons fait un travail pour nous assurer des meilleurs coûts possibles. Ne soyez pas inquiets sur la qualité du projet.»
Le maire assure que tout au long du processus, sa préoccupation portait sur la compression des coûts pour le bénéfice de ses concitoyens.
«Je m'étais fixé un objectif de 30 millions $ et nous sommes à 16 millions $. Nous aurons réussi un tour de force important», se réjouit-il.
Pour ceux qui verraient dans le montant économisé un coussin pour pallier d'éventuelles mauvaises surprises, M. Gaudreault réplique qu'il ne faut pas trop compter là-dessus.
«Nous ne sommes pas dans des scénarios de dépassement de coûts», mentionne-t-il. «Je suis ici pour vous dire que nous respecterons les coûts de ce projet.»
Concrètement, l'investissement consistera en la construction d'une usine de double désinfection pour le lac des Piles et d'une usine de filtration et de traitement pour le lac à la Pêche. Il comprend aussi la mise en place d'une conduite d'alimentation en eau potable de huit kilomètres, via le rang Saint-Mathieu.
L'agrandissement d'un réservoir dans le secteur Grand-Mère et la réfection du système de chloration du réservoir d'eau potable des Hêtres entrent aussi dans l'équation.
Les travaux devraient s'amorcer en septembre et prendre fin à l'été 2017.
Long chemin de croix
Le Règlement sur la qualité de l'eau potable avait été adopté en 2001 par le gouvernement du Québec à la suite de la tragédie de Walkerton, en Ontario. Cette mesure visait notamment à obliger les Municipalités à traiter les eaux de surface pour la consommation.
En 2017, Shawinigan deviendra la dernière des 44 villes qui devaient se conformer à ce règlement, seize ans après son adoption.
Au départ, le MDDEP jugeait que les lacs à la Pêche et des Piles ne possédaient pas la capacité pour assurer un approvisionnement sûr à long terme sans impact sur l'environnement. Pourtant, Shawinigan puise son eau potable dans le lac à la Pêche depuis 1934 et Grand-Mère bénéficie de celle du lac des Piles depuis 1922.
De nouvelles études réalisées par la firme Dessau sont venues démontrer au MDDEFP que la pratique actuelle pouvait être maintenue. Au fil des ans, le même ministère a transmis des avis d'infraction et amorcé une enquête pour rappeler à la Ville les conditions à remplir dans ce dossier.
Le député de Saint-Maurice, Luc Trudel, mentionne que ces irritants ont tous été écartés au MDDEFP au cours des dernières semaines.
«On s'est assuré que tout ce qu'il y avait en terme d'enquête avait obtenu une conclusion satisfaisante pour tous», résume-t-il.
Quant à la fameuse ordonnance de l'ex-ministre Pierre Arcand d'avril 2011, qui imposait des délais très précis pour ce projet, il semble qu'elle ait été classée dans la filière 13. Devant l'évidence que l'échéancier ne pouvait être respecté, le gouvernement fédéral a accepté de le modifier.
Assainissement des eaux au lac à la Tortue: Gaudreault conscient du problème
Les politiciens souhaitaient surtout célébrer le financement obtenu pour le dossier d'approvisionnement en eau potable vendredi matin, à l'hôtel de ville de Shawinigan. Mais les projecteurs seront dorénavant dirigés vers l'assainissement des eaux usées au lac à la Tortue, une bagatelle de 55,1 millions $ qui ne pourra se réaliser sans une autre contribution colossale des paliers supérieurs.
Michel Angers a promis aux riverains de déployer la même énergie pour ce projet que pour l'eau potable.
Les résidents attendent ces travaux depuis de très nombreuses années et la santé du lac en dépend.
«Ce projet suit son cours; il est en analyse. C'est aussi une préoccupation importante pour notre gouvernement», commente prudemment le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, Sylvain Gaudreault.
Rappelons que la réponse du MAMROT dictera la voie à emprunter dans ce dossier, puisque le milieu ne pourrait soutenir une grande partie de cet investissement.
«Mon objectif est d'avoir le meilleur projet au meilleur coût», assure M. Gaudreault. «Quand il sera prêt, nous l'annoncerons. Je ne me laisserai pas dominer par des dates, mais par la qualité du projet.»
Sur la base du soutien annoncé en 2007 par l'ex-ministre Nathalie Normandeau, la Ville vise une aide financière qui permettra d'éponger au moins 80 % des coûts.
Ce qui signifierait une subvention de 44 millions $, presque autant que pour l'approvisionnement en eau potable!
«Ce sont de gros projets, alors il ne faut pas faire les choses à moitié», convient le ministre.
«Il y en a aussi ailleurs au Québec, alors il faut regarder tout ça.»
Quant à M. Angers, il assure qu'il a sensibilisé M. Gaudreault à cet enjeu en privé et qu'il s'attend à des développements en 2014.
Belle journée pour un maire acharné
Michel Angers a bondi de son lit avec le sourire fendu jusqu'aux oreilles, vendredi matin. Difficile de conclure une semaine aussi intense de meilleure façon qu'en obtenant la confirmation de l'aide financière tant attendue pour l'approvisionnement en eau potable à Shawinigan.
«Je n'avais qu'un seul mot en tête: enfin, ce matin est arrivé!», partage le maire de Shawinigan.
Les échanges parfois acrimonieux avec le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, la mobilisation citoyenne à Espace Shawinigan, la soudaine ouverture du gouvernement, l'interminable attente: tout cela pour éviter une facture pharaonique qu'aurait imposée la construction d'une usine de filtration pour traiter l'eau de la rivière Saint-Maurice.
Le maire refuse de spéculer sur la tournure qu'aurait pu prendre ce dossier s'il n'avait pas été élu en 2009.
«Difficile de prévoir ça!», réfléchit-il. «Même si on nous disait que jamais on accepterait que les citoyens continuent à prendre leur eau dans nos deux lacs, je me disais que la bataille valait la peine d'être faite. C'était impossible, pour les citoyens de Shawinigan, d'assumer une facture de 63 millions $ (sur un projet de 120 millions $). C'était inconcevable!»
Le député de Saint-Maurice, Luc Trudel, a suivi l'évolution de ce dossier depuis le début, d'abord comme attaché politique de Claude Pinard. Il a tenu à souligner la ténacité, la pugnacité et la grande patience du maire de Shawinigan.
«Michel, tu auras réussi à tenir tête à un gouvernement juste assez longtemps pour nous permettre d'arriver et de venir te supporter dans ce dossier!», pointe-t-il.
«N'eut été de l'entêtement et du courage de Michel Angers, jamais l'ancien gouvernement ne l'aurait laissé aller», opine M. Trudel. «Études à l'appui, il a été en mesure de respecter toutes les normes, il a réussi à obtenir l'appui de la population. Nous arrivons maintenant à un dossier qui rencontre toutes les exigences et la capacité de payer des citoyens.»
Le maire n'a pas non plus économisé les remerciements dans son allocution. Il a d'abord tenu à saluer l'appui des citoyens de Shawinigan dans ce dossier. Il a aussi remercié ses collègues du conseil municipal.
«Pour leur persévérance à maintenir le cap», précise-t-il. «Ils ont été témoins de mes colères, de mes états d'âme et de mon découragement. Ils ont toujours été derrière moi pour nous assurer qu'on aille de l'avant.»
L'appui du député de Saint-Maurice, Luc Trudel, a également été souligné. M. Angers ne voulait pas non plus passer sous silence le rôle joué par le ministre responsable de la Mauricie, Yves-François Blanchet qui, avec «son doigté, son tact et sa fermeté», a réussi à «dénouer les impasses» avec le MDDEFP.
Le maire a aussi gardé de bons mots pour ses fonctionnaires, particulièrement son directeur général, Gaétan Béchard, qu'il a présenté comme son «exutoire». Il ne pouvait non plus ignorer la contribution d'André Lahaye, de la firme Dessau, le premier qui a démontré au maire que cet invraisemblable virage paraissait possible.