Shawiniganais d'origine, Patrick Thibeault a quitté le Québec il y a dix-sept ans pour s'installer en Allemagne, d'où était originaire celle pour qui il a eu un coup de foudre lors d'un voyage en Thaïlande. Son entreprise de création de stands pour des expositions brasse maintenant de grosses affaires.

De Shawinigan à Cologne... par amour

Si par hasard vous visitez une exposition ou une foire thématique quelque part en Europe, principalement en Allemagne, il y a de fortes chances que, sans le savoir, vous soyiez témoins du travail de Patrick Thibeault. Shawiniganais d'origine, il est installé en Allemagne depuis dix-sept ans maintenant, où il dirige une boîte spécialisée dans la conception et l'aménagement de stands d'exposition.
Le parcours de Patrick Thibeault est loin d'être banal. C'est un coup de foudre qui l'a conduit en Allemagne. «Je suis tombé follement amoureux d'une fille que j'ai croisée alors que j'étais en voyage en Thaïlande. Elle était Allemande. Et je l'ai suivie», raconte l'homme d'affaires.
Avant ce voyage et cette rencontre inattendue, Patrick Thibeault avait quitté Shawinigan pour s'installer à Montréal, où il avait son studio de photographie. Ressentant le besoin de prendre des vacances, il avait rempli son sac à dos puis mis le cap sur la Thaïlande. À Chiang Maï, il a aperçu celle qui allait devenir sa conjointe. «C'était un coup de foudre. Comme dans un film. Je l'ai vue assise à une table et je suis allé lui parler. On est encore ensemble aujourd'hui.»
Il n'en fallait pas plus pour qu'il décide de tout vendre: son studio à Montréal, ses biens. Même sa clientèle. Il débarque en Allemagne sans parler un mot d'allemand. Pour faciliter les permis de séjour et de travail, il a dû se marier assez rapidement.
Après avoir vendu son studio, il a pu vivre en Allemagne sans emploi pendant un an, pour par la suite travailler pour un standiste. C'est ainsi que l'on désigne les concepteurs et fabriquants de stands pour les foires et les expositions.
Quelques années plus tard, voyant que le filon des standistes n'était pas encore très exploité sur un continent où se tiennent pourtant de nombreuses et importantes expositions, il a décidé de fonder sa propre boîte. Depuis onze ans, il est à la tête de PrimaDesign, une entreprise qui compte aujourd'hui une douzaine d'employés permanents et qui se spécialise justement dans la conception et la réalisation de stands d'exposition.
«Mon avantage ici c'est ma langue maternelle», avance-t-il. Parmi ses clients, on retrouve plusieurs entreprises ou organismes gouvernementaux français et belges. Sa clientèle, aujourd'hui, est à 90 % francophone. L'entreprise va bien. Si bien que depuis quelques années, il voit son chiffre d'affaires augmenter d'environ 20 % par année, pour osciller autour de 2 millions d'euros (environ 2,8 millions $ CAN). Lui et son équipe conçoivent maintenant une centaine de stands par année.
«Depuis quatre ou cinq ans, on a beaucoup développé les marchés gouvernementaux, les offices de tourisme», précise le Shawiniganais d'origine. PrimaDesign fait la conception, la préparation, le suivi des travaux et donne le montage en sous-traitance. Ses interventions se font dans des foires et des expositions de Cologne, Francfort, Berlin, Munich, mais aussi Londres, Paris et bientôt Milan. Quand il regarde le chemin parcouru, il considère avoir eu beaucoup de chance.
Aujourd'hui, PrimaDesign est installée en banlieue de Cologne, pratiquement en campagne. «Quand j'ai vu que les affaires allaient bien, on a construit le siège social à Rösrath. On a une vue sur les montagnes. C'est un cadre de travail magnifique. Et on est à dix-huit minutes en train du centre-ville de Cologne», remarque l'homme d'affaires.
Avec Renate, celle qui a conquis son coeur en Thaïlande, Patrick Thibeault a eu trois enfants, tous nés en Allemagne. Ils ont aujourd'hui 10, 14 et 15 ans et parlent aussi bien l'allemand que le français, en plus d'apprendre l'anglais à l'école. La famille a toujours un chalet à Saint-Mathieu-du-Parc. «On y va pratiquement chaque année. Le plus dur, quand on vit à l'étranger, c'est de se sentir loin de la famille, des parents particulièrement», remarque-t-il.
Et chaque fois qu'il vient faire son tour au Canada, Patrick Thibeault prend soin de ramener dans ses bagages un ou deux pots de Cheez Whiz... Une petite fantaisie gourmande qui est devenue une tradition et qui permet de garder, avec son Québec d'origine, un certain lien affectif.
47 ans
- Profession: standiste
- Né à Shawinigan
- Études en arts et lettres au Collège Shawinigan
- A créé sa propre entreprise, PrimaDesign, il y a onze ans
- Lui et son épouse Renate ont trois enfants
Depuis quelques années, Patrick Thibeault fait partie de l'Association québécoise en Allemagne (AQA), qui regroupe des Québécois installés en Allemagne, mais aussi des Allemands québecophiles. L'Association produit un bulletin de liaison trimestriel, en plus d'organiser certaines activités comme des barbecues, des projections de films ou même une cabane à sucre!
Impôts sur les chiens et l'Église
Quand on décide de déménager en Allemagne, il faut s'attendre à quelques surprises. Notamment sur le plan fiscal. Patrick Thibeault a été étonné d'apprendre qu'il devait payer un impôt spécial parce qu'il était propriétaire d'un chien. Et qu'il existe aussi en Allemagne un impôt pour l'Église - catholique ou protestante - prélevé directement sur le salaire.
La taxe sur les chiens est annuelle et varie selon la ville dans laquelle on se trouve. Il revient à chaque administration municipale de déterminer le montant qui sera facturé aux propriétaires de chiens. À Berlin, posséder un chien entraîne une taxe de 120 euros par année. Mais à Francfort, ce sera 30 euros de moins.
Curieusement, un deuxième chien ne vous coûterait pas moins cher, au contraire. À Berlin, un deuxième toutou coûte 180 euros par an. Et il importe de mentionner que la taille ou le poids du chien n'ont aucun impact sur le montant à payer. Par contre, certains chiens ne sont pas imposables, comme les chiens-guides pour aveugles ou les chiens d'assistance pour personnes handicapées.
La taxe sur les chiens - contestée depuis plusieurs années - a été instaurée en Allemagne en 1810 par la Prusse. Il s'agissait en quelque sorte d'un impôt de luxe pour les propriétaires de chiens puisque la compagnie d'un animal non-utile était considérée comme un luxe. De nos jours, la taxe est maintenue vraisemblablement pour créer un effet dissuasif et diminuer le nombre de chiens domestiques. On estime que la présence de chiens est jugée dérangeante et coûteuse pour la communauté.
Quant à l'impôt au bénéfice des Églises, il s'applique aux personnes qui déclarent appartenir au culte catholique ou protestant et est prélevé directement sur les revenus d'emploi. Son taux varie entre 8 % et 10 % de l'impôt sur le revenu. On ne s'étonnera pas du nombre élevé de demandes d'apostasie en Allemagne ou encore du fait que de nombreux Allemands se déclarent athées ou appartenant à une religion non taxée.