Vanessa Turcotte, de la First farm de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, en compagnie de la classe de 6e année du Shawinigan High School. À l’arrière-plan on aperçoit Guillaume Perreault, conjoint et partenaire de Mme Turcotte, en compagnie de la jument Unique

De la visite inusitée au Shawinigan High School

Shawinigan — Les élèves de la classe de 6e année du Shawinigan High School ont pu entendre parler d’histoire, d’appartenance et même d’économie locale, en caressant des animaux, lundi dernier.

L’activité, une initiative de Vanessa Turcotte, éleveuse de chevaux canadiens à la First farms de Notre-Dame-du-Mont-Carmel en compagnie de son mari, Guillaume Perreault, avait lieu dans la classe de l’enseignante Kim Kiolet pour une 6e année consécutive. Cette tradition a débuté alors que les enfants du couple Perreault-Turcotte étaient eux-mêmes élèves dans la classe de Mme Kiolet.

Pour Vanessa Turcotte, l’élevage c’est avant tout une affaire de patrimoine. La jeune femme, Abénakise d’origine et mère de quatre enfants, perçoit son travail comme une mission de préservation de la «façon dont nos ancêtres ont défriché la terre», explique-t-elle. «Le cheval canadien, il s’est développé ici, aux côtés des premiers colons, de la même façon qu’eux, en tentant de survivre à l’hiver. Les plus forts ont survécu», évoque l’éleveuse. Cette leçon d’histoire et de la théorie de l’évolution était livrée pendant qu’une poule «soyeuse» – une race asiatique, couverte de duvet – circulait de pupitre en pupitre, au grand plaisir des enfants. L’activité alliait ainsi plusieurs niveaux d’apprentissage. Pour Mme Kiolet, il s’agissait d’une occasion de parler de science, mais aussi de notions comme la responsabilité, l’attachement ou même l’éthique. Il faut dire que parallèlement à la visite de Mme Turcotte, les élèves de la classe prennent aussi soin d’œufs qui vont éventuellement éclore en une couvée de poussins dont ils devront prendre soin pendant quelque temps. «Le temps de trouver une ferme d’accueil», avertit Mme Turcotte.

Même s’il est éleveur de chevaux, ayant d’abord été impliqué dans l’industrie du cheval de course, le couple Turcotte-Perreault s’intéresse aux races patrimoniales en général. Vanessa Turcotte élabore ainsi sur la poule Chantecler, la vache canadienne et le cheval canadien. Des races reconnues par la loi 199 sur les races animales du patrimoine agricole du Québec, adoptée par l’Assemblée nationale du Québec. «Malheureusement la loi ne les protège pas comme tel, elle vise seulement à en faire la promotion», déplore au passage Mme Turcotte. L’éleveuse se désole que ces animaux ne soient pas élevés au rang des espèces menacées, au même titre que l’ours polaire ou le béluga, par exemple. Les élèves touchaient ici à un peu de politique.

Pour contextualiser ses interventions, Mme Turcotte met en lumière que les espèces du patrimoine ont été graduellement laissées de côté au profit de races présentant un meilleur rendement dans l’agriculture moderne. Il ne resterait que les passionnés pour préserver «les races qui nous ont aidés à nous établir sur le territoire», illustre-t-elle.

Les élèves portaient grande attention au propos de la conférencière du jour. Cette dernière ponctuait ses propos d’images et de vidéos, tableau interactif à l’appui.

Clou de l’événement, l’arrivée de la jument Unique. Chaudement vêtus, les enfants se sont dirigés vers la cour d’école pour rencontrer le spécimen de cheval canadien.

Mme Turcotte souligne que la race se distingue par son caractère docile. Idéal pour une rencontre avec de jeunes curieux par temps froid.