Malgré l’entrée en vigueur des restrictions pour les vols d’hydravions touristiques en 2009, des riverains du lac à la Tortue estiment toujours que cette industrie nuit à leur qualité de vie.

Ces plaintes qui n’aboutissent pas...

Shawinigan — Une femme bien connue chez Transports Canada a complété son témoignage jeudi matin, dans le cadre du procès du recours collectif de la Coalition contre le bruit pour mieux encadrer les vols d’hydravions touristiques au lac à la Tortue. Au cours des deux dernières années, Danielle Bédard a transmis 147 plaintes pour ce qu’elle considère comme des contraventions aux restrictions ou aux mesures d’atténuation mises en place depuis 2009 à cet endroit.

Lors de cette septième journée d’instruction, Transports Canada est revenu à nouveau dans plusieurs témoignages de résidents frustrés que leurs dénonciations demeurent sans suite. Une fois de plus, la représentante du Procureur général du Canada, Me Lindy Rouillard, s’est appliquée à retracer des correspondances pour démontrer qu’un suivi était bel et bien effectué, même si le résultat ne satisfait généralement pas les plaignants.

En fait, depuis la mise en place des restrictions et des mesures d’atténuation au lac à la Tortue en 2009, Transports Canada a reçu un total de 235 plaintes concernant les vols touristiques au lac à la Tortue, selon une compilation annuelle réalisée par Le Nouvelliste. Sur ce nombre, une seule a fait l’objet d’une sanction.

Il s’agit d’une plainte qui avait été déposée dès la première année, en 2009. Elle touchait Aviation Mauricie, qui a cessé ses activités en 2013. La directrice de l’entreprise, Anabelle Lacombe, avait mentionné que cette plainte regroupait deux événements survenus les 27 juin et 12 juillet 2009, donc quelques semaines seulement après l’entrée en vigueur des nouvelles mesures. Trois pilotes d’hydravions avaient été pris en défaut à chaque occasion et les amendes imposées totalisaient 30 000 $, toujours selon Mme Lacombe.

Ce dossier n’a finalement jamais été débattu devant le Tribunal d’appel de Transports Canada. Une entente hors cour était intervenue entre les parties en 2011.

Toujours difficile
Si Mme Bédard avait amorcé son témoignage, mercredi, en commentant minutieusement une partie des quelque 400 photos et vidéos accumulés au cours des dernières années, elle a repris jeudi matin en expliquant notamment pourquoi s’entêtait-elle à l’endroit de Transports Canada.

En fait, en mai 2016, un article du Nouvelliste l’avait allumée. Il portait sur la baisse considérable du nombre de plaintes acheminées à Transports Canada au fil des ans. Alors que 81 avaient été déposées entre 2009 et 2011, seulement six avaient suivi entre 2012 et 2015. Le propriétaire de Bel-Air Laurentien aviation, Alfred St-Onge fils, ne semblait guère surpris de cette tendance. Il estimait que son entreprise respectait les restrictions en vigueur et qu’il avait investi au moins 70 000 $ pour réduire le bruit de ses appareils lors des décollages. Il faut dire également que l’arrêt des activités d’Aviation Mauricie pouvait peser dans la balance.

Mme Bédard avait été piquée par cette interprétation et elle s’était alors mise à la tâche. En 2016, elle a donc rédigé 119 des 120 plaintes reçues par Transports Canada au sujet des vols d’hydravions touristiques au lac à la Tortue. En 2017, elle avait déposé l’ensemble des 28 dénonciations recensées.

La riveraine, qui s’attriste particulièrement des décollages qui surviennent très souvent juste devant sa résidence, déplore le fait que les mesures d’atténuation du bruit ne sont pas respectées, à son sens. Quatre éléments sont suggérés par Transports Canada à l’hydroaérodrome du lac à la Tortue: décoller au centre du lac en direction parallèle à des bouées rouges (lorsque les vents le permettent), appliquer une puissance progressive, réduire la puissance aussi tôt que possible après le décollage et finalement, éviter de survoler les résidences à basse altitude.

«Ça manque de discipline», observe Mme Bédard. Comme d’autres témoins, elle fait d’ailleurs remarquer que les fameuses bouées rouges n’ont jamais franchi le seuil des intentions sur le lac à la Tortue, sinon pour une très courte période après l’imposition des mesures d’atténuation.

La dame a toutefois reconnu que durant environ un mois au début de l’été 2017, les pilotes de Bel-Air Laurentien aviation se sont davantage appliqués à décoller à partir du centre du lac. Mais visiblement, ce comportement n’a pas duré.

En contre-interrogatoire, Me Karine Joizil a fait ressortir que Mme Bédard ne pouvait confirmer hors de tout doute que les photos et les vidéos captées n’impliquaient que des vols touristiques. Le témoin a même reconnu que sur une photo prise le 1er juillet 2016, donc un jour férié touché par les restrictions de Transports Canada, aucun passager n’était monté dans l’hydravion photographié.

La journée de jeudi a également été marquée par les témoignages de Maurice Leblanc, Claude Cardinal et Jonathan Gagnon, qui souhaitent tous une réduction des vols d’hydravions touristiques au lac à la Tortue, sans que cela entraîne la fermeture de Bel-Air Laurentien aviation.