Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

«Ça nous appartient»

Shawinigan — Le maire de Shawinigan, Michel Angers, estime que ce n’est pas le rôle de la population d’évaluer la rémunération et le rendement des hauts fonctionnaires municipaux. À un citoyen qui souhaitait obtenir le traitement du nouveau directeur du service de loisirs, il l’a invité à formuler une demande d’accès à l’information pour satisfaire sa curiosité.

André Grosleau, un habitué des séances publiques, s’est présenté au micro à la période de questions, dans le cadre de l’assemblée ordinaire du 18 décembre, afin de connaître le salaire du nouveau directeur du Service loisirs, culture et vie communautaire. Il s’agit de l’ex-boxeur David Cadieux, qui occupait les mêmes fonctions à Louiseville depuis près d’un an.

M. Grosleau voulait donc savoir quelle rémunération la Ville de Shawinigan allait-elle lui accorder pour ses services. Il se demandait notamment s’il pouvait bénéficier du même traitement que son prédécesseur, Robert Desjardins, haut fonctionnaire municipal de carrière qui a pris sa retraite.

M. Angers a mentionné qu’il ne pouvait spontanément répondre à cette question, invitant le citoyen à formuler une demande d’accès à l’information. Il a également précisé qu’il ne fallait pas conclure que M. Cadieux toucherait le même traitement que M. Desjardins.

«Il y a des échelons», explique le maire. «Plus on progresse dans une organisation, plus on monte dans les échelons. Il n’y a pas grand monde qui arrive ici (au sommet) de l’échelon.»

M. Grosleau a rétorqué qu’il considérait que les contribuables devaient avoir accès au traitement des dirigeants de la fonction publique municipale.

«C’est important, pour les citoyens, de connaître les salaires quand on veut évaluer les personnes», opine-t-il. «Est-ce que la personne mérite vraiment le salaire qu’elle gagne?»

«C’est notre prérogative», réplique le maire. «Les évaluations sont faites par la direction générale et les directeurs de chaque service. Il y a des périodes de probation et à partir du moment où les objectifs ne sont pas remplis, des mesures se prennent. On s’est donné des règles précises et ce n’est pas à la population à faire l’évaluation des directions que nous avons ni du personnel. Ça nous appartient, au conseil municipal, en dernier recours.»

«Quand on embauche quelqu’un, il y a des tests d’évaluation psychométrique extrêmement poussés faits par des firmes spécialisées. Quand on embauche quelqu’un, la personne doit rencontrer un ensemble de critères et les objectifs qu’on poursuit à la Ville de Shawinigan. M. Cadieux a passé l’ensemble des tests, il possède l’expérience requise, les qualifications nécessaires pour faire le travail et ça a été le choix du conseil municipal.»

Portrait sombre

Le maire de Shawinigan a passé une soirée particulièrement chargée, mardi. Le conseil municipal a siégé pour l’adoption de son budget 2019, de son programme triennal d’immobilisation, avant d’attaquer la séance régulière.

Avant l’intervention de M. Grosleau, Robert Houle avait pris le micro pour présenter sa ville sous un jour défavorable à partir d’un profil tiré d’une compilation du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire. Encore une fois, Shawinigan arrive en queue de peloton en ce qui concerne son endettement et la charge fiscale imposée aux citoyens. M. Houle n’a également pas raté l’occasion pour rappeler qu’aucune autre municipalité ne touchait un montant de péréquation aussi élevé au Québec et que ses locataires affichaient un revenu nettement sous le seuil médian.

Cette ritournelle ne plaît évidemment pas à M. Angers, qui l’a entendue plus d’une fois au cours des dernières années.

«Vous énoncez des chiffres que vous ne comprenez pas bien», a-t-il répliqué à M. Houle. «Nous avons déjà tenu une séance d’information sur les finances de la ville. Nous avons tout expliqué où on se situait: le taux de taxation, le taux uniformisé... Plus la valeur foncière est basse, plus le taux de taxation est élevé, mais ça ne donne pas plus d’argent pour le budget.»

«Dites-vous que la province de Québec est pauvre parce qu’elle reçoit (13,1) milliards de dollars du gouvernement fédéral en péréquation, alors que l’économie roule à fond de train? Il faut faire attention à la façon dont on interprète les chiffres. Je n’ai pas besoin d’une présentation de ces chiffres, on les connaît.»