Line Lecours, responsable du maintien à domicile au CAB de Shawinigan et Germain Trottier, de Shawinigan-Sud, un bénéficiaire du service.

50 000 repas en 45 ans

SHAWINIGAN — Deux fois par semaine, des bénévoles se rendent chez Germain Trottier, à Shawinigan-Sud, pour lui apporter un repas chaud, sain et équilibré. Jeudi, c’était un filet de porc accompagné de riz et carottes à l’ail, soupe aux légumes, un dessert et en prime, une portion de fèves au lard. En échange, il remet au baladeur un billet de 5 $ et un pourboire de 1 $. Ces montants permettent au Centre d’action bénévole de Shawinigan d’acheter des denrées pour confectionner de nouveaux repas.

La visite des baladeurs qui livrent les repas est amicale et brise la routine des bénéficiaires. Ce veuf de 86 ans avoue qu’il n’est pas du tout habile dans la cuisine. «Je me fais de la fricassée de temps en temps. Le plus souvent, je vais au restaurant», dit-il en faisant un clin d’œil, un système «D» qui fonctionne bien pour lui. La cuisine de la Popote roulante est toutefois différente. C’est de la vraie cuisine maison. «J’aime bien ça, sauf quand ils mettent de la sauce blanche», nuance-t-il.

Il est en effet difficile de plaire à tous les goûts et les bénéficiaires sont avisés qu’on ne fera pas de spéciaux individuels sans gluten, sans sucre, sans noix ou sans sel. La tâche serait trop colossale.

Même s’ils en font pour 25 personnes à la fois, les hommes et les femmes qui sont derrière les fourneaux, dans le sous-sol de l’église Saint-Sauveur de Shawinigan-Sud, préparent les repas comme si c’était pour leurs propres invités. Jeudi, c’était au tour de Cécile Barolet, une infirmière à la retraite et de Denise Paillé, une ex-employée de la SAQ, de travailler en équipe.

Dès 7 h 45, deux fois aux deux semaines, elles suivent les recettes fournies par le CAB pour arriver à créer 25 portions égales qui seront réparties dans des contenants scellés. L’occasion est belle pour elles de jaser, de se taquiner et même d’échanger des recettes puisqu’elles sont toutes deux des passionnées de cuisine.

Vers 9 h 30 ou 10 h, c’est l’entrée en scène des chauffeurs et des baladeurs, les personnes responsables de la distribution des repas. Ils se tiennent près de la cuisine, prêts à partir, car leur but est de s’assurer que les repas arrivent chauds aux destinataires.

Les deux cuisinières bénévoles valident constamment le contenu de leurs chaudrons. On veut éviter que ce soit trop salé ou trop épicé. Il faut aussi s’assurer que la cuisson soit à point.

Les deux femmes se coordonnent comme si elles tenaient ensemble un restaurant depuis des lustres. Il y a toutefois toute une équipe derrière elles, pour les appuyer. Il faut tout d’abord des recettes éprouvées, sauf pour les soupes qui sont toujours habilement improvisées. Il y a des bénévoles pour acheter la nourriture et surtout pour faire le travail de moine de dénicher les spéciaux hebdomadaires en magasin. «On a aussi des dons», indique Louis Leclerc, responsable des chauffeurs et baladeurs depuis cinq ans.

Cécile Barolet et Denise Paillé, deux cuisinières bénévoles du CAB de Shawinigan.

Deux fours neufs ont en effet fait leur entrée dans la cuisine du Centre d’action bénévole de Shawinigan, tout récemment, pour la somme totale de 10 $ et des poussières, bref autant dire pour rien. Meubles Jacob en a donné un et grâce à divers dons, un deuxième a pu être acheté en même temps par le CAB.

«Ça va tellement mieux cuisiner maintenant», se réjouissent Mmes Paillé et Barolet qui n’ont plus à se méfier des sautes d’humeur du vieux four pour réussir leurs recettes.

On le sait tous, le prix des denrées alimentaires ne cesse d’augmenter. Grâce à d’autres généreux donateurs, la viande est soit donnée ou vendue au prix du gros au CAB, précise Louis Leclerc.

Il y a un an, le CAB avait augmenté le prix des repas d’à peine 0,50 $. Certains bénéficiaires avaient alors cessé d’en commander, faute de moyens, et d’autres bénéficiaires avaient cessé de donner un pourboire. «Pour eux, ça faisait une réelle différence», dit-il.

Line Lecours, responsable du maintien à domicile au CAB de Shawinigan, indique que le portrait type d’un bénéficiaire de la Popote roulante est «une dame seule de plus de 75 ans qui a de la difficulté à se tenir longtemps debout», dit-elle. «On perd l’équilibre, en vieillissant», fait-elle valoir.

La Popote du Blé d’or célèbre ses 45 ans, cette année. Elle est gérée à 92 % par des bénévoles, indique le nouveau directeur général du CAB de Shawinigan, Mathieu Gélinas.

«En 45 ans, 50 000 repas ont été livrés par le service ici», dit-il.

Présentement, la roulotte chaude touche 99 bénéficiaires et mobilise 79 bénévoles répartis à Shawinigan-Sud, Shawinigan. Notre-Dame-du-Mont-Carmel, Saint-Boniface, Saint-Mathieu-du-Parc, Saint-Élie-de-Caxton et Charette. Il faut 2500 heures de bénévolat pour gérer 5000 repas, précise M. Gélinas.

Le CAB de Shawinigan est toujours à la recherche de nouveaux bénévoles pour assurer ses divers services de maintien à domicile, dont la Popote roulante.