Le maire Angers rappelle que le budget alloué au Service de sécurité incendie a presque doublé depuis 2005.
Le maire Angers rappelle que le budget alloué au Service de sécurité incendie a presque doublé depuis 2005.

Shawinigan veut plus de temps pour l'adoption du schéma de couverture de risques

Mathieu Lamothe
Mathieu Lamothe
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — En raison du processus ardu de renouvellement de la convention collective de ses pompiers, la Ville de Shawinigan demande au ministère de la Sécurité publique un délai supplémentaire afin de modifier la nouvelle version du schéma de couverture de risques et de le soumettre de nouveau à une consultation publique.

Cette demande de surseoir pour une période de 90 jours a fait l’objet d’une résolution adoptée à l’unanimité, mardi soir, lors de la séance ordinaire du conseil municipal. Les conseillers présents en cette semaine de relâche et le maire Michel Angers ont dû, selon ce dernier, adopter cette résolution en raison de la récente décision des pompiers de rejeter l’entente de principe conclue par leurs représentants et les négociateurs de la Ville.

«Les offres que nous avons faites jusqu’à maintenant sont fort intéressantes. Mais vous comprendrez que nous avons des limites. Quand on a une poignée de main et qu’on se fait dire tout de suite après... », laisse tomber le maire Angers, visiblement exaspéré par la tournure des événements. Il précise d’ailleurs que le rejet de l’entente par les pompiers signifie que les clauses qu’elle incluait ne tiennent plus.

«Après trois ans de négociations et trois ententes de principe rejetées, les pompiers nous ramènent à la case départ. […] Notre patience a des limites», martèle-t-il. Fait à noter, il est fort probable que l’intervention d’un arbitre soit nécessaire afin de dénouer l’impasse.

Selon la Ville, ces négociations ont coûté près de 100 000 $ aux contribuables jusqu’à maintenant. Le maire précise que cette somme augmentera en raison de la suite du processus, qui impliquera des démarches d’ordre juridique.

Parmi les modifications que l’Association des pompiers et pompières de Shawinigan (APPS) aimerait que la Ville apporte au schéma, notons l’augmentation du nombre de pompiers en caserne, le faisant passer de huit à 10. Par contre, l’administration municipale prône le statu quo sur cette question. L’actuel schéma et la nouvelle version qui a été adoptée en octobre dernier après avoir fait l’objet d’une consultation publique – et qui fait l’objet de la demande de surseoir – prévoit toujours la présence de quatre pompiers à la caserne de l’avenue Champlain et quatre autres au quartier général, situé dans le secteur Grand-Mère. Dès l’appel initial pour un feu de bâtiment, dix pompiers doivent être dépêchés dans un délai de quinze minutes. Donc, en plus des huit pompiers en caserne, le service doit recourir aux services de deux pompiers en garde externe.

«Pour une question de santé et sécurité et d’optimisation des ressources, nous demandons dix personnes en caserne pour respecter les standards établis par le gouvernement. La Ville préfère pallier les deux pompiers manquants en garde externe. Ce n’est pas optimal, parce que ça affecte les opérations», avait indiqué Benoit Ferland, président de l’APPS, en novembre dernier.

Afin de justifier la position de la Ville, le maire Angers rappelle que le budget alloué au Service de sécurité incendie a presque doublé depuis 2005 et que la couverture offerte aux Shawiniganais se compare avantageusement à celle dont bénéficient les citoyens des autres villes de même taille du Québec.

«Dans ce contexte, on a une responsabilité comme conseil municipal de s’assurer qu’on a la capacité de payer», poursuit-il.

APPUI AU DIRECTEUR LELIÈVRE

Le maire Angers a également profité de l’occasion afin de réitérer sa confiance envers le directeur actuel du Service de sécurité incendie shawiniganais, François Lelièvre. En septembre dernier, L’APPS avait déposé une lettre de non-confiance envers l’état-major ainsi que des plaintes à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. En les déposant, le syndicat dénonçait notamment le manque d’habits de combat, la gestion des opérations, le manque de ressources et de formation pour intervenir dans des bâtiments de grande hauteur et le manque de supervision sur les incendies de bâtiments.

«Je fais partie de la Commission de la sécurité publique du Québec. Je rencontre donc les chefs des services de sécurité incendie et François Lelièvre fait partie de ceux qui sont les mieux cotés au Québec», lance fièrement le maire.

Normalement, un schéma de couverture de risques doit être révisé après cinq ans. À Shawinigan, neuf addendas avaient été ajoutés après la première version adoptée en 2006. La nouvelle version constituera donc seulement la deuxième depuis la fusion municipale.

Une guerre de pouvoir, déplore le syndicat

Le syndicat des pompiers de Shawinigan déplore la sortie du maire Michel Angers visant à justifier la demande de la Ville au ministère de la Sécurité publique de retarder l’analyse de la nouvelle version du schéma de couverture de risques en raison de la lenteur dans la négociation de la convention collective des pompiers.

Le président de l’Association des pompiers et pompières de Shawinigan (APPS), Benoit Ferland, qualifie d’ailleurs de guerre de pouvoir et d’égos la situation actuelle. Il n’apprécie notamment pas que le maire Angers tente de faire passer ses membres pour les «méchants» dans cette histoire.

«Nous traiter de méchants, essayer de nous faire porter le fardeau, j’ai de la misère avec ça», mentionne-t-il.

En réponse aux propos tenus par le maire lors de la séance ordinaire du conseil municipal de mardi soir, le syndicat indique que ses représentants ont communiqué avec la Ville dès le lendemain du rejet de l’entente de principe afin de soumettre différentes options qui pourraient mener à une nouvelle entente de principe.

«La Ville n’a toujours pas répondu à ces propositions», peut-on lire dans un communiqué envoyé en fin de soirée mardi.

Les membres de l’APPS, ont en effet rejeté, le 20 février dans une proportion de 70 %, l’entente de principe intervenue entre les parties après le dépôt d’une offre finale par la Ville le 6 février. Cette dernière aurait notamment entraîné la création de postes de pompiers à temps complet. Le comité de négociation a donc décidé de la présenter – en restant neutre – à ses membres.

«Le refus de la Ville de respecter ses engagements concernant le fonds de pension et le non-respect de l’ancienneté de plusieurs pompiers travaillant pour la Ville depuis plusieurs années sont les principaux éléments rejetés par les membres», explique le syndicat.

De plus, L’APPS déplore que la Ville envisage une judiciarisation alors que le syndicat se dit toujours prêt à négocier.