Richard Dubé mène une mobilisation pour contrer l’épandage de Bti sur un vaste territoire, dans le secteur Saint-Gérard-des-Laurentides.
Richard Dubé mène une mobilisation pour contrer l’épandage de Bti sur un vaste territoire, dans le secteur Saint-Gérard-des-Laurentides.

Shawinigan: des propriétaires s'unissent contre le Bti

Shawinigan — Un groupe de propriétaires fonciers du secteur Saint-Gérard-des-Laurentides s’unissent pour barrer la route à l’entreprise trifluvienne GDG Environnement dans ses opérations d’épandage de larvicide biologique pour le contrôle des insectes piqueurs à Shawinigan, qui s’amorcera ces jours-ci. Richard Dubé souhaite que cette fois, la volonté des opposants soit respectée.

Cet homme avait transmis une question lors de la séance publique virtuelle du conseil municipal, le 14 avril. Il demandait la tenue d’un registre public pour connaître le nombre de citoyens qui souhaitaient interdire l’épandage de Bti.

M. Dubé indique avoir recueilli 53 formulaires d’interdiction dans la portion nord de Shawinigan, juste avant l’état d’urgence sanitaire décrété en raison de la COVID-19. Il prétend qu’il en aurait recueilli encore davantage dans un contexte normal.

Le maire, Michel Angers, avait immédiatement fermé la porte à la suggestion du registre, rappelant qu’il existait environ 20 000 portes à Shawinigan et que la majorité des citoyens ne voulaient pas être privés de ce service.

En entrevue, M. Dubé précise que ces 53 propriétés couvrent environ 70 % de l’ancienne municipalité de Saint-Gérard-des-Laurentides, sans doute la partie de Shawinigan la plus envahie par les insectes piqueurs en juin. C’est d’ailleurs ce secteur qui avait été choisi en 2012 pour réaliser un projet pilote. Dès l’année suivante, le conseil municipal décidait d’étendre le service à l’ensemble de la ville.

«Nous sommes passés chez des propriétaires pour leur demander s’ils étaient intéressés à se faire épandre du Bti», explique M. Dubé. «Ils ont signé le formulaire avec leur numéro de matricule. Ils étaient heureux qu’on s’en occupe, car ils disaient qu’ils n’avaient pas vraiment le temps et que ça ne leur tentait pas de s’embarquer là-dedans.»

Il arrive occasionnellement que des propriétaires de grandes terres se plaignent au conseil municipal de Shawinigan que leur volonté d’interdire l’accès à leurs lots ne soit pas respectée par GDG Environnement. Des propos qui étonnent toujours le maire.

«Shawinigan autorise l’épandage», a-t-il rappelé à Céline Fafard, lors de la même séance publique. «Les propriétaires qui n’en veulent pas doivent aviser la Ville. Ceux qui veulent être exclus peuvent l’être sans problème.»

Or, M. Dubé croit que la municipalité doit demander l’approbation des propriétaires plutôt que de présumer leur accord. Il s’appuie sur l’article 53 de la Loi sur les compétences municipales, qui prévoit que «toute municipalité locale peut, avec le consentement du propriétaire d’un immeuble, procéder à des travaux d’épandage de pesticides sur l’immeuble.»

«Ça a mal commencé quand le maire nous a approchés pour ce service», relate M. Dubé. «Il nous a informés qu’il le ferait. Ce n’était pas une information impartiale.»

«Le bon côté, quand on ne demande pas à la population, c’est que c’est sûr qu’on ne se fait pas refuser», ironise-t-il. «Mais ce n’est pas trop démocratique.»

Chaque porte de Shawinigan est imposée d’une taxe annuelle de 39,75 $ pour le contrôle des insectes piqueurs. M. Dubé ne s’élève pas tant contre le montant, mais contre les effets controversés du procédé à long terme sur la faune et la flore.

«On ne sait pas trop ce qu’est ce produit», déplore-t-il. «Ça fait au moins quatre fois que je les vois passer chez nous, même si j’ai téléphoné et que j’ai envoyé des courriels. Ils savent que j’ai un puits artésien, mais on dirait que ce n’est pas grave. Ils n’ont pas beaucoup de respect pour la propriété, puisqu’ils ne demandent pas la permission.»

Cette fois, les formulaires ont été envoyés à la Ville de Shawinigan, à GDG Environnement et au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, afin que l’épandage ne soit pas effectué sur ces propriétés.

«Nous demandons d’être spécifiquement exclus du certificat d’autorisation du ministère émis à la Ville», précise M. Dubé.

Pas fous

Au conseil municipal de Shawinigan, les élus maintiennent la ligne. Le service est apprécié par la majorité, donc inutile de revenir là-dessus, répètent-ils. M. Angers rappelle souvent le mécontentement soulevé en 2015, alors que la Ville avait suspendu l’épandage en raison d’un contexte financier serré, comme preuve que les citoyens tiennent au contrôle des insectes piqueurs.

Il n’en reste pas moins que cette opposition provient du secteur le plus touché par la prolifération de moustiques en haute saison. Le conseiller du district des Montagnes, Claude Grenier, ne déroge pas de la position autour de la table.

«Jusqu’à preuve du contraire, nos citoyens veulent de l’épandage», rappelle-t-il. «Nous ne sommes pas fous à lier. Nous ne voulons pas mettre en place une dictature environnementale.»

«Nous sommes des conseillers municipaux. La journée où les gens n’en voudront pas, nous les écouterons! C’est quand même un investissement important qui est fait à chaque année, mais les gens veulent profiter de l’été. Ce n’est pas vrai que les moustiques, ça ne dure que deux ou trois semaines. C’est pas mal plus long que ça. Je comprends et respecte la position de ceux qui ne veulent pas d’épandage, mais nous sommes des politiciens. Il faut écouter l’ensemble de la population.»