L’homme d’affaires André Goulet a fait partie des nombreux citoyens qui ont tenu à prendre la parole mardi soir.

Shawinigan: des contribuables à bout

Shawinigan — La rencontre d’information sur le nouveau rôle d’évaluation à Shawinigan organisée mardi soir, à l’Auberge Gouverneur, rassemblait deux grandes solitudes. D’un côté, deux représentants de la firme Servitech qui ont clairement expliqué les grandes lignes de leur travail et un maire confronté aux défis de revigorer une ville prise avec une faible assiette fiscale. De l’autre, des citoyens qui peinent à garder la tête hors de l’eau, complètement dépassés par la hausse de leur compte de taxes au cours des dernières années.

Difficile de tirer une conclusion de cet exercice très couru. En effet, plus de 400 personnes se sont entassées à l’intérieur de l’une des salles du centre de congrès, où 300 chaises avaient été installées. Une centaine de personnes ont assisté à l’assemblée debout.

L’assemblée a duré trois heures et demie et comme il fallait s’y attendre, la période de questions a réservé quelques étincelles. Pas moins de 28 personnes ont pris le micro pour adresser leurs interrogations et leurs commentaires, qui glissaient de l’évaluation foncière vers la taxation au fur et à mesure que la soirée avançait.

Pour Servitech, Mathieu Guimond, directeur régional au bureau et de Shawinigan et Stéphane Roy, vice-président, ont expliqué les grandes lignes de leur travail et leurs obligations légales pendant une heure. La firme réalise le rôle de 207 municipalités à travers le Québec.

Dans l’assistance, Yves Lambert a rapidement donné le ton. Alors que M. Guimond avait à peine entamé sa présentation, il s’est levé d’un trait pour laisser entendre qu’il n’avait rien à cirer de la présentation de l’entreprise. Les contribuables présents avaient la mèche très courte. Les évaluateurs ont toutefois pu compléter leur présentation, non sans sentir des signes d’impatience dans la salle.

En général, même après les explications de Servitech, les gens ne semblaient pas davantage saisir les fortes variations d’évaluation de leur propriété au fil des années. De nombreux citoyens se sont présentés au micro pour expliquer leur situation personnelle et souvent, ils étaient invités à signer un formulaire de demande d’information afin qu’un représentant de la firme les rappelle dans les meilleurs délais.

Un homme du secteur Grand-Mère a lancé un véritable cri du cœur pour illustrer la pression que de plus en plus de citoyens subissent à Shawinigan.

«Moi, je suis un charpentier et j’ai une petite terre à bois. Je cogne des clous toute la journée et je pioche pour gagner ma vie. Depuis quelques années, on pioche pour venir chercher ce que je gagne. C’est là que j’ai de la misère. (...)Le petit trou de cul qui cogne des clous pour gagner sa vie, il n’en a plus dans ses poches. Alors il abandonne.»

Un autre citoyen s’est présenté au micro pour énumérer une longue liste de dépenses qu’il qualifie de discutables au fil des années. Pourtant, rappelle-t-il, les fusions municipales devaient permettre aux citoyens de réaliser des économies, badine-t-il.

Des citoyens opinent que la Ville dépense trop, qu’elle administre mal et ils se sont servis de cette tribune pour le dire. Prêt à encaisser les coups, le maire, Michel Angers, s’est toutefois cabré pour lancer un cri du cœur, après une heure et demie de remarques. Un citoyen le blâmait de ne pas connaître spontanément le montant de taxes que la Ville s’attend à récolter cette année.

«Nous avons pris énormément de retard, à la Ville de Shawinigan. Le conseil municipal a eu le courage de faire les investissements nécessaires pour qu’on soit attractifs. Vous pouvez penser qu’il n’y a pas d’ouvrage ici et qu’on est une ville de pauvre. Pourtant, plein de personnes au Québec viennent voir le virage économique qu’on est en train de faire. (...) Vous parlez de dépenses, moi je parle d’investissement. C’est drôle, on commence à augmenter notre population. Venez faire un tour en ville, au centre d’entrepreneuriat. CGI compte plus de 200 emplois. Desjardins arrive avec une autre centaine d’emplois. C’est du travail qu’on fait morceau par morceau et si on n’est pas capable d’investir dans notre ville, on ne sera pas capable d’avancer. Nous traiter de mauvais administrateurs, de gens qui ne savent pas compter, quand pas une Ville au Québec n’est allée chercher autant d’argent que nous pour les travaux d’infrastructures... Si ce n’est pas pour vous, ce sera pour vos enfants et vos petits-enfants. Je veux m’assurer qu’ils aient une vie à Shawinigan.»

L’envolée du maire a fait baisser un peu la tension, mais pour plusieurs citoyens, leur idée était déjà faite. Ils ont pu exprimer leurs doléances avant le début de l’assemblée, puisque le regroupement Shawinigan citoyens avertis avait repris du service en invitant les participants à signer une nouvelle pétition. Il demande au gouvernement du Québec de vérifier la gestion et la gouvernance de la Ville.