Fotios Tzavellas, propriétaire du Tzav de la 105e Avenue, a suspendu ses livraisons la semaine dernière en raison des travaux sur le pont Trudel.

Shawinigan: «ce pont nous tue!»

SHAWINIGAN — Les travaux de réfection du pont Marc-Trudel, à Shawinigan, ne donnent pas de boutons qu’aux automobilistes. Les commerces ressentent clairement les impacts des ralentissements de circulation, surtout ceux pour qui le temps est compté.

La livraison de commandes des restaurants est clairement touchée. Même qu’au Tsav de la 105e Avenue, le propriétaire, Fotios Tzavellas, a décidé de carrément interrompre ce service la semaine dernière.

«On fait habituellement 15 à 20 livraisons par jour au centre-ville», explique-t-il. «À partir de mercredi la semaine dernière, on n’y allait plus, sauf une fois parce que nous avions un stand de pizza aux Cataractes. Le livreur est parti à 14 h 50 et il est revenu vers 15 h 45 , pour une commande!»

M. Tzavellas a repris le service de livraison cette semaine, mais il n’hésitera pas à l’interrompre à nouveau si jamais de monstrueux embouteillages comme celui de samedi se reproduisent.

Tout près de là, chez Olympic Pizzeria, le chef cuisinier, Gaston Houle, vit les mêmes contraintes.

«On perd de l’argent!», soupire-t-il. «Vendredi, samedi et dimanche, nous avons dû perdre une centaine de livraisons en trois jours. On ne pouvait pas envoyer de livreur, il ne reviendra plus! On arrête le service assez souvent. Le premier livreur qui voit que c’est bloqué, il nous appelle et à partir de là, on arrête jusqu’à ce que ça débloque.»

Franchisé pour la Rôtisserie Saint-Hubert, Jean Nadeau convient que ces travaux représentent un beau casse-tête à certaines périodes. Un douloureux passage obligé, comme l’ont vécu les commerçants du centre-ville lors des travaux de réfection des infrastructures sur l’avenue de la Station et la 5e Rue de la Pointe, en 2014 et 2015, rappelle-t-il.

«En fin de semaine dernière, j’ai perdu un livreur pendant une heure et quart», raconte-t-il. «En plus, c’était pour des ouvriers du chantier!»

«Nous avertissons nos clients de Shawinigan-Sud en leur disant qu’on ne peut pas promettre la qualité et le temps de livraison», ajoute-t-il. «À partir de là, ils font un choix.»

L’entreprise subit également les aléas du chantier dans sa gestion de personnel. «Samedi, j’ai eu cinq ou six employés qui sont arrivés en retard», pointe M. Nadeau. «Nous avions plein de clients, alors nous avons dû nous ajuster.»

Même en salle à manger, les conséquences se font sentir.

Sonia Tremblay, franchisée Pacini à Shawinigan, observe une baisse de clientèle à sa salle à manger en semaine sur l’heure du lunch.

«Nos dîners ont baissé», observe M. Nadeau. «Quand elle a une heure pour dîner, la personne de Shawinigan-Sud ne sait pas dans quoi elle s’engage si elle traverse le pont. On voit moins d’impact le soir ou la fin de semaine, mais le midi, les gens ont un temps limité.»

Sonia Tremblay, franchisée pour la chaîne Pacini, vit aussi une baisse de son chiffre d’affaires pour ses déjeuners et ses dîners en semaine.

«Ce pont nous tue!», déplore-t-elle. «Les gens ne traversent plus parce qu’ils ne savent pas combien de temps ça va leur prendre. Dimanche, j’ai eu 30 brunchs d’annulés. C’est désagréable. Actuellement, c’est ma clientèle de l’hôtel qui fait vivre le restaurant, mais ce n’est pas assez.»

Mme Tremblay ne peut concevoir que le milieu ne se mobilisera pas davantage pour trouver une solution pour réduire les inconvénients d’un chantier qui doit durer deux ans.

«J’appréhende beaucoup l’été», reconnaît-elle. «Comment ça va se passer avec la Cité de l’énergie? Il va falloir mettre quelque chose en place. Huit cents personnes qui arrivent et qui partent en même temps! Ça va prendre des navettes.»

«La Ville doit penser à quelque chose; elle ne doit pas laisser aller ça», souhaite la femme d’affaires. «Certains jours, ça bloque jusqu’au DigiHub! Même mes employés m’en parlent. Ça leur prend parfois 45 minutes pour traverser!»

Taxi

L’entreprise Bellemare Taxi vit aussi avec les conséquences de ces travaux. Le gérant, Maxime Drolet, rappelle que les chauffeurs en ont vu de toutes les couleurs au cours des dernières années, avec les chantiers au centre-ville, au lac à la Tortue et maintenant, au pont Trudel.

«C’est sûr que c’est lourd», convient-il. «Ça augmente le temps d’attente de la clientèle. L’insatisfaction est présente.»

Jusqu’ici, M. Drolet n’observe toutefois pas trop de frustration de clients immobilisés dans la circulation alors que le taximètre tourne.

«On n’est pas directement responsable de ça», fait-il remarquer. «Ça vire pendant que le client est dans l’auto. C’est comme les bouchons de circulation à Montréal. C’est calculé selon le temps d’utilisation de la voiture. C’est plate pour les clients, mais en général, ils comprennent.»

En transport adapté également, les horaires quotidiens peuvent être complètement bouleversés par les bouchons de circulation. Ce contexte peut créer beaucoup d’anxiété chez une clientèle vulnérable.

«Ça amène des retards», convient Danielle Béland, adjointe administrative chez Bellemare Taxi. «Quand une personne attend une demi-heure de plus dans un horaire prévu au quart de tour, ça nous embourbe. Ce n’est pas vraiment drôle. Nous avons beaucoup de transports où il faut aller chercher des gens à l’hôpital. Quand ils peuvent, ils font un détour par le rang (Saint-Mathieu).»