Le maire de Shawinigan, Michel Angers, a serré la main du maire de Saint-Boniface, Pierre Desaulniers, pour sceller un contrat de cinq ans.

Services supralocaux: Saint-Boniface s’entend avec Shawinigan

SHAWINIGAN — «Mon père m’a toujours dit qu’il fallait laisser le temps faire son œuvre».

Ce sont ces sages paroles qui sont revenues à la mémoire du maire de Shawinigan en amorçant son allocution sur l’annonce d’une entente intermunicipale avec Saint-Boniface pour l’utilisation des équipements supralocaux, lundi matin. Trois ans après avoir amorcé des négociations qui ont ensuite tourné au vinaigre, Michel Angers pose enfin le premier jalon d’un principe qu’il souhaitait faire reconnaître dans la région, soit celui de l’équité pour l’exploitation et l’entretien de ses infrastructures de loisirs et de culture.

Du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2023, Saint-Boniface défraiera un montant de 78 060 $ à Shawinigan, afin de permettre à ses citoyens de profiter de diverses activités de cette ville. Ils paieront ainsi les mêmes tarifs que les résidents de Shawinigan pour s’inscrire à l’offre sportive ou culturelle. 

M. Angers indique que ce tarif, qui correspond à un montant d’un peu plus de 15 000 $ par année, reprend les grandes lignes de l’ultime proposition soumise en octobre 2016 pour rapprocher les parties. 

À ce moment, Shawinigan avait réduit la contribution des dix municipalités avec lesquelles elle négociait de 539 179 $ à 128 854 $. Pour arriver à ce nouveau montant, elle avait retiré du calcul les investissements immobiliers, les coûts indirects, les subventions aux organismes, le service de la dette, les spectacles et les expositions présentés au Centre des arts ou à la Maison de la culture Francis-Brisson, de même que
les coûts associés au Parc de l’Île Melville.

Le montant initial, rappelons-le, provenait d’une étude réalisée par la firme Raymond Chabot Grant Thornton en 2014. Elle estimait alors que Shawinigan payait 539 179 $ chaque année pour permettre à des non-résidents de bénéficier de ses infrastructures. Or, ces visiteurs ne défrayaient que 63 176 $ avec leurs frais d’inscription. La Ville demandait donc aux neuf municipalités impliquées dans cette étude de rembourser la différence à même leur budget.

Selon la même étude, les citoyens de Saint-Boniface devaient payer 57 084 $ de plus par année que les 15 124 $ qu’ils déboursaient alors en s’inscrivant à leurs loisirs préférés à Shawinigan. 

À peu de choses près, les deux administrations municipales se sont donc finalement entendues sur la base du même montant qui était déjà versé par les Bonifaciens en 2014. Par contre, ces citoyens ne paieront dorénavant aucun frais supplémentaire de non-résident. Ces quelque 15 000 $ par année seront versés par la Municipalité de Saint-Boniface à celle de Shawinigan, comme
M. Angers le souhaitait depuis le début. 

Ce dernier mentionne qu’il discute présentement avec une autre municipalité, dans le même esprit. Sa porte demeure ouverte, mais plus question de reprendre le bâton du pèlerin dans ce dossier.

«À Saint-Boniface, le conseil municipal nous a approchés pour nous dire qu’il était intéressé à cette entente», précise-t-il. «Nous partageons le principe de l’universalité des services.»

Meilleur moment

Au plus fort des négociations pour verser une compensation pour les équipements supralocaux de Shawinigan, jamais Saint-Boniface n’avait démontré la moindre ouverture auparavant. Mais le 5 novembre 2017, un autre maire a été élu et cinq nouveaux conseillers sur six sont apparus autour de la table. Visiblement, ils sont arrivés avec un regard neuf sur ce dossier.

«C’est un plus pour notre communauté; tout le monde va en profiter», croit le maire de Saint-Boniface, Pierre Desaulniers. «Nous sommes à dix minutes du centre-ville de Shawinigan!»

L’ex-maire, Claude Caron, mentionnait auparavant qu’étant donné que Saint-Boniface avait son aréna, il ne voyait aucun avantage à conclure une entente. D’ailleurs, Shawinigan a accepté de retirer les sports de glace du calcul, étant donné que Saint-Boniface possède son aréna.

M. Desaulniers croit que l’entente couvre une large palette d’activités.

«Qu’on parle de piscine, de terrains de tennis... Il y a plusieurs activités, à Shawinigan, qui peuvent rapporter à nos citoyens. Les membres du conseil sont tous des jeunes. On travaille dans l’intérêt des jeunes familles.»

Les négociations entre Shawinigan et Saint-Boniface ont été entamées à la fin de l’été. Visiblement, cette recette a produit de meilleurs résultats qu’en octobre 2015. À ce moment, les représentants de neuf municipalités étaient rassemblés dans la salle du conseil municipal de Shawinigan pour se faire dire qu’ils devraient dorénavant verser plus d’un demi-million par année à la ville de centralité. Faute d’entente avant une date butoir, les frais pour les non-résidents de Shawinigan allaient exploser.

«Lors de cette soirée, il y avait eu un blocage systématique», reconnaît M. Angers. «J’étais loin de penser que ça allait tourner de cette façon. Aurait-on pu le faire municipalité par municipalité? Peut-être. Moi, j’ai toujours agi de bonne foi. Je n’ai pas de regret pour la transparence dont j’ai fait preuve.»

Enfin, M. Desaulniers assure qu’il n’est pas impliqué dans les négociations pour supporter financièrement le principal aréna de sa MRC, celui de Louiseville. 

«Nous sommes trop loin», fait-il remarquer. «Nous sommes avec Shawinigan. Même qu’avant, on s’appelait Saint-Boniface-de-Shawinigan! Nous sommes des alliés.»