François Lelièvre, directeur du Service de sécurité incendie de Shawinigan.

Service de sécurité incendie de Shawinigan: trois départs relancent la controverse

Shawinigan — Les départs du directeur adjoint et de deux capitaines du Service de sécurité incendie de Shawinigan vers Trois-Rivières témoignent du climat de travail malsain qui règne, réitère le syndicat. Dans un communiqué publié mercredi matin, l’Association des pompiers et des pompières de Shawinigan parle même d’une «hécatombe».

En séance publique mardi soir, le conseil municipal de Trois-Rivières a annoncé l’embauche de quatre nouveaux pompiers, dont trois viennent de la ville voisine. Directeur adjoint à Shawinigan, Carl Boulianne devient chef de division aux opérations à Trois-Rivières. Jean-Christophe Beaudoin et Pierre-Alexandre Brière quittent également le service shawiniganais pour devenir capitaines aux opérations au Service de sécurité incendie de la capitale régionale.

Pour le syndicat, ces départs témoignent du même malaise qui est dénoncé depuis le début de l’année.

«Tout est en lien», croit Benoit Ferland, président de l’APPS. «Si une organisation va bien, si les employés sont bien traités et si l’employeur est à l’écoute, je ne vois pas pourquoi les employés partiraient. Si eux continuent à faire la sourde oreille et à dire qu’il n’y a pas de problème, c’est qu’ils sont complètement déconnectés.»

L’APPS a déjà déposé une lettre de non-confiance envers l’état-major, en plus de transmettre des plaintes à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail pour le manque d’habits de combat, la gestion des opérations, le manque de ressources et de formation pour intervenir dans des bâtiments de grande hauteur et le manque de supervision sur les incendies de bâtiments.

Ces plaintes seront entendues devant le Tribunal administratif du travail. De plus, il faut rappeler que la convention collective des pompiers est échue depuis le 1er janvier 2017. Un médiateur s’occupe de ce dossier et la prochaine rencontre est prévue le 20 septembre.

Compte tenu des dénonciations formulées depuis le début de l’année, le départ des trois officiers n’a rien de banal, croit M. Ferland. François Lelièvre, directeur du Service de sécurité incendie, considère qu’il s’agit d’un raccourci peu élégant.

«Le syndicat peut parler de climat de travail, mais je vous dirais que ce n’est pas le cas», commente-t-il. «Des questions ont été posées et les gens m’ont dit que ça n’avait pas de rapport.»

«Trois-Rivières offre présentement des opportunités excessivement intéressantes, un peu comme nous avons été chercher des gens d’ailleurs auparavant», ajoute-t-il. «Ce n’est pas seulement une question monétaire, mais aussi d’infrastructures. Trois-Rivières, c’est une grosse ville, presque le triple de Shawinigan. Le défi n’est pas le même.»

Pour les deux capitaines, les perspectives d’avancement deviendront plus variées à Trois-Rivières, fait remarquer M. Lelièvre. Bref, le directeur soutient que les relations tendues des derniers mois n’ont rien à voir avec ces départs.

«Le syndicat a des préoccupations bien différentes de l’administration», fait-il remarquer. «En négociation, il y a parfois des préoccupations qui sont en lien direct avec des demandes. À la fin, ça va ressembler à quoi? On ne le sait pas encore. Présentement, c’est excessivement facile de faire des liens et des suppositions. Des gens qui bougent, il y en a beaucoup.»

Une explication qui ne convainc guère M. Ferland. «Si M. Lelièvre pense encore qu’il est en contrôle, on n’est pas dans le même monde», tranche-t-il.

Le directeur assure que le service travaille avec l’inspecteur de la CNESST, mais peut-être pas au rythme que souhaiterait le syndicat. Il fait remarquer que des ajustements ont déjà été apportés en intervention.

M. Lelièvre sait bien que son personnel attend avec une certaine impatience son nouveau contrat de travail. Cette trame complexifie un peu le quotidien à la caserne.

«Ce n’est pas agréable comme climat, mais tout le monde se parle, reste poli et respectueux», observe-t-il. «Il n’y a pas de méchant patron ou de méchant syndicat. L’important, c’est de ne jamais accepter que la sécurité du citoyen soit en jeu, quel que soit le désaccord qu’on peut avoir.»

Angers se questionne

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, n’apprécie évidemment pas cette nouvelle sortie syndicale. Une stratégie qui ne rejoint pas ses valeurs.

«Il y a un contexte de négociation et un nouveau schéma de couverture de risques qui s’en vient, alors il est tout à fait normal que le syndicat fasse ses demandes», commente-t-il.

«La seule chose que je déplore, c’est la façon dont ça se fait. Plutôt que s’asseoir avec nous pour en discuter, on choisit la voie des médias. C’est une façon de faire qui va à l’encontre de ma philosophie. Je proviens du milieu syndical et j’ai toujours privilégié l’approche de discussion face à face. Je continue à penser que c’est la meilleure façon de régler des situations de travail.»

«Si le maire décide de se détacher de cela et de faire confiance à son directeur, il ne fait qu’empirer la situation», déplore M. Ferland.

«Dans nos sorties, je ne parle jamais de négociation, sauf si on me pose la question. Nous martelons l’importance de la sécurité des pompiers et leur efficacité.»