Pierre Vanasse et Linda Bérubé viennent de recevoir le rapport du médecin examinateur, qui s’est penché sur les sept visites au Centre hospitalier régional de Shawinigan, l’an dernier avant que la dame reçoive le diagnostic qui expliquait ses maux de ventre.
Pierre Vanasse et Linda Bérubé viennent de recevoir le rapport du médecin examinateur, qui s’est penché sur les sept visites au Centre hospitalier régional de Shawinigan, l’an dernier avant que la dame reçoive le diagnostic qui expliquait ses maux de ventre.

Sept visites à l’urgence: «une lecture adéquate aurait changé la situation»

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
Un an après avoir déploré la confusion ayant mené à un diagnostic de thrombose mésentérique veineuse pour sa femme au Centre hospitalier du Centre-de-la-Mauricie, Pierre Vanasse vient de recevoir le rapport du médecin examinateur qui s’est penché sur sa plainte. Ainsi, le docteur Luc Marchand reconnaît qu’une lecture plus attentive du radiologiste aurait pu changer le cours des événements, mais le plaignant se demande toujours si cet épisode incitera vraiment le corps médical à solliciter l’avis de confrères établis ailleurs dans le réseau lorsque le mystère plane.

À pareille date l’an dernier, Linda Bérubé se remettait péniblement d’une série de visites au Centre hospitalier du Centre-de-la-Mauricie pour des douleurs à l’abdomen. Elle s’y présente deux fois le 19 août 2016, puis les 24 et 25 du même mois. Elle y retourne les 10, 13, 14 septembre et finalement le 17, où une thrombose mésentérique veineuse est diagnostiquée. Mme Bérubé est immédiatement opérée et on doit lui retirer près d’un mètre de son intestingrêle.

La patiente est hospitalisée pendant un mois, incluant un coma artificiel de huit jours. À la suite de ces événements, son mari dénonce la situation à la commissaire aux plaintes et à la qualité des services du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Le dossier a été transféré à un médecin examinateur, qui a remis son rapport le 27 septembre dernier, un an après les événements.

M. Vanasse n’a jamais compris pourquoi il avait fallu sept visites à l’hôpital avant que les médecins saisissent l’urgence de l’état de sa femme. À chaque fois, le couple était rassuré, puisque rien d’anormal n’était décelé.

En ce sens, un constat du Dr Marchand le conforte. «Une lecture adéquate de la tomodensitométrie du 25 août aurait, à n’en pas douter, changé la situation», écrit-il.

«Je savais déjà ça l’an dernier», fait remarquer M. Vanasse. «Il confirme simplement que le scan a été mal lu.»

Comme ce radiologiste est maintenant à la retraite, le médecin examinateur ne pouvait traiter la plainte le concernant. Il a toutefois analysé le comportement de tous les intervenants qui se sont succédé lors des visites à l’urgence et l’hospitalisation de Mme Bérubé.

Après son enquête, le Dr Marchand constate qu’on ne peut pas dire que les évaluations médicales ont été bâclées, que plusieurs hypothèses diagnostiques n’ont pas été évoquées ou que les médecins impliqués n’ont pas tenté d’obtenir de l’aide. 

«Le diagnostic de thrombose mésentérique veineuse est un des diagnostics parmi les plus difficiles à établir en médecine», écrit le Dr Marchand dans son rapport. 

«Un haut index de suspicion est nécessaire pour y arriver, particulièrement quand le tableau est subaigu avec des phénomènes d’exacerbations. Les douleurs ont évolué sur une période de plus ou moins 4 semaines chez votre conjointe avec des soulagements intercurrents.»

M. Vanasse ne doute pas que l’erreur soit humaine, mais contrairement à ce qu’observe le médecin examinateur, il estime toujours que des avis externes n’ont pas été sollicités, ou du moins pas assez rapidement, dans cette mésaventure. Selon lui, les médecins s’en tenaient aux conséquences de la cirrhose du foie NASH, dont Mme Bérubé souffre depuis plusieurs années. Il s’agit des résultats d’une forte accumulation de graisse dans le foie.

«Ce qui me fatigue, c’est que je me demande comment ça se fait qu’il n’y en a pas un, dans les sept fois qu’on s’est présenté à l’urgence, qui ne s’est pas arrêté pour se demander s’il n’y avait pas quelque chose qui leur échappait», commente M. Vanasse. «Est-ce qu’on pourrait demander une deuxième opinion de la lecture du scan? Tout était beau et normal, mais ça a pris sept visites à l’urgence, avec des douleurs abdominales! Il devait y avoir quelque chose qui ne fonctionnait pas! Les médecins n’ont pas persisté, ils n’ont pas réfléchi.»

En ce sens, M. Vanasse n’est guère convaincu qu’un épisode semblable ne puisse se reproduire. Il s’agissait pourtant de l’objectif de sa plainte.

«C’est préoccupant qu’un radiologiste ait considéré le scan normal», convient-il. «Mais il en voit plusieurs dans une journée. Est-ce humain de faire une erreur? La réponse est oui. Ce qui est encore plus préoccupant, c’est que tout le monde se soit concentré sur un problème que ma femme avait, sans être capable de sortir de cette boîte.»

«Est-ce qu’il y a une question d’ego, là-dedans?», questionne-t-il. «Quand je parle à du personnel à l’hôpital, certains me disent qu’il y a des médecins avec de très gros egos. On ne peut pas tout savoir. Je n’ai pas de doute sur les qualifications des médecins de Shawinigan, mais les cas rares sont moins fréquents qu’à Montréal, par exemple.» 

Deux recommandations

Dans son rapport rédigé à la suite de la plainte portée par Linda Bérubé et Pierre Vanasse, le médecin examinateur formule deux recommandations. 

Tout d’abord, le dossier médical de Mme Bérubé doit être présenté en réunion de service pour analyser ses visites à l’urgence, les gestes diagnostiques et thérapeutiques qui ont été posés et les éléments à corriger, le cas échéant. Le Dr Marchand doit recevoir une copie de cette réunion et de ses conclusions.

Le médecin examinateur transmettra également de la documentation sur la littérature récente concernant les facteurs de risque de la thrombose veineuse mésentérique, sa présentation clinique et les moyens de poser un bon diagnostic.

«J’ai également transmis un article de revue émanant d’un service de gastro-entérologie d’un CHU de Genève et portant spécifiquement sur la conduite à tenir devant une douleur abdominale chez un malade atteint de cirrhose avec ses diagnostics différentiels», écrit le spécialiste. 

Selon ce dernier, cette plainte permettra à M. Vanasse d’atteindre son objectif initial, à savoir qu’une situation semblable ne se reproduise pas.

Doris Johnston, commissaire aux plaintes et à la qualité des services au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, assure également que ce principe guide l’organisation dans un cas semblable.

«Le seul objectif de la plainte, c’est d’améliorer les soins et les services», soutient-elle. «Les démarches sont faites en ce sens. On essaie de voir ce qui s’est passé et comment éviter ça à quelqu’un d’autre la prochaine fois.»

M. Vanasse souhaite que le corps médical se concerte davantage devant l’inconnu à l’avenir, pour éviter d’avancer dans le brouillard après de multiples visites à l’urgence, comme son épouse et lui l’ont vécu l’an dernier. Le médecin examinateur considère que cette démarche a été effectuée dans ce cas, de sorte que cet élément ne fait pas partie de ses recommandations. Mme Johnston fait remarquer que le plaignant dispose d’un délai de 60 jours pour soumettre le rapport du médecin examinateur au comité de révision.

Pour le reste, la commissaire veillera à ce que les deux recommandations contenues dans ce rapport soient mises en place.

Bon an mal an, le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec doit traiter autour de 900 plaintes sur son vaste territoire. Environ 10 % d’entre elles concernent la pratique médicale et sont ainsi référées à un médecin examinateur. La très grande proportion des plaintes concernent des lacunes administratives.