L'Union des producteurs agricoles envisage d'orchestrer un blocage des sentiers de motoneige de la province si le gouvernement du Québec refuse de lâcher du lest dans le dossier du Programme de crédit de taxes foncières agricoles (PCTFA).

Sentiers de motoneige: blocus le 6 février

La Fédération de l'UPA du Centre-du-Québec augmente ses moyens de pression, tout comme la Fédération de la Mauricie, afin de protester contre la refonte du programme de crédit de taxes foncières agricoles qui affectera l'ensemble des producteurs du Québec.
Si les discussions n'avancent pas avec le gouvernement à ce sujet, un blocus des sentiers de motoneige sera appliqué dès le 6 février, au Québec, incluant en Mauricie et au Centre-du-Québec, alors que de nombreux producteurs ont volontairement décidé de retirer l'accès à leurs terres.
Le président de l'UPA du Centre-du-Québec, Daniel Habel, indique que de récentes discussions ont eu lieu avec la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec qui évaluera la pertinence de fermer tout simplement tous les sentiers de motoneige.
Dans les cinq MRC du Centre-du-Québec, par exemple, il y a des producteurs désireux de fermer l'accès à leurs terres, dit-il, et la situation est semblable partout. «Ça amène donc une problématique d'opération et de logistique au niveau des clubs pour entretenir le restant des autres sentiers», explique M. Habel.
Le plan de match est déjà clair. «Ce sont les clubs de motoneigistes eux-mêmes qui vont ériger les fermetures de sentiers», dit-il. «Ce n'est pas quelque chose d'improvisé qui va être fait par les producteurs», assure le président.
Du côté de l'UPA de la Mauricie, des mesures de sensibilisation, comme des pancartes aux abords des sentiers, seront mises en place comme partout ailleurs à partir du 1er février jusqu'au 6, indique la responsable des communications, Ève Mercier.
Le responsable de communications pour Motoneige Mauricie, Kevin Vézina, prévoit des impacts négatifs importants sur l'économie régionale si l'UPA bloque les sentiers.
«Ça va avoir beaucoup d'impacts sur les gens qui vendent des motoneiges, les concessionnaires. Ça va avoir beaucoup d'impacts sur les commerces, sur les hôtels, sur le tourisme en général», dit-il.
«À Shawinigan, l'hiver, c'est passablement tranquille. Il n'y a pas une tonne de choses à faire. Il y a beaucoup de gens qui viennent en Mauricie, surtout à Shawinigan, pour la qualité de la neige et des sentiers. S'ils ne viennent plus à Shawinigan ou en Mauricie, c'est sûr que ça risque de faire assez mal aux commerces», croit M. Vézina, «surtout aux petits restaurants, aux petits relais. Il y en a qui vivent juste de ça pendant l'hiver», explique-t-il.
Rappelons que la réforme de la taxation foncière agricole (qui ne touche que les immeubles agricoles et non les résidences privées des producteurs) s'ajoute à l'augmentation déjà importante de la valeur des terres agricoles, soit 25 %, en moyenne pour 2015.
Les modifications administratives du Programme de crédit de taxes foncières agricoles «provoqueront à elles seules une perte monétaire récurrente extrêmement importante pour le Centre-du-Québec qui se traduira par un ralentissement économique local et régional», prévient le président de la FUPA du Centre-du-Québec, Daniel Habel.
Les producteurs entendent maintenir leur blocus «tant et aussi longtemps que le gouvernement ne fera pas marche arrière sur l'application de sa modification administrative», dit-il.
Les producteurs demandent aussi la création d'une table de concertation qui va permettre au monde municipal, au monde agricole et au gouvernement de se réunir afin de trouver des solutions à long terme sur cette question épineuse, explique le président. «Il y a un souhait commun. On ne s'explique pas pourquoi le gouvernement empêche la tenue d'une telle table de travail», se questionne M. Habel.
Rappelons que le ministre de l'Agriculture, Pierre Paradis s'est récemment tourné vers un expert indépendant, Luc Godbout, pour réévaluer ses chiffres dans cet épineux dossier. Malgré tout, l'UPA maintient sa position «parce qu'à l'heure actuelle, il y a des comptes de taxes qui sont émis. Les municipalités sont dans le rouage du processus» et doivent appliquer la mesure, dit-il en précisant que «les discussions sont très bonnes avec le monde municipal».
Mercredi, le ministre Paradis s'est retiré temporairement du conseil des ministres après un accident d'équitation. On apprenait plus tard en soirée qu'il était visé par une enquête de la Sûreté du Québec pour une plainte d'inconduite sexuelle et a été relevé de ses fonctions et exclu du caucus. C'est le ministre responsable du Centre-du-Québec, Laurent Lessard, qui hérite du dossier, laissant à l'UPA un certain espoir que la situation se règle avant qu'il faille mettre la menace à exécution.
Daniel Habel indique que c'est avec «déchirement et à contre-coeur» que les producteurs vont bloquer l'accès à leurs terres aux motoneigistes. «On n'a vraiment pas d'autres moyens. Nous sommes conscients de ce que ça amène comme conséquences sur l'économie régionale», dit-il.