Les pompiers de Shawinigan estiment que la direction du Service de sécurité incendie tarde à remédier à des lacunes relevées dans un rapport de la CNESST.

Sécurité incendie à Shawinigan: le torchon brûle

SHAWINIGAN — Les craintes exprimées par l’Association des pompiers et pompières de Shawinigan au sujet des bouchons de circulation provoqués par les travaux sur le pont Marc-Trudel ne représentaient que la pointe de l’iceberg. Lundi, le syndicat a publié un nouveau communiqué dans lequel il lève le voile sur la relation tendue que ses membres vivent avec la direction du Service de sécurité incendie.

Le président de l’APPS, Benoit Ferland, explique que deux plaintes ont été déposées à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail en décembre. La première porte sur la qualité des habits de combat du service, tandis que l’autre touche un événement qui s’est produit en novembre 2018, lors duquel la vie de pompiers aurait été mise en danger à la suite de la décision d’un officier. Le syndicat dénonce aussi l’omission du chef à se présenter sur les lieux de l’incendie.

Selon M. Ferland, un rapport de la CNESST a été produit le 19 février, dans lequel la Ville serait sommée de prendre des mesures pour corriger une douzaine de dérogations. Le représentant syndical fait remarquer que dans certains cas, ces déficiences remontent à une quinzaine d’années. Ce rapport suggérerait également à la Ville de Shawinigan de «faire évaluer la qualité et l’efficacité de son service incendie par une firme externe».

Le Nouvelliste n’a pu consulter le rapport en question. La CNESST suggère de formuler une demande d’accès à l’information.

M. Ferland déplore qu’à ce jour, les recommandations de ce rapport soient demeurées sans suite.

«Il y a toujours des délais, rien ne se fait, ils ne comprennent pas les enjeux», énumère-t-il. «Il faut toujours mettre de la pression pour que ça avance.»

Réprimande

Le 19 mars dernier, l’APPS dénonçait que la direction du Service de sécurité incendie tardait à mettre en place des mesures pour contourner les importants bouchons de circulation qui se produisent occasionnellement sur le pont Marc-Trudel. Or, M. Ferland déplore qu’à la suite de cette sortie, le directeur général de la Ville, Me Yves Vincent, lui ait envoyé une lettre «le sommant de se taire».

Or, cet «avis de mise en garde» constitue une réponse à un courriel transmis par le représentant syndical le 18 mars à François Garceau, directeur des ressources humaines et François Lelièvre, directeur du Service de sécurité incendie. M. Vincent y dénonce «le ton menaçant et arrogant» de M. Ferland, de même que ses «attaques et critiques à peine voilées envers notre directeur du Service de sécurité incendie».

«Afin d’éviter toute confusion future dans nos discussions, soyez informé que la Ville de Shawinigan réitère, par les présentes, sa confiance envers monsieur François Lelièvre, pour agir dans toutes et chacune de nos démarches en cours et que celui-ci a pleine autorité pour agir dans son rôle et ses responsabilités à titre de directeur au Service de la sécurité incendie», écrit le directeur général.

M. Ferland reconnaît que cette mise en garde se rapporte à une correspondance qui avait précédé sa sortie concernant le pont Trudel, mais il questionne le fait qu’elle soit tombée le jour même où les médias rapportaient la position de l’APPS sur ce dossier. Il estime qu’il s’agit d’une tentative d’intimidation et d’une atteinte à la liberté d’expression.

Pour compléter le portrait, le syndicat a déposé au maire, le 22 mars, une résolution de non-confiance envers l’état-major. Elle s’appuie sur l’inaction du Service de sécurité incendie à la suite du dépôt du rapport de la CNESST, l’absence de réponse de la Ville sur l’application et le respect du schéma de couverture de risques et l’inquiétude des membres sur la gestion, l’attitude et le leadership de la direction. L’APPS demande ainsi une «intervention immédiate» de la Ville auprès de l’état-major du Service de sécurité incendie.

Les pompiers de Shawinigan viennent d’annoncer leur adhésion à l’Association internationale des pompiers. Leur convention collective est échue depuis le 1er janvier 2017 et les négociations avancent à pas de tortue. De plus, ils tentent de récupérer une hausse de salaire de 2 % pour 2015.

Le syndicat avait accepté un gel à ce moment, mais il estime qu’en accordant ensuite 2 % aux cols bleus, la Ville doit aussi en faire bénéficier ses pompiers en vertu d’une clause de parité salariale.

M. Ferland réitère que ce climat de travail tendu n’explique pas les dénonciations publiques des dernières semaines.

«La négociation et le rapport de la CNESST, ce sont deux choses complètement différentes», commente-t-il. «Dans un cas, on parle des conditions de travail des pompiers et dans l’autre, ce sont des opérations qui sont directement liées à la sécurité. Ça arrive en même temps, mais ce sont deux choses différentes. Je n’attendrai pas qu’un pompier meure sur un feu sous prétexte qu’on négocie une convention collective. Ça n’a aucun rapport.»

Les élus se penchaient sur cette sortie en séance privée, lundi en fin de journée. La Ville de Shawinigan pourrait commenter ces propos mardi.