Les équipes de la Ville procèdent à de l'excavation afin de vérifier les dommages sur la conduite.
Les équipes de la Ville procèdent à de l'excavation afin de vérifier les dommages sur la conduite.

Second bris sur le réseau des eaux usées: le déversement se poursuit dans le Saint-Maurice

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Alors qu’elle croyait arriver au bout de ses peines après plus de huit jours de déversements de ses eaux usées dans la rivière Saint-Maurice, la Ville de Trois-Rivières doit de nouveau faire face à un bris sur son réseau de refoulement, si bien que le déversement dans la rivière se poursuivra encore pour une durée indéterminée. 

Le bris est survenu dans la nuit de lundi à mardi dans le secteur Sainte-Marthe, sur un terrain situé à proximité du Club de golf Le Marthelinois. Le débordement d’eaux usées à cet endroit a par ailleurs contaminé un ruisseau qui se rend jusqu’aux étangs du parc du Moulin et du Sacré-Coeur. La Ville a balisé ces deux étangs afin d’empêcher le public de pouvoir y accéder, et a contacté la direction du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap de même que de l’école Aux Deux-Étangs, pavillon Sacré-Coeur, afin de les tenir informées de la situation.

Le réseau de refoulement venait à peine d’être remis en service à la suite d’un premier bris majeur survenu dans le secteur Cap-de-la-Madeleine mardi dernier, et qui a forcé le déversement de centaines de millions de litres d’eaux usées dans la rivière Saint-Maurice et le fleuve Saint-Laurent durant huit jours.

Or, quelques heures après la remise en service du réseau pour amener les eaux usées vers les étangs d’épuration de Sainte-Marthe, un nouveau bris est survenu, inondant un terrain du rang Saint-Malo de milliers de litres d’eaux usées, dont une quantité s’est déversée sur le trou #13 du golf Le Marthelinois.

Pour le directeur général du golf, Richard Saint-Germain, les dommages étaient toutefois limités, et les opérations du golf n’étaient pas dérangées, même si quelques golfeurs avaient préféré annuler leur départ, après avoir été informés de ce qui s’était passé.

«La Ville et l’Environnement travaillent et font ce qu’ils ont à faire pour limiter les dommages. La seule conséquence que ça a pour nous, c’est que pour le moment, nos lacs sont possiblement contaminés et je ne peux pas arroser le terrain avec cette eau. Ils vont venir faire des tests d’eau, on va se croiser les doigts. Mais nous sommes confiants que s’il y a des dommages, la Ville et l’Environnement vont réparer ce qu’il y a à réparer», indique M. Saint-Germain, précisant qu’il n’était aucunement dans son intention de poursuivre la Ville.

«Ce qui nous arrive, ce n’est pas grand-chose comparativement au déversement dans la rivière. Ça, c’est dramatique et les conséquences sur l’ensemble seront importantes. C’est de ça dont on devrait se préoccuper aujourd’hui», ajoute le propriétaire du golf.


Les employés municipaux se sont affairés toute la journée à excaver la conduite afin d’évaluer les travaux à faire.

Les équipes de la Ville se sont affairées à faire de l’excavation autour de la conduite touchée par le bris, mardi, si bien que le diagnostic et le plan d’action n’ont pas pu être précisés. On devrait savoir au courant de la journée de mercredi le temps prévu pour réparer ce bris. En attendant, le déversement dans la rivière se poursuivra, à raison d’une moyenne de 70 millions de litres d’eaux usées par jour.

Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, était bien loin de se réjouir d’une telle nouvelle, mais rappelle que l’usure des réseaux de traitement de l’eau potable n’a rien d’un phénomène typiquement trifluvien. 

«L’éclairage qui est mis sur Trois-Rivières en ce moment est le symbole de ce qui se passe partout dans la province», indique le premier magistrat, qui multiplie les démarches auprès des élus provinciaux et fédéraux pour l’amélioration du financement destiné aux travaux d’infrastructures, et croit que l’événement actuel ajoutera de la pression à celle déjà exercée.

Jean Lamarche rappelle que depuis 2017, chaque année, le budget que la Ville consacre à l’entretien du réseau d’égout a augmenté. «On le fait à hauteur de ce que la Ville peut faire, c’est-à-dire l’entretien et le maintien des actifs. Mais là, on assiste au rattrapage de la vie utile des équipements des trente dernières années. Car les conduites ont une durée de vie de 75 ans et plus, mais les pièces comme celle qui a cédé la semaine dernière, elles, ont une durée de vie d’environ 30 ans. Et quand on redémarre un réseau comme on a eu à le faire, c’est là que le système est le plus sollicité et que les équipements peuvent se fragiliser», mentionne M. Lamarche.

Ce dernier insiste sur un point: la Ville n’a aucun autre choix que de procéder au déversement dans la rivière, un déversement qui est autorisé par le ministère de l’Environnement. «Il n’y a pas d’autre option. Ce sont plus de 90 % de nos eaux usées qui passent par cette conduite», rappelle-t-il.

Bien que la Ville ait déjà en main un plan d’intervention pour son réseau d’eaux usées afin de guider les investissements au budget et au Plan triennal d’immobilisations, elle se dotera aussi sous peu d’un plan stratégique pour toutes ses infrastructures d’eau potable afin d’avoir un portrait de l’ensemble du réseau et de son niveau d’usure. Le plan devrait être déposé d’ici la fin de l’année 2020.