Un curieux vortex dans le fjord du Saguenay

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Nous avons réalisé en mars dernier une expérience exploratoire dans le fjord du Saguenay afin d’étudier, à l’aide d’appareils photo installés à flanc de montagne et de drones, la dérive de la glace de mer. Lors de cette expérience nous avons été témoin de la présence de l’intriguant vortex que l’on peut voir sur la photo ci-haut.

Ce vortex, de près d’un kilomètre de diamètre, fait une rotation complète sur lui-même en 45 min environ tout en agglomérant en son centre les morceaux de glace environnants. La vidéo suivante montre une courte séquence du vortex (accéléré 75 x).

Nous ne comprenons pas encore bien ce qui a causé ce vortex. Nous pensons que sa génération est reliée à l’interaction entre de forts courants de marée et la géométrie particulière de cette portion du fjord qui est caractérisée par la présence d’une montagne sous-marine et de côtes irrégulières. Nous ne comprenons pas bien non plus le rôle que joue ce type de tourbillons dans le fonctionnement général du Saguenay. L’hypothèse considérée est que ce tourbillon agirait comme une sorte de gigantesque malaxeur tendant à mélanger les propriétés hétérogènes de l’eau du Saguenay telles que la température, la salinité, l’oxygène et les sels nutritifs. Cela aurait d’importantes conséquences sur la circulation du Saguenay, sur ses propriétés physico-chimiques ainsi que sur le fonctionnement de son écosystème.

Une partie importante du travail d’analyse consiste à géoréférencer les images afin de produire des vidéos comme la suivante. Cela permet d’obtenir des images non-déformées du vortex ce qui permet en retour de prendre des mesures précises sur ses dimensions, sur ses courants et sur sa vitesse de rotation. Ces analyses se font entre autres avec la boite à outil g_rect que nous avons développée dans le langage Matlab.

Comble du hasard, ce vortex s’est retrouvé tout juste au dessus d’un mouillage océanographique composé de courantomètres et de 100 sondes de température que nous avons déployé l’été dernier. Ce mouillage sera récupéré à la fin du mois de juin prochain et les données récoltées permettront de mieux comprendre la physique de ce vortex. C’est du moins le défi que devront relever l’étudiante stagiaire Marianne Ruest ainsi que les étudiants à la maitrise Jérôme Lemelin et Élie Dumas-Lefebvre qui feront de ce vortex un de leur sujet d’étude pour l’été.

La photo ci-bas nous montre en travail d’observation à proximité de la yourte où nous étions hébergés. Cette photo a été prise à partir du drone lors de son retour au camp de base.  On y voit, de gauche à droite, l’étudiant à la maitrise Bruno St-Denis en train de veiller au bon fonctionnement de l’appareil photo au sol (la petite demie-sphère blanche à sa droite), le chercheur de l’IFREMER (France) Peter Sutherland en train d’installer un deuxième appareil photo, le professeur Daniel Bourgault en train de pointer à l’horizon un phénomène d’intérêt ainsi que l’étudiant à la maitrise Élie Dumas-Lefebvre en train d’opérer l’un des drones.

Ce texte est d'abord paru sur le blogue de POLR (Physique des Océans - Laboratoire de Rimouski). Reproduit avec permission.

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