Les résultats de la mise à jour d’une méta-analyse parus dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, sous la direction de Marc Brisson et Mélanie Drolet, donnent le portrait le plus complet jusqu’à présent des effets du vaccin anti-VPH à l’échelle des populations.

Percées scientifiques 2019: petit vaccin, gros effets

L'année 2019 a été riche en découvertes pour la communauté scientifique de la capitale. Chacun dans son domaine, des chercheurs de la région ont écrit de nouveaux chapitre de l'histoire scientifique. Le Soleil vous présente, à raison d'une par jour, les percées les plus marquantes de l'année.

Voilà plus de 10 ans que le vaccin contre le virus du papillome humain (VPH) est offert aux jeunes filles de bien des pays, dont le Québec depuis 2008. Déjà, les premières études sur ses effets laissaient entrevoir des résultats encourageants. Mais la plus récente permet carrément d’espérer un véritable coup de circuit!

Le VPH est une «famille» regroupant environ 170 virus qui, ensemble, figurent parmi les maladies transmises sexuellement les plus fréquentes. Dans la plupart des cas, l’infection ne cause aucun symptôme et disparaît d’elle-même, mais il arrive qu’elle persiste et provoque l’apparition de condylomes. Et comme le virus va «jouer» dans l’ADN des cellules pour se «reproduire», il lui arrive aussi de laisser des traces dans le matériel génétique qui débouchent sur des cancers. Le VPH est d’ailleurs la cause de la quasi-totalité des cancers du col de l’utérus et d’une majorité des cancers anogénitaux et de la gorge. C’est pourquoi bien des pays mènent des campagnes de vaccination massives des jeunes filles (et plus récemment des garçons) dès le primaire.

Maintenant, est-ce que ça marche? En 2015, une équipe internationale dont faisaient partie des chercheurs du Centre de recherche du CHU de Québec (CRCHUQ) avait mis ensemble toutes les données disponibles sur le sujet, un exercice nommé méta-analyse. Et ils avaient constaté un recul des infections, ce qui était encourageant, mais reposait sur des données encore très partielles. Alors ils ont fait une mise à jour importante cette année, sous la direction de Mélanie Drolet (première auteure) et de Marc Brisson (auteur «senior»), tous deux du CRCHUQ. Et les résultats, parus dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, donnent le portrait le plus complet jusqu’à présent des effets du vaccin anti-VPH à l’échelle des populations.

«On avait juste 4-5 ans de données dans la première méta-analyse, et là on est rendu à 8-9 dans certains cas, dit M. Brisson. Et c’est particulièrement important parce que ça donne le temps de voir non seulement que le recul des infections se maintient, et même s’amplifie, mais ça nous permet cette fois-ci de mesurer un effet sur les lésions précancéreuses.»

Et oui, ça marche — et pas qu’un peu. En comparant les chiffres avant et après les campagnes de vaccination, les auteurs ont pu montrer que les infections aux VPH-16 et VPH-18 (les souches plus dangereuses du point de vue du cancer du col de l’utérus) ont reculé de pas moins de 83 % chez les jeunes filles de 13-19 ans, et de 66 % chez les 20-24 ans. Les condylomes sont quant à eux entre 54 et 67 % moins nombreux, selon le groupe d’âge.

Et par-dessus tout, les lésions précancéreuses du col de l’utérus, elles, sont 51 % moins nombreuses chez les 13-19 ans et 31 % chez les femmes de 20-24 ans.

Compte tenu du lien bien connu entre ce cancer et le VPH, cette baisse n’est pas particulièrement étonnante — elle était même attendue —, reconnaît Mme Drolet, mais il demeurait important de vérifier si les résultats étaient bien au rendez-vous. «Les essais cliniques [lors de la mise au point du vaccin, ndlr] étaient prometteurs, mais il fallait quand même aller voir si ça se concrétisait dans la population», dit-elle.

«Et une autre chose qui n’était pas mesurable dans les essais cliniques, poursuit-elle, c’était l’immunité de groupe [ndlr : quand une bonne partie de la population est vaccinée contre un virus, celui-ci a plus de difficulté à circuler et les personnes non vaccinées sont donc indirectement protégées]. Ça, c’est un aspect important qu’on est parvenu à démontrer dans cette nouvelle méta-analyse parce qu’on a observé un recul du VPH chez les garçons même s’ils n’étaient pas vaccinés au moment où les données ont été prises. Cet effet-là avait été prédit par des modèles mathématiques, mais là on peut le quantifier pour vrai.»

L’article de The Lancet mentionne en effet que les condylomes ont reculé 48 % chez les garçons de 15-19 ans et de 32 % chez les jeunes hommes de 20-24 ans. «Nos résultats montrent des preuves convaincantes que les programmes de vaccination contre le VPH ont des impacts substantiels», conclut d’ailleurs le texte. Au point où l’on peut désormais envisager l’«élimination du cancer du col de l’utérus en tant que problème de santé publique, dit M. Brisson. Ça ne baissera jamais à zéro [et le VPH ne disparaîtra pas, donc il faudra poursuivre la vaccination, ndlr], mais ce cancer-là pourrait devenir suffisamment rare pour qu’il ne soit plus considéré comme un problème de santé publique».

Mentionnons que l’article de M. Brisson et Mme Drolet figure parmi les 100 recherches qui ont le plus «fait jaser» en 2019, d’après un palmarès de la firme Altmetric, qui se spécialise dans la mesure de l’impact qu’on les études scientifiques sur le Web. La méta-analyse s’y est classée au 92e rang sur un total de 1,3 million de travaux scientifiques.