Les huiles essentielles de cannelle, de thym et de sarriette semblent en mesure de combattre certaines infections respiratoires tenaces chez le porc.

Les huiles essentielles combattraient des bactéries porcines

Les huiles essentielles de cannelle, de thym et de sarriette semblent en mesure de combattre certaines infections respiratoires tenaces chez le porc, ce qui pourrait réduire le recours aux antibiotiques et permettre d'attaquer les bactéries qui y ont développé une résistance, démontrent des travaux réalisés à l'Université Laval.

Le laboratoire du professeur Daniel Grenier, de la Faculté de médecine dentaire, s'intéresse depuis une quinzaine d'années aux alternatives aux antibiotiques.

«On avait déjà étudié l'utilisation des huiles essentielles pour combattre la mauvaise haleine, a-t-il expliqué. En plus des bonnes odeurs, on a voulu vérifier si les composés des huiles essentielles (...) avaient un impact sur les bactéries. C'est par la suite que j'ai transposé ça au niveau du porc.»

Les produits naturels, et notamment les huiles essentielles, représentent une alternative logique aux antibiotiques.

Le docteur Grenier et son équipe ont commencé avec une panoplie de différentes huiles contenant différentes molécules actives. La tâche s'annonçait toutefois colossale, puisque chaque huile essentielle peut contenir une trentaine de molécules et que les concentrations de ces molécules varient d'une huile à l'autre.

Leurs travaux en laboratoire, et dont les résultats ont récemment été publiés par le journal scientifique Archives of Microbiology, ont permis aux huiles essentielles de cannelle, de thym et de sarriette de se démarquer.

«On a pris une sélection de pathogènes respiratoires qui affectent le porc et on regardait les propriétés antibactériennes (des huiles essentielles) autant sur les cellules (...) en suspension que celles qui forment un biofilm et qui sont extrêmement difficiles à détruire parce que souvent les agents ne sont pas en mesure de pénétrer l'intérieur de ce biofilm, a expliqué le docteur Grenier. On a découvert que nos trois huiles essentielles étaient très actives. Elles étaient également actives sur des bactéries du porc qui avaient déjà une résistance à la pénicilline. On a été en mesure de les éliminer.»

Encore mieux, les tests in vitro ont démontré que c'est avec ces huiles qu'on obtient les meilleurs résultats à des doses relativement faibles. Le traitement devrait donc être bien toléré par les animaux. Un jour, donc, des huiles essentielles pourraient être ajoutées à la nourriture des porcs ou pulvérisées dans leur environnement.

Les chercheurs tenteront maintenant de décrocher le financement dont ils ont besoin pour poursuivre leurs travaux, mais le docteur Grenier a bon espoir d'y parvenir.

«Tout le monde parle des résistances aux antibiotiques qui se développent de plus en plus chez les bactéries, a-t-il rappelé. Les organismes subventionnaires qui regardent les demandes de subventions qui portent sur une problématique relativement chaude (...) sont conscients de l'importance de tout ça. Ce sont des études qui ont de bonnes chances d'être subventionnées.»

L'utilisation des antibiotiques en production animale est beaucoup mieux gérée qu'avant en Amérique du Nord, a dit M. Grenier, mais on ne sait pas trop ce qui se passe dans d'autres pays qui sont de grands producteurs de porc et où la situation est beaucoup plus déréglementée.

Dans un tel contexte, le développement d'alternatives aux antibiotiques pourrait profiter non seulement aux animaux, mais aussi aux humains.

«Ça arrive que les agriculteurs se retrouvent à l'hôpital en raison d'une des bactéries qui colonisaient le porc, a-t-il rappelé. C'est intéressant de voir qu'on pourrait en arriver à protéger oui l'animal, mais aussi ceux qui sont en contact avec des animaux contaminés.»