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Les écrans, néfastes pour les jeunes? Une question sans réponse claire

MONTRÉAL — C’est une question à laquelle des milliers de parents aimeraient bien (finalement) obtenir une réponse claire: combien de temps les jeunes peuvent-ils consacrer à leurs écrans sans que cela leur cause des problèmes?

«La science par rapport à l’utilisation des nouvelles technologies et la pédiatrie est en continuelle évolution», prévient d’emblée le docteur Olivier Jamoulle, du CHU Sainte-Justine.

La publication récente de deux nouvelles études, dont une par des chercheurs canadiens, lui donne raison.

La première, dans les pages du journal médical Psychological Science, avance que contrairement à la croyance populaire, le temps que passent les adolescents à naviguer sur le Web, à jouer ou à écouter la télévision n’a aucun impact néfaste sur leur santé mentale, et ce, même si l’activité est pratiquée au moment d’aller au lit.

Les chercheurs de l’Université d’Oxford qui ont étudié quelque 17 000 jeunes disent n’avoir découvert «aucune preuve évidente que le temps d’écran réduit le sentiment de bien-être des adolescents».

«Il ne faut pas “capoter” sur le côté “la nouvelle technologie est nuisible”, mais je me méfierais de quelque chose de faussement rassurant parce que le bien-être est une perception, a réagi le docteur Jamoulle. Des études ont montré que le sommeil peut être amputé de plus d’une heure par nuit chez les adolescents qui utilisent leur téléphone avant de se coucher. Certains résultats parlaient aussi de plusieurs réveils nocturnes par des textos, et de là, des répercussions sur la fatigue diurne et la concentration à l’école, etc.»

La deuxième étude, celle-là présentée par des chercheurs de l’Université de l’Alberta dans les pages de PLOS ONE, portait sur des enfants d’âge préscolaire. Ils ont constaté, à l’étude d’environ 2400 familles canadiennes, que les enfants de cinq ans passaient en moyenne 1,4 heure par jour devant un écran, contre 1,5 heure par jour pour les enfants de trois ans.

Viennent ensuite des chiffres inquiétants: comparativement aux enfants qui consacraient moins de 30 minutes par jour à un écran, ceux qui y consacraient plus de deux heures multipliaient apparemment par cinq leur risque de problèmes de comportement, par six leur risque de problèmes d’inattention et par presque huit leur risque de touble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

En revanche, disent les auteurs, plus un enfant consacrait de temps à des sports organisés, moins il était susceptible de présenter des problèmes de comportement.

Un lien avec le TDAH?

Mais ne sautons pas trop rapidement aux conclusions, recommande Olivier Jamoulle, qui rappelle que les enfants atteints d’un TDAH seront très attirés par les écrans et les nouvelles technologies. On se trouve donc possiblement en présence de jeunes qui évolueraient vers un TDAH de toute façon.

«Je ne suis pas certain que l’utilisation excessive d’un écran entraîne un risque augmenté de TDAH, c’est plus compliqué que ça, le TDAH est multifactoriel, dit-il. Mais je trouve que c’est quand même une interrogation intéressante, et ça vaut la peine de se pencher sur la question.»

«Pour les plus petits, je pense que c’est prudent de dire que deux heures par jour est un chiffre qu’on ne devrait pas dépasser. Au-delà de ça, il va y avoir des répercussions sur le temps passé à jouer à l’extérieur, le temps passé à lire un livre, passer du temps avec les amis... Donc l’impact du temps d’écran sur la vraie vie reste important à évaluer.»

C’est d’ailleurs dans cette direction que vont actuellement les conseils donnés aux parents et aux jeunes: on est maintenant plutôt dans une approche qui ne tient pas compte seulement du nombre d’heures passées devant un écran, mais bien de l’impact que cela a sur la vie de tous les jours et les activités quotidiennes.

La question prend une toute nouvelle importance quand on sait que, dans des études réalisées aux États-Unis l’an dernier, 45 % des jeunes ont répondu avoir l’impression d’être constamment en ligne.

«Est-ce que ton temps d’écran t’empêche de faire certaines activités? Est-ce que tu priorises le temps d’écran par rapport à rencontrer des amis?, illustre le docteur Jamoulle. On n’est plus vraiment dans un chiffre qui est parfois un peu abstrait et on se demande d’où ça vient. Dans le passé, on disait deux heures par jour, mais maintenant on aime mieux regarder, le temps que tu passes sur ton écran, qu’est-ce que ça t’empêche de faire? Qu’est-ce que tu ne fais pas à la place?»

«Et ça, je pense que c’est une approche un peu plus logique.»

Actualités

Station spatiale internationale: arrivée du vaisseau-cargo Cygnus

CAP CANAVERAL — Le vaisseau-cargo Cygnus est arrivé vendredi à la Station spatiale internationale, un jour et demi après avoir décollé d’un pas de tir situé à l’île Wallops, en Virginie.

L’astronaute de la NASA Anne McClain et son collègue de l’Agence spatiale canadienne David Saint-Jacques étaient aux commandes du Canadarm2, le bras robotisé de la Station, pour attraper le véhicule spatial qui filait à la même vitesse que la Station, soit environ 28 000 km/h. Un contrôleur de vol canadien a fait partie de l’équipe au sol chargée de l’opération de robotique depuis le centre de contrôle de mission de la NASA à Houston, au Texas.

Cygnus achemine à la Station des centaines de kilos de matériel, dont un bioanalyseur, un appareil qui permettra d’analyser le sang, l’urine ou la salive à bord de la Station, ce qui évitera souvent de congeler les échantillons.

Il apporte aussi des maillots intelligents du biomoniteur et des trousses de prélèvement qui seront utilisés pour recueillir des données dans le cadre de Vascular Aging, une nouvelle étude canadienne en santé qui examine de plus près la perte d’élasticité des artères et la résistance à l’insuline des astronautes.

Repas de Pâques

Cygnus a aussi transporté de la nourriture canadienne, comme du saumon fumé, des biscuits à la crème d’érable, du risotto aux champignons et au fromage et du chili au bison, un plat inspiré de la recette préférée de la famille de David Saint-Jacques, selon ce qu’affirme l’Agence spatiale canadienne. Le vaisseau a aussi transporté ce qu’il faut pour que l’équipage puisse déguster un repas de Pâques.

Cygnus devrait rester amarré au laboratoire orbital jusqu’à la fin de juillet.

Science

Quand des cerveaux de porcs continuent de fonctionner après leur mort

PARIS - Ça ressemble au début d’un film de science-fiction, voire d’épouvante façon Frankenstein: des chercheurs sont parvenus à rétablir certaines fonctions neuronales dans des cerveaux de porcs morts depuis plusieurs heures, une expérience qui pose de nombreuses questions éthiques.

Publiée mercredi dans la revue Nature, cette étude est toutefois très loin de prouver qu’il est possible de ressusciter d’une mort cérébrale.

En effet, les chercheurs insistent sur le fait qu’ils n’ont repéré dans les cerveaux étudiés «aucune activité électrique qui serait le signe de phénomènes de conscience ou de perception».

«Ce ne sont pas des cerveaux vivants, mais des cerveaux dont les cellules sont actives», assure l’un des auteurs de l’étude, Nenad Sestan.

Selon ce chercheur à l’université de Yale (États-Unis), ces travaux montrent «qu’on a sous-estimé la capacité de restauration cellulaire du cerveau».

En outre, ces résultats laissent penser que la détérioration des neurones «après l’arrêt du flux sanguin pourrait être un processus de longue durée et non rapide», selon un communiqué de Nature.

Les cerveaux des mammifères sont très sensibles à une diminution de l’oxygène qui leur est fourni par le sang. Quand l’afflux sanguin est interrompu, le cerveau cesse d’être oxygéné, ce qui l’endommage de façon irrémédiable.

Les chercheurs ont utilisé 32 cerveaux prélevés sur des porcs morts depuis quatre heures. Grâce à un système de pompes baptisé BrainEx, ils les ont irrigués durant six heures avec une solution spéciale, à une température équivalente à celle du corps (37 degrés).

Cette solution, un substitut au sang, était conçue pour oxygéner les tissus et les protéger de la dégradation liée à l’arrêt du flux sanguin.

Les résultats ont été frappants: diminution de la destruction des cellules cérébrales, préservation des fonctions circulatoires voire restauration d’une activité synaptique (signaux électriques ou chimiques dans la zone de contact entre les neurones).

Selon les chercheurs, cela pourrait aider à mieux comprendre le cerveau, en l’étudiant de façon post-mortem avant qu’il ne se dégrade.

Cela pourrait aussi ouvrir la voie à des techniques futures permettant de le préserver après une attaque cardiaque par exemple.

De façon encore plus lointaine, cela pourrait, théoriquement, ressusciter un cerveau mort, ce qui reste pour l’instant de la science-fiction.

Pop culture

«Les défis immédiats posés par ces résultats sont avant tout éthiques», souligne un scientifique qui n’a pas participé à l’étude, le Pr. David Menon, de l’université de Cambridge (Royaume-Uni).

«Cela remet en question notre conception de ce qui fait qu’un animal ou un homme est vivant», assurent d’autres scientifiques dans un commentaire publié par Nature pour accompagner l’étude.

«Cette étude a utilisé des cerveaux de porcs qui n’avaient pas reçu d’oxygène, de glucose ou d’autres nutriments pendant quatre heures. Cela ouvre donc des possibilités qu’on pensait jusqu’alors inenvisageables», ajoutent Nita Farahany, Henry Greely et Charles Giattino, respectivement professeure de philosophie et spécialistes de neurosciences.

L’étude pourrait selon eux remettre en question deux principes.

«Premièrement, le fait que l’activité neuronale et la conscience subissent un coup d’arrêt définitif après quelques secondes ou quelques minutes d’interruption du flux sanguin dans le cerveau des mammifères», disent-ils.

«Deuxièmement, le fait que, à moins qu’on restaure rapidement la circulation sanguine, un processus irréversible s’enclenche, menant à la mort des cellules puis de l’organe», poursuivent-ils.

Ils appellent de leurs voeux l’établissement de «directives sur les questions scientifiques et éthiques soulevées par ces travaux».

Dans un autre commentaire publié par Nature, des spécialistes de bioéthique font valoir qu’un développement de la technique BrainEx pourrait à terme nuire aux dons d’organes.

Pour une greffe, les organes sont essentiellement prélevés sur des donneurs en état de mort cérébrale. Si l’on se met à considérer que cet état peut être réversible, comment se résoudre au prélèvement d’organes?

Peut-être fan de pop culture des années 80, le trio Farahany, Greely et Giattino cite une réplique du film américain «Princess Bride» pour résumer l’enjeu de ces travaux sur des cerveaux certes morts, mais dont l’activité a été partiellement restaurée.

Dans cette comédie fantastique de 1987, un guérisseur nommé Max le Miracle explique malicieusement: «Il y a une petite différence entre presque mort et raide mort (...). Presque mort, c’est encore un petit peu en vie».

Science

32 M$ et cinq ans de plus pour ArcticNet

«On est bien excité pendant une demi-heure, et ensuite on réalise qu’on vient de se donner pour 32,5 millions $ d’ouvrage», blague le biologiste de l’Université Laval Louis Fortier, directeur scientifique d’ArcticNet. L’imposant réseau de recherche sur le Grand Nord vient en effet de recevoir un financement de 32,5 millions $ pour assurer son fonctionnement sur cinq ans, a annoncé l’UL mardi matin.

«Ça va nous permettre notamment de nous connecter sur “l’économie bleue arctique”, avec le tourisme, les pêcheries, la navigation, et même les mines parce que le minerai extrait là-bas est transporté par bateau. On est en retard là-dessus, au Canada», dit M. Fortier. L’initiative North-by-North, qui vise à améliorer l’éducation des populations du nord, sera un autre point focal des recherches d’ArcticNet.

Science

Une anomalie dans l'ADN pourrait résoudre le mystère de Terre-Neuve

SAINT-JEAN, T.-N.-L. — Un généalogiste de Terre-Neuve est tombé sur une étrange et mystérieuse anomalie d'ADN qui, selon lui, pourrait révéler l'histoire inédite des premiers colons européens établis sur l'île.

David Pike, professeur de mathématiques et généalogiste, explique qu'un rare profil d'ADN mitochondrial a attiré son attention il y a plus de dix ans déjà lorsqu'il a commencé à apparaître fréquemment dans les résultats de tests réalisés dans le cadre d'un projet de généalogie à Terre-Neuve-et-Labrador.

Science

Détecteur de rumeurs: la dépendance au sucre, mythe ou réalité ?

Le sucre pourrait vous rendre accro, au même titre que la cocaïne et l’héroïne ? Si la théorie fait du chemin sur Internet, elle demeure controversée au sein de la communauté scientifique, constate le Détecteur de rumeurs.

LA CROYANCE

La croyance veut que le sucre crée une dépendance aussi forte que la cocaïne, ce qui expliquerait pourquoi il est difficile de s’en priver. Il est question ici du sucre libre, ce qui exclut celui qui est naturellement présent dans des aliments comme les fruits ou le lait. 

Cette comparaison entre le sucre et la drogue tire son origine de nombreuses études démontrant que des rongeurs exposés aux deux substances avaient tendance à préférer le sucre lorsqu’ils pouvaient choisir, et que des souris consommant du sucre manifestaient des effets de manque.

Dépendance, ou non?

Une méta-analyse d’une soixantaine d’études publiée en 2017 dans le British Journal of Sports Medicine concluait en effet que la consommation de sucre produit des effets similaires à la consommation de cocaïne, notamment parce qu'elle altère l’humeur. C’est probablement, précisaient les chercheurs, parce que le sucre induit le plaisir et active le mécanisme de la récompense dans le cerveau, ce qui provoque la recherche d’encore plus de sucre.

Toutefois, une partie de ces conclusions ont été largement critiquées. Si les experts s’entendent sur les dangers liés à la consommation du sucre — caries, obésité, diabète, maladies cardiovasculaires — peu sont prêts à le qualifier de drogue addictive.

Science

Elle a imaginé l'algorithme pour voir un trou noir, Katie Bouman superstar

NEW YORK - Encore totalement inconnue du grand public en début de semaine, la chercheuse américaine Katie Bouman est devenue une vedette mondiale après la publication mercredi de la première image d'un trou noir, rendue possible par un algorithme qu'elle avait conçu.

«Je regarde incrédule alors que la première image que j'aie faite d'un trou noir prend forme», a écrit mercredi la jeune femme de 29 ans sur Facebook.

Si le phénomène céleste est connu depuis le XVIIIe siècle, aucun téléscope n'avait encore réussi à observer un trou noir, sans même parler d'en obtenir une image.

Katie Bouman a mis au point en 2016 l'algorithme baptisé CHIRP, qui a permis de créer une image à partir des quatre petaoctets (4 millions de milliards d'octets) de données récoltées par huit téléscopes dans le monde, réunis au sein du projet Event Horizon Telescope.

Science

Trou noir : 235 ans, une photo et un mystère toujours aussi profond

Il aura fallu 235 ans entre l’écriture de la première théorie décrivant un trou noir et la première photographie d’un trou noir — ce qui est une période de temps très courte, considérant qu'une partie de ce que vous voyez sur la photo échappe à l’espace et au temps.

Longtemps avant Einstein, il y avait eu un prêtre et astronome anglais, John Michell, qui avait décrit en 1784 un hypothétique corps céleste qui serait si massif que même la lumière ne pourrait s’en échapper. Il était allé aussi loin avec sa théorie qu’il lui était possible de le faire avec les outils de l’époque — et avec la connaissance imparfaite de la lumière qu’on avait alors. Il avait grandement surestimé la taille que devrait avoir un tel objet, mais sur un point important, il avait visé juste : un tel corps, par définition invisible, ne serait détectable qu’à travers son impact gravitationnel sur les corps célestes voisins.

Albert Einstein irait plus loin et pourtant, s’arrêterait en chemin : sa théorie de la relativité, en 1915, calculait comment la matière peut « courber » l’espace et le temps, à la manière d’une boule de quille sur un matelas ; il avait ouvert la porte à ce qu’un autre physicien, l’Allemand Karl Schwarzschild, en conclut quelques mois plus tard qu’un objet céleste suffisamment massif pourrait non seulement courber, mais « percer » l’Univers lui-même, constituant ce que les physiciens appellent une singularité — qui prendrait le nom de trou noir à partir des années 1960. Et pourtant, Einstein refuserait d’aller jusque-là, alléguant que la notion de singularité était absurde et s’employa dès lors — en vain — à le démontrer.

Pourtant, si plus personne aujourd’hui ne rejette l’idée, personne n’est pour autant capable de la formuler autrement qu’en une vague abstraction : une singularité, dit-on en physique, c’est l’endroit où toute la matière s’est condensée dans un point d’une densité infinie, et où même le temps s’est arrêté.

Le problème est que si la densité est infinie et que le temps s’est arrêté, on ne peut plus dire de la singularité qu’elle est « un endroit » ni « un temps ». D’où le paradoxe.

L'événement-horizon

Une façon de s’en sortir est de faire de la singularité le point de rencontre de ces deux univers de la physique qui, jusqu’ici, ne sont pas parvenus à se rencontrer : la physique classique et la physique quantique. La singularité pourrait ainsi s’expliquer, selon le physicien américain Rainer Weiss, par la « théorie quantique de la gravité » — le problème, ici, étant que cette théorie n’existe pas encore.

Une autre façon de s’en sortir serait peut-être, à défaut de regarder l’intérieur de quelque chose qui n’a ni lieu ni temps, d’observer sa frontière : c’est ce que l’astrophysique appelle l’événement-horizon. C’est non seulement le point de non-retour pour un astronaute qui s’aventurerait trop près d’un trou noir, mais c’est surtout la « bordure » qui, en théorie, pourrait être directement observée — encore que la nature de ce qui puisse être observé fasse elle-même l’objet de débats depuis les années 1950, auxquels ont participé d’aussi grands noms que Stephen Hawking, Roger Penrose ou Jacob Bekenstein.

Mais c’est néanmoins cet événement-horizon qui nous amène à la photographie prise en 2017 et dévoilée aujourd'hui, et ce n’est pas pour rien que ce réseau de neuf télescopes qui est derrière l'annonce internationale, porte le nom de Event Horizon Telescope.

Sommes-nous désormais plus près de comprendre la singularité, si nous voyons la bordure ? Personne ne peut répondre à cette question, ce qui n’a pas empêché des mathématiciens et des physiciens de multiplier les superlatifs cette semaine : « c’est un des plus grands mystères de la science », juge l’astrophysicienne américaine Chiara Mingarelli. « Qu’est-ce que la singularité ? Mathématiquement, nous la définissons comme la courbure infinie de l’espace-temps. Mais ça ne peut pas être vrai ».

Nos mathématiques ne peuvent apparemment pas décrire ce mystère, et une photo n’y changera rien pour l’instant. Tout au plus comprendra-t-on mieux l’impact gravitationnel du géant qui se tapit au centre de la galaxie M87. Mais à travers ces impacts, à travers cette étrange silhouette, la physique continue d’espérer qu’elle pourra découvrir l’empreinte de quelque chose qui lui échappe depuis des décennies — une partie de la réalité, dissimulée là où il est censé n’y avoir ni « là » ni décennies.

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Science

Les ados ont la voix rauque et ça vous agace? Les clés de ce mystère

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Avez-vous remarqué que la voix des adolescents sonne anormalement bas et graveleux, comme une porte sur des charnières rouillées, ou un canard qui fait coin-coin ? Est-ce que ça vous ennuie ?

Vous avez probablement détecté des alevins vocaux, ou ce que les linguistes appellent une voix rauque ou grinçante. Cette particularité de la voix a fait l'objet d'une attention médiatique - et linguistique - considérable au cours des dix dernières années. On croit qu'elle est en hausse chez les jeunes, surtout chez les femmes.

Les commentatrices féministes ont présenté diverses théories. Certains disent qu'en utilisant une voix grinçante, les femmes sabotent leur propre autorité. À l'opposé, d'autres affirment que le fait que la société fasse tout un plat d'une voix rauque n'est qu'une autre manifestation de tentative de policer les voix des femmes au lieu de les écouter.

En tant que parents d'adolescents, il se peut que vous ne compreniez pas pourquoi votre rejeton utilise soudainement une voix rauque et ce que vous devriez faire, le cas échéant.

En tant que linguiste, je me suis intéressée à la manière dont la voix rauque est utilisée comme ressource sociale dans les conversations.

Mais d'abord, pour commencer, que se passe-t-il pour qu'une voix devienne soudainement grinçante ?

Les vibrations régulières ne peuvent pas se produire

La vibration de nos plis vocaux produit nos voix. Lorsque les plis vocaux sont longs, fins et tendus, ils vibrent plus vite et créent une tonalité plus aiguë. Lorsqu'ils sont courts, épais et détendus, ils vibrent plus lentement, créant une tonalité plus grave. Ce fichier son intégré partage quelques exemples :

Science

Les mouvements anti-vaccins, entre tribunaux et étoiles jaunes

Quatre épisodes ces dernières semaines révèlent que l’avenir de la vaccination se jouera peut-être devant des tribunaux… ou sur les réseaux sociaux. Et ces épisodes posent des questions sur la possibilité (ou non) d’établir un dialogue avec les éléments les plus extrêmes des groupes anti-vaccins.

1) Interdiction d’école aux enfants non vaccinés

Le 26 mars, le comté de Rockland, qui couvre des banlieues du Nord de la ville de New York, est peut-être devenu le premier de l’histoire des États-Unis à émettre une interdiction de 30 jours d’aller à l’école et dans des rassemblements publics, pour 6000 enfants non vaccinés. La décision suivait l’apparition d’au moins 150 cas de rougeole depuis octobre dans le comté — le total atteint aujourd’hui les 170, surtout dans les communautés juives orthodoxes, tandis que plus de 200 autres cas ont été signalés à New York.

Le vendredi 5 avril toutefois, un juge a temporairement imposé un moratoire sur cette interdiction, en attendant une audience devant le tribunal qui doit avoir lieu la semaine prochaine. Des parents ont en effet contesté la décision du comté, la qualifiant d’arbitraire et de « capricieuse ».

2) Arbitrage défavorable à la vaccination

Au même moment, à quelques centaines de kilomètres plus au nord, on apprenait par les médias qu’un arbitrage entre deux parents de l’Ontario avait tranché il y a quelques semaines en faveur de la mère, qui refusait de faire vacciner ses deux fils. Les parents étaient allés en cour parce que le père, lui, exigeait la vaccination.

L’arbitre en droit familial Herschel Fogelman, en plus d’intimer le père à payer les frais légaux (35 000 dollars) a écrit que de « choisir de ne pas vacciner n’est pas illégal, négligent ou immoral. C’est un choix personnel. » Son jugement a valeur légale, bien qu’il soit possible de faire appel. Pendant que cette cause était en arbitrage, les enfants auraient attrapé la coqueluche.

3) Menaces de mort contre deux médecins

Si la possibilité de voir la science se décider devant des tribunaux inquiète, il en est de même de la tangente prise par les mouvements anti-vaccination sur les réseaux sociaux. Un reportage de Radio-Canada révélait vendredi que deux femmes, la pédiatre Noni MacDonald en Nouvelle-Écosse — première femme à avoir dirigé une faculté de médecine au Canada — et Natasha Crowcroft en Ontario — directrice générale de la recherche appliquée en immunisation à Santé publique Ontario — ont reçu des menaces de mort pour leurs prises de position en faveur de la vaccination. Cela survient un mois après l’épisode du Pharmachien, que l’intimidation et les menaces ont conduit à mettre un frein à ses activités de vulgarisation.

Or, c’est par les réseaux sociaux que se nourrissent les plus virulentes de ces attaques. Les derniers mois ont confirmé à quel point l’effet « chambre d’échos » leur donne de la force : non seulement les membres de ces groupes peuvent ne lire que ce qui confirme leurs opinions, mais en plus, même des citoyens qui ne s’étaient jamais posé jusque-là de questions sur l’efficacité des vaccins trouvent, sur certaines plateformes, plus facilement des informations « contre » que « pour » la vaccination. En février et mars, des reportages ont ainsi confirmé qu’en dépit des efforts allégués par leurs directions, autant Facebook qu’Instagram affichaient encore de façon dominante des groupes ou des messages de désinformation.

D’autres reportages récents ont révélé à quel point ces attaques contre ceux qui défendent la vaccination — ou le contrôle des armes, ou l’immigration — sont coordonnées : ça commence sur un forum semi-privé (Facebook, Reddit ou autre), où des usagers lancent à leurs « amis » l’idée d’attaquer une personne et proposent « l’argumentaire » à employer, en plus d’identifier, si besoin est, son employeur ou un de ses proches… Plus le forum est populaire, plus les « attaquants » seront nombreux. C’est ainsi qu’aux États-Unis, certains ont choisi ces derniers mois d’attaquer publiquement des parents qui viennent de perdre un enfant, les accusant d’avoir eux-mêmes tué leur enfant.

4) L’étoile jaune

Dernier argument en lice des anti-vaccins : adopter l’étoile jaune que les Nazis imposaient aux Juifs il y a 80 ans, afin de symboliser la « persécution » dont « les parents » seraient l’objet de la part du « gouvernement ». L’analogie a fait son chemin sur les réseaux sociaux ces derniers mois, selon le blogue de la Ligue anti-diffamation, et la photo du directeur d’un groupe anti-vaccins du Texas portant l’étoile jaune a circulé à la fin-mars, lors d’une manifestation tenue là-bas. 

Le Washington Post précise à ce sujet : « Le Texas a l’un des groupes anti-vaccins les plus organisés et les plus politiquement actifs. Texas for Vaccine Choice, qui organisait la manifestation la semaine dernière, a reçu un appui des républicains du Tea Party et de certaines des organisations conservatrices les plus influentes de l’État. »