Science

David Saint-Jacques de retour sur Terre [PHOTOS]

L’astronaute David Saint-Jacques a eu droit à une Fête nationale bien différente des autres Québécois cette année. Après avoir passé 204 jours à bord de la Station spatiale internationale, il est rentré sur Terre dans une capsule Soyouz, à 22h47 (heure de l’Est) lundi soir.

À l’Agence spatiale canadienne à Longueuil, une salle bondée d’employés et de membres de la famille de David Saint-Jacques a chaudement applaudi l’atterrissage réussi.

Les astronautes Robert Thirsk et Jeremy Hansen ont animé la soirée en décrivant chacune des étapes du voyage de retour de l’équipage formé de David Saint-Jacques, l’astronaute américaine Anne McClain et le cosmonaute russe Oleg Kononenko.

Le trio a amorcé son voyage de retour à 19h24 (heure de l’Est). La capsule s’est posée comme prévu au sud de la ville de Zhezkazgan, en plein cœur du Kazakhstan.

Des équipes de récupération déployées sur place ont accueilli l’équipage. Des médecins ont notamment examiné les trois voyageurs pour s’assurer de leur bon état de santé.

Oleg Kononenko est sorti le premier de la capsule, à 23h04, suivi par Anne McClain à 23h08 et David Saint-Jacques à 23h12.

Le vol de retour comporte évidemment des risques, notamment au moment de la rentrée dans l’atmosphère terrestre. Heureusement, l’opération s’est déroulée sans problème.

L’astronaute Robert Thirsk, qui a déjà vécu un atterrissage dans une capsule Soyouz, décrit le détachement de la station comme une opération délicate.

«La mise à feu de l’engin et l’orientation de la capsule lors de la mise à feu sont critiques, alors l’équipage devait certainement se concentrer sur la procédure», mentionne-t-il.

Un autre moment crucial s’est produit sur le coup de 21h50, alors que la capsule a remis les gaz pour décrocher de l’orbite terrestre et amorcer sa chute vers la surface de la Terre.

Selon son expérience, la descente s’avère ensuite une rude épreuve physique.

«En descendant, la force de gravité est forte. C’est comme s’il y avait quatre personnes assises sur votre poitrine. C’est difficile d’inspirer, mais il faut se concentrer pour s’assurer de bien respirer pour ne pas se trouver mal», explique l’astronaute canadien.

«Quand le parachute s’ouvre, il y a un grand mouvement de pendule, de gauche à droite, et l’atterrissage est un écrasement comme un accident de voiture», poursuit-il.

Malgré la violence du choc, il y aurait bien peu de risques de blessures, d’après Bob Thirsk, puisque les sièges sont conçus pour protéger l’équipage.

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Science

Encore du méthane détecté sur Mars, mais la Nasa ne sait pas d’où il vient

WASHINGTON — La Nasa a annoncé que son rover Curiosity avait de nouveau détecté sur Mars du méthane, un gaz qui peut être émis par des microbes mais aussi par des interactions entre roches et eau.

Le mini-laboratoire chimique embarqué à bord de Curiosity, baptisé SAM, a trouvé une concentration de méthane de 21 parties par milliard d’unités en volume, a annoncé l’agence spatiale dimanche dans un communiqué, évoquant un «résultat surprenant».

«Avec les mesures actuelles, nous n’avons aucun moyen de dire si le méthane est d’origine biologique ou géologique, ou ancienne ou moderne», a déclaré Paul Mahaffy, responsable scientifique de la Nasa pour cet équipement scientifique.

La question du méthane passionne les scientifiques spatiaux car sa présence peut indiquer un signe de vie.

Curiosity, qui roule sur Mars depuis 2012, en a déjà détecté plusieurs fois. La sonde européenne Mars Express, en orbite martienne depuis 2003, fut la première à le faire. Mais jamais à un tel niveau, environ trois fois supérieur à ce qui avait été «senti» jusqu’à présent.

Reste un mystère que les scientifiques n’ont pas encore résolu: la sonde européenne Trace Gas Orbiter, lancée en 2016 avec des instruments plus fins, n’a toujours rien détecté.

«Combiner les observations réalisées depuis la surface et en orbite pourraient aider les scientifiques à localiser les sources de gaz sur la planète et comprendre combien de temps il dure dans l’atmosphère martienne. Cela pourrait expliquer pourquoi les observations de méthane du Trace Gas Orbiter et de Curiosity diffèrent autant», conclut la Nasa.

Science

À quand, les prescriptions de «temps en nature» ?

LA SCIENCE DANS SES MOTS / L’idée voulant que les loisirs pratiqués dans un cadre naturel soient bons pour notre santé et notre bien-être n’est pas nouvelle.

Cela fait des générations que les parents disent à leurs enfants «Va jouer dehors, c’est bon pour toi». L’étude que des collègues et moi avons publiée dans le journal Scientific Reports suggère qu’une dose de nature d’aussi peu que deux heures par semaine contribue à une meilleure santé aussi bien physique que psychique. Et ce chiffre de deux heures est tout aussi valable pour toutes les couches démographiques auxquelles nous avons pu penser, du moins en Angleterre.

Mais comment se fait-il qu’il faille une étude pour arriver à cette conclusion? Car malgré le gros bon sens de nos parents, le diable se cache toujours dans les détails. Par exemple, on ne sait pas de façon intuitive combien de temps exactement il faut passer entouré de nature pour en ressentir les bienfaits, si «trop, c’est trop», s’il est préférable de répartir cette expérience sur plusieurs épisodes, ou au contraire la faire en une seule sortie, si les parcs, les plages et les montagnes procurent le même résultat, ou encore si cette routine est plus importante pour certains que pour d’autres.

Nous avons voulu répondre à ces questions afin de commencer à développer des directives sur combien de temps on devrait passer dans la nature. Des directives similaires ont déjà été établies disant que 150 minutes d’activité physique par semaine, ou encore cinq portions de fruits et légumes par jour sont bons pour la santé. Les résultats de notre étude ne sont pas encore finalisés, mais nous croyons qu’ils constituent un point de départ important.

Notre étude s’appuie sur les réponses d’un grand échantillonnage représentatif de 20 000 adultes en Angleterre, obtenues à partir d’un sondage consultatif annuel du gouvernement sur la «participation à l’environnement naturel». Ce sondage a lieu aux domiciles des particuliers. On leur demande de passer en revue les sept journées précédentes et de décrire chaque moment passé à l’extérieur dans un environnement naturel, tel qu’un parc urbain, une forêt, ou encore une plage.

Une fois ce «journal de la nature» compilé, on sélectionne de façon aléatoire une activité nature de la semaine précédente, et on creuse plus en détail auprès des participants: quelle est la durée de la sortie, avec qui ils s’y sont rendus, comment ils s’y sont rendus, et ce qu’ils y ont fait. L’aspect aléatoire de cette sélection est très importante d’un point de vue scientifique, car il nous permet d’en apprendre sur l’activité en général et pas seulement sur les faits saillants dont les gens se souviennent le mieux. En analysant ces réponses, nous avons pu bâtir un profil du temps passé dans la nature chaque semaine par chacun des 20 000 participants.

Afin de comprendre le lien avec la santé et le bien-être, nous avons étudié les réponses données par les mêmes personnes à deux questions complémentaires sur leur santé en général et sur leur «satisfaction par rapport à la vie».

Nous avons découvert que ceux qui consacrent au moins deux heures par semaine dans la nature ont tendance à se trouver davantage «en bonne santé» ou encore d’éprouver un plus haut niveau de bien-être que ceux qui ne passent pas de temps dans la nature. Ceux qui y passent un peu de temps, mais moins de deux heures, ne sont pas plus susceptibles de se sentir en bonne santé et d’éprouver un bien-être que ceux qui ne s’y exposent pas du tout. Cela suggère que l’on peut ne pas passer assez de temps dans la nature. De plus, après cinq heures environ passées à l’extérieur, il ne semble pas y avoir davantage de bénéfices.

Science

Il y a 50 ans, débarquer sur la Lune ne faisait pas l’unanimité

Avec le recul historique, on a retenu que la première mission Apollo sur la Lune avait généré un énorme enthousiasme et contribué à changer la perception de notre place dans le cosmos. Mais on oublie que pendant les années précédentes, les Américains étaient plutôt mitigés à l’idée d’envoyer des hommes là-haut.

Pendant toutes les années 1960 en effet, aucun sondage n’a révélé un appui d’une majorité d’Américains à une mission lunaire. C’est ce que rappelle l’historien à la retraite Roger Launius dans son nouveau livre, Apollo’s Legacy : Perspectives on the Moon Landing.

Non sans raison : le programme Apollo a coûté 25,4 milliards, l’équivalent de 180 milliards en dollars américains d’aujourd’hui. À la fin des années 1960, c’était, dans le budget fédéral, la deuxième dépense la plus élevée du gouvernement américain, derrière la guerre du Vietnam. Certains sondages rangeaient même le «voyage spatial» près du sommet des programmes à couper, signalait Launius dès 2010.

L’émotion générée par le «petit pas pour l’homme, bond de géant pour l’humanité», allait balayer une partie de ce scepticisme en juillet 1969 — et encore, l’appui ne serait que de 53 %, un élément important à considérer quand on se rappelle qu’Apollo 17 fut la dernière mission lunaire, en 1972, bien que le programme ait prévu à l’origine des Apollo 18, 19 et 20.

Science

Consommer son placenta ? À éviter

DÉTECTEUR DE RUMEURS / L’idée de consommer son placenta pour éviter la dépression post-partum et pour prendre des forces après l’accouchement fait des adeptes sur le web. Mais la pratique n’est pas forcément bénéfique pour la santé. Le Détecteur de rumeurs explique pourquoi.

L’origine de la rumeur

La placentophagie, qui consiste à manger son placenta après l’accouchement pour en retirer de l’énergie, suscite un intérêt croissant chez les femmes en post-partum, en particulier aux États-Unis où des vedettes comme Kim Kardashian et Hilary Duff annoncent avoir consommé le leur sous forme de capsule ou en smoothies.

Le placenta assure les échanges nutritifs entre la mère et le fœtus par le biais du cordon ombilical. Par extension, les défenseurs de la placentophagie soutiennent que la pratique est bénéfique pour la mère puisque le placenta conserve les hormones, les vitamines et les nutriments qui ont permis au bébé de grandir.

Le placenta se mange cru, en smoothies avec des fruits, ou cuisiné. Le Détecteur de rumeurs a même vu des livres de recettes pour placenta ! Mais le plus souvent, les femmes le consomment sous forme de gélules fabriquées avec leur placenta déshydraté. Sur Internet, des dizaines d’entreprises proposent de préparer le placenta pour la consommation humaine ou vendent des ensembles d’encapsulation permettant aux nouvelles mamans de faire leurs propres gélules à partir de leur placenta.

Bien que la placentophagie soit encore peu répandue, elle inquiète les autorités de santé publique. Après les Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC) américains et Santé Canada, c’était au tour de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) de dénoncer la pratique dans l’édition de mai 2019 du Journal of Obstetrics and Gynaecology Canada.

Les bienfaits présumés

Parmi les bienfaits qui y sont attribués : la prévention de la dépression post-partum, une amélioration du taux de fer, une augmentation du niveau d’énergie et de la production de lait, et un renforcement des liens maternels.

De nombreux blogues rapportent les témoignages de femmes disant s’être senties mieux, avoir vu s'améliorer leur sommeil, leur humeur et leur niveau d’énergie, après avoir consommé leur placenta. Ces bienfaits sont aussi rapportés dans des sondages réalisés aux États-Unis. Leur méthodologie est toutefois critiquée par la SOGC.

Efficacité et sécurité contestées

Le problème, c’est qu’il n’existe pas suffisamment d’études à grande échelle et statistiquement fiables qui démontrent que le placenta agit comme un antidépresseur, aide à la production de lait ou réduit le risque de dépression post-partum. De plus, il n’est pas certain que le placenta conserve des vertus nutritives une fois expulsé du corps de la mère; et les faibles concentrations de nutriments trouvées dans les capsules de placenta déshydraté font douter d’un éventuel effet thérapeutique.

Après avoir fait une revue des données scientifiques disponibles sur la consommation de placenta, la SOGC a conclu en mai que la consommation de placenta humain ne peut être recommandée en raison du manque de données probantes. L’organisme souligne que les rares études sont de trop petites tailles ou comportent des failles méthodologiques. Par contre, les dommages potentiels, notamment le risque d’infection, sont documentés.

Les risques étaient aussi au cœur de l’avis émis par Santé Canada en novembre 2018. Le Ministère recommandait aux mères d’éviter de manger du placenta en raison des risques d’infections pour la femme et son nouveau-né. Un nourrisson a d’ailleurs été hospitalisé en septembre 2016, en Oregon, pour une infection bactérienne causée par les gélules de placenta contaminées au Streptococcus agalactiae que sa mère avait ingérées alors qu’elle l’allaitait. Les Centres de prévention et de contrôle des maladies ont réagi en juin 2017, en recommandant d’éviter la consommation de capsules de placenta, les méthodes d’encapsulation n’étant souvent pas adéquates pour tuer toute trace de contamination bactérienne ou virale.

Le placenta peut aussi être infecté lors sa manipulation et de son entreposage, après l’accouchement.

Au Canada, les méthodes utilisées pour préparer le placenta à la consommation, notamment sa cuisson ou sa déshydratation, ne sont pas réglementées, ce qui augmente le risque de contamination par des champignons, des virus ou des bactéries nuisibles. Jusqu’à maintenant, Santé Canada n’a autorisé aucun produit de santé contenant du placenta humain.

Verdict

Aucune donnée probante ne démontre que la consommation de placenta est bénéfique pour la santé humaine ou qu’elle peut réduire la dépression post-partum, régénérer le fer ou améliorer la lactation. Par contre, les risques potentiels, notamment ceux de contracter une infection, sont réels. Il est recommandé de laisser son placenta à l’hôpital après l’accouchement.

Science

Les œufs de poules «urbaines» sont-ils sains ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Avec le nombre grandissant d’élevages de poules en milieu urbain, on trouve à peu près toujours quelqu’un dans son entourage ou au travail qui vend des œufs. Mais sont-ils aussi salubres que les œufs qui passent le processus «officiel» d’inspection ? Y a-t-il un danger pour la santé à consommer des œufs de poules élevées par Monsieur et Madame Tout-le-Monde ?», demande Denis Corriveau, de Nicolet.

L’idée souvent énoncée que «le risque zéro n’existe pas» est, je pense, une des rares vérités à peu près universelles en ce bas monde. En principe, il y a toujours un risque à consommer des œufs, quelle que soit leur origine, comme il y en un a à ingérer n’importe quel autre type de nourriture, d’ailleurs. C’est juste que si on arrête complètement de manger, disons que ce qui suit n’est pas un risque, mais une fatalité…

Dans le cas des œufs, ce sont surtout des bactéries de la «famille» des salmonelles qui peuvent causer problème. Car si le jaune d’œuf est nourrissant pour un embryon, il peut l’être aussi pour des colonies bactériennes, qui peuvent atteindre des concentrations dangereuses. En général, une salmonellose s’apparente à une bonne gastroentérite, mais pour les gens plus vulnérables comme les jeunes enfants et les personnes âgées, cela peut entraîner des complications allant (rarement, mais quand même) jusqu’à la mort.

Il n’est pas facile, notons-le, pour un microbe de passer à travers la coquille d’un œuf. Pas facile du tout, même. La coquille est d’abord recouverte d’une membrane qui empêche la contamination. La coquille elle-même est une barrière supplémentaire, bien qu’elle soit toujours un peu poreuse. L’intérieur de ladite coquille est également tapissée d’une seconde membrane protectrice. Le blanc d’œuf, ensuite, est un milieu alcalin qui n’est pas propice à la croissance bactérienne, en plus d’avoir une consistance qui freine la progression d’éventuelles bactéries, même mobiles. Et le jaune d’œuf (le meilleur endroit pour les bactéries) est entouré d’une troisième membrane protectrice. (Voir ici pour plus de détails : http://bit.ly/2KY18Dw)

Bref, les œufs sont équipés pour se défendre contre les microbes. Autrement, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus de poules, car l’omniprésence des bactéries est une autre de ces rares vérités universelles en ce bas-monde.

Mais il arrive quand même que des pathogènes parviennent à se frayer un chemin jusqu’à ce «jack-pot» qu’est le jaune. Par exemple, la pondeuse peut elle-même être infectée et la bactérie peut alors arriver dans l’œuf pendant sa formation, avant que toutes les barrières ne soient formées. Même après qu’il soit pondu, l’œuf (comme n’importe quel autre corps) va changer de volume avec la température, et s’il se contracte, cela va créer une aspiration qui peut permettre à des microbes de passer à travers les pores de la coquille et d’éventuels défauts dans les membranes. Ça arrive, et il semble qu’un sous-type de salmonelle — la Salmonella enteritis — soit meilleur que les autres pathogènes pour se rendre jusqu’au jaune [http://bit.ly/2Fp3Jma].

Maintenant, est-ce que cela survient plus souvent avec des «cocos de cour arrière» qu’avec des œufs industriels, qui sont passés à travers une foule de mesure pour les aseptiser ? Ce n’est pas très clair. On a, d’une part, certaines données qui suggèrent que le risque pourrait être plus grand dans les poulaillers tenus par des «éleveurs du dimanche». Par exemple, une étude de l’université Penn State présentée en 2016 dans un congrès de médecine vétérinaire a trouvé que les œufs vendus à la ferme dans les «petits» poulaillers (moins de 3000 pondeuses, pas soumis aux mêmes normes antimicrobiennes que les autres aux États-Unis) étaient plus souvent porteurs de salmonelle que ceux des gros producteurs. Mais ça ne représentait que 2 % des points de vente [http://bit.ly/2J0MjgC] et la comparaison était loin d’être idéale pour les cours arrières où vivent seulement quelques pondeuses, et pas 3000.

De même, la Santé publique américaine (CDC) a observé une augmentation des éclosions de salmonellose liées à des poulaillers urbains depuis 2000 [http://bit.ly/31PgAaQ]. Cependant, les œufs ne sont qu’une des manières de contracter la maladie, et le fait est qu’une grande partie des conseils du CDC ne concerne pas les œufs eux-mêmes, mais la cohabitation avec la volaille — ne pas garder les oiseaux dans la maison, ne pas les serrer contre soi ou jouer avec, ne pas les bécoter, etc.

En fait, l’étude que j’ai trouvée qui répond le plus directement à la question de M. Corriveau, publiée cette année dans Zoonoses and Public Health, n’a rien trouvé d’alarmant. Elle a porté sur une cinquantaine de poulaillers «amateurs» de Boston et n’a décelé la présence de salmonelle que dans un seul d’entre eux, donc 2 % du total, ce que les auteurs décrivent comme une «prévalence faible». Et encore, il ne s’agissait pas d’une souche de salmonelle particulièrement dangereuse. Mais il faut aussi dire que cette étude-là ne portait pas sur la présence de bactéries dans les œufs, mais bien dans les poulaillers en général (excréments de poule et poussières).

Bref, il n’est pas clair que le risque d’infection à la salmonelle est plus élevé pour qui mange des «œufs urbains». Il n’est pas déraisonnable de le penser, remarquez, puisque des études ont montré que les propriétaires de poules en ville ne sont pas tous au courant des bonnes habitudes à prendre pour minimiser les risques de contamination [http://bit.ly/2XyphaA]. Mais dans tous les cas, et c’est sans doute le plus important, ici, ces risques semblent faibles.

Reste tout de même que chaque propriétaire de poulailler doit prendre une série de mesures d’hygiène (nettoyage quotidien, ramassage des œufs chaque jour, dépistage des maladies, etc.) pour s’assurer que ses œufs et ses animaux sont sains. On peut trouver une liste de ces responsabilités sur le site du ministre de l’Agriculture [http://bit.ly/2Fr3ebg], notamment.

Et pour ceux qui achètent de ces «œufs urbains», ajoutons qu’il n’y a certainement rien de criminel à poser quelques questions sur l’entretien du poulailler, sur l’expérience des «éleveurs», etc.

Science

Le cerveau des femmes fonctionne mieux au chaud? Pas si vite!

Une récente étude a beaucoup fait jaser en rapportant que le cerveau des femmes fonctionne mieux au chaud que celui des hommes. Des experts consultés par La Presse canadienne estiment toutefois qu’elle est tellement pleine de trous qu’il est impossible d’en tirer quelque conclusion que ce soit.

«Selon moi, les conclusions que (les chercheurs) en tirent ne permettent pas du tout d’apporter un certain niveau d’évidence en faveur ou contre leur hypothèse, a tranché Miguel Chagnon, le directeur du service de consultation statistique de l’Université de Montréal. Pour moi, la question reste ouverte, peu importe les chiffres.»

Des chercheurs allemands et américains écrivaient dans le journal scientifique PLOS ONE que les femmes s’en tiraient mieux lors de tests mathématiques et verbaux dans une pièce plus chaude, tandis que la performance des hommes lors de ces mêmes tests était meilleure dans une pièce plus fraîche.

Un peu plus de 540 sujets avaient participé à des tests mathématiques, verbaux et de logique dans une pièce dont la température oscillait entre 16,2 et 32,6 degrés Celsius.

Selon les chercheurs de l’université Southern California et du Centre des sciences sociales WZB de Berlin, les participantes ont fourni davantage de réponses correctes - et davantage de réponses, point - quand la température atteignait la portion supérieure de la fourchette. La même situation aurait été observée chez les participants quand la température se trouvait dans la portion inférieure de la fourchette; quand la pièce était plus chaude, ils remettaient apparemment moins de réponses et moins de réponses correctes.

«Il n’y a absolument rien de neurologique dans cette étude-là. Ce ne sont que des statistiques et il n’y a aucune explication neurologique ou rationnelle (...), à part certaines études qui montreraient que les femmes, de façon suggestive, préfèrent les températures plus hautes, a pour sa part commenté le professeur Cyril Schneider, qui enseigne à la faculté de médecine de l’Université Laval.

«(Les graphiques) montrent qu’il n’y a aucune relation entre la température et ces tâches-là, le sexe confondu.»

De multiples failles

Les experts interrogés par La Presse canadienne énumèrent tellement de failles qu’il est impossible de toutes les nommer.

«Plusieurs limites font que je ne vois pas comment les résultats de cette étude puissent être valides et utiles, a écrit dans un courriel la professeure Jessica Lévesque, de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke. Je pense que c’est à la portée de tous de comprendre que ce n’est pas l’augmentation de quelques degrés de la température qui va réellement changer la performance des employés, à moins que tout soit parfait par ailleurs.»

MM. Schneider et Chagnon soulignent que chacun des 543 sujets n’a été testé qu’une seule fois, et non pas pour chaque épreuve à chaque température, et qu’on ne dispose d’aucune information concernant l’homogénéité des groupes.

Conséquemment, dit M. Schneider, «la personne qui réussit bien à 20 degrés n’est pas la même que celle qui réussit moins bien à 30 degrés (...). La personne qui a été randomisée pour tester les mathématiques à 30 degrés est peut-être moins bonne que celle qui a été testée à 20 degrés. Ça s’appelle un biais de recrutement».

Le professeur Chagon abonde dans le même sens en faisant remarquer que les participants ont été recrutés à l’université: il suffirait que les participantes soient majoritairement des étudiantes en sciences humaines et les participants des étudiants en génie, par exemple, pour bousiller les observations des chercheurs.

«Si de base un groupe est plus fort en mathématiques qu’un autre groupe, on va observer qu’il va y avoir une moyenne plus élevée, peu importe la température au niveau de la pièce, a-t-il dit. On n’a aucune mesure qui pourrait nous établir que les groupes sont équivalents au niveau des différentes températures, que ce soit les mathématiques, le verbal ou la résolution de problèmes.

«Il y a tellement de possibilités! C’est ce que nous appelons des facteurs de confusion, c’est-à-dire que ce qu’on observe peut être attribué à d’autres choses que simplement la condition expérimentale.»

On sait aussi qu’on comptait 59 pour cent d’hommes et 41 pour cent de femmes parmi les participants, ce qui est source de déséquilibre.

Moins de 5 %

En passant les chiffres au peigne fin, M. Chagnon fait une découverte étonnante: moins de 1 pour cent de la variabilité observée lors des épreuves verbales serait attribuable à la température, tandis que la température expliquerait environ 5 pour cent de la variabilité.

«Ce n’est pas très fort, a-t-il dit. Ce ne sont pas des tailles d’effet très fortes.»

Et ce n’est pas tout: il semblerait que le cerveau des hommes est plus efficient en mathématiques et en logique que celui des femmes, indépendamment de la température.

«Oui, je comprends que la performance «semble» augmenter en fonction de la température pour les femmes et décliner pour les hommes, mais (...) même avec une température de 30 (Celsius) j’ai l’impression que les moyennes pour les hommes sont plus élevées que celles pour les femmes», a dit M. Chagnon.

Puisqu’on sait que, règle générale, les femmes sont meilleures que les hommes lors de tâches verbales, M. Schneider estime que la tâche la plus importante à étudier est celle de la logique et de la résolution de problèmes.

«Et on voit qu’il n’y a aucune différence au niveau de la température», a-t-il lancé.

La Presse canadienne a demandé en terminant à M. Chagnon quel sort il réserverait à un étudiant qui lui remettrait un travail d’une qualité comparable à celle de cette étude.

«Oh, il n’a peut-être pas la note de passage», a-t-il rapidement laissé tomber.

Science

Pourquoi manger des insectes est bon pour nous… et pour la planète

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Les océans sont surexploités et les changements climatiques auront de profondes répercussions sur la production alimentaire. Pendant ce temps, près d'un milliard de personnes souffrent de malnutrition chronique dans le monde. Parmi les solutions possibles, l'une fait tranquillement son chemin : manger des insectes.

L'Organisation des Nations Unies (ONU) prévoit qu'en 2050, si la tendance se maintient, la population mondiale atteindra les 9,8 milliards d'habitants. En conséquence, la demande mondiale de denrées alimentaires et d'aliments pour animaux devrait augmenter de 70 %, ce qui exercera une pression supplémentaire sur des ressources agricoles déjà surexploitées.

La demande mondiale de viande en particulier continuera d'augmenter au fur et à mesure que les habitudes alimentaires dans les pays en développement changeront, en raison de l'urbanisation rapide et de la croissance économique.

Des alternatives aux protéines animales

Pour relever les défis alimentaires actuels et futurs, il faut repenser le secteur agro-alimentaire. Nous devons trouver de nouvelles façons de cultiver les aliments, s'attaquer aux inefficacités et élaborer de nouvelles approches en matière de méthodes de production.

Outre la croissance démographique, l'urbanisation et la montée de la classe moyenne dans les pays en développement font augmenter la demande mondiale d'aliments, en particulier de protéines animales. Il faut réduire l'apport des ingrédients traditionnels pour l'alimentation animale comme les céréales, les farines de poisson et les graines oléagineuses et leur trouver des substituts afin d'utiliser plus efficacement les ressources.

Les milliards d'animaux élevés chaque année pour l'alimentation exercent une pression croissante sur les ressources en terre et en eau et contribuent aux changements climatiques et à d'autres impacts négatifs sur l'environnement.

L'élevage du bétail pour la production de viande exerce une pression considérable sur l'utilisation mondiale des terres et de l'eau. À l'heure actuelle, une grande partie des protéines produites pour l'alimentation du bétail provient de sources parfois non durables et nuisibles à l'environnement.

Les milliards d'animaux élevés chaque année pour l'alimentation exercent une pression croissante sur les ressources en terre et en eau et contribuent aux changements climatiques et à d'autres impacts négatifs sur l'environnement.

L'élevage du bétail pour la production de viande exerce une pression considérable sur l'utilisation mondiale des terres et de l'eau. À l'heure actuelle, une grande partie des protéines produites pour l'alimentation du bétail provient de sources parfois non durables et nuisibles à l'environnement.

Manger des insectes

Pour relever le défi considérable d'assurer la sécurité alimentaire pour l'avenir, il est impératif de trouver des sources alternatives et durables de protéines, tant pour la consommation humaine directe que pour l'alimentation animale. Les protéines dérivées d'insectes représentent une solution possible. Les insectes, en particulier les larves de mouches, possèdent de nombreuses qualités qui les rendent bien adaptés à l'alimentation animale.

Par exemple, les insectes sont déjà une source naturelle de nourriture pour les porcs et la volaille ainsi que pour de nombreuses espèces de poissons. De plus, les larves d'insectes ont généralement une teneur élevée en protéines et sont riches en d'autres nutriments bénéfiques comme les graisses, les minéraux et les vitamines.

Pour relever le défi considérable d'assurer la sécurité alimentaire pour l'avenir, il est impératif de trouver des sources alternatives et durables de protéines, tant pour la consommation humaine directe que pour l'alimentation animale. Les protéines dérivées d'insectes représentent une solution possible. Les insectes, en particulier les larves de mouches, possèdent de nombreuses qualités qui les rendent bien adaptés à l'alimentation animale.

Par exemple, les insectes sont déjà une source naturelle de nourriture pour les porcs et la volaille ainsi que pour de nombreuses espèces de poissons. De plus, les larves d'insectes ont généralement une teneur élevée en protéines et sont riches en d'autres nutriments bénéfiques comme les graisses, les minéraux et les vitamines.

Science

Grands Lacs: l’eau est anormalement élevée

Le niveau d’eau du lac Ontario a atteint 75,92 mètres le 6 juin. Il surpasse le record enregistré en 2017 et le seuil d’alerte, qui est de 75,5 mètres. Tous les autres Grands Lacs sont en ce moment anormalement élevés.

Le barrage Moses-Saunders, à Cornwall, réduit de 30 % l’afflux du lac Ontario dans le fleuve Saint-Laurent. Mais son effet sur le niveau du lac est minime, selon Rob Caldwell, le secrétaire canadien du Bureau de la régularisation des Grands Lacs et du Saint-Laurent, cité par Radio-Canada.

L’expert a expliqué que les arrivées d’eau dans le lac Ontario provoquent sa hauteur record. Cette étendue d’eau, la plus à l’est des cinq Grands Lacs, est aussi celle qui se situe à l’altitude la plus basse. Le liquide qui y arrive, en grande partie par les chutes du Niagara, peut venir du lac Supérieur, après un voyage de plus de 600 kilomètres.

M. Caldwell a incriminé également le vent de l’est qui réduit l’écoulement des eaux du lac Ontario. «Nous sommes à la merci de Mère Nature», a-t-il déclaré.

L’eau est très haute dans les autres Grands Lacs également :

  • Au début du mois de juin, le niveau du lac Supérieur a dépassé de huit centimètre son record pour cette période de l’année, qui remontait à 1986.
  • Le niveau mensuel du lac Érié a surpassé en mai tous les autres, le précédent record datant également de 1986.
  • Le niveau des lacs Michigan et Huron dépasse de 75 centimètres sa moyenne.

L’eau des Grands Lacs devrait commencer à baisser en automne. Elle monte à chaque printemps. Ce phénomène est toutefois extrême cette année. Les importantes chutes de neige de l’hiver dernier et les pluies abondantes qui ont suivi en sont les causes principales.

Certains chercheurs croient que l’enregistrement de niveaux extrêmement haut et bas dans les Grands Lacs devient la nouvelle norme à cause des changements climatiques.

Science

Une méduse pour aider votre cerveau?

DÉTECTEUR DE RUMEURS / Quel lien y a-t-il entre une protéine de méduse et la santé de votre cerveau ? Un supplément alimentaire qui est censé, selon ses promoteurs, stimuler votre mémoire, votre concentration et votre capacité de raisonnement, en plus de retarder les effets du vieillissement. Le Détecteur de rumeurs et l’Organisation pour la science et la société ont un doute.

L’origine de la rumeur

Prevagen est un supplément alimentaire dont l’ingrédient « actif » est censé être une protéine appelée «apoæquorine», prélevée sur des méduses. Les explications du fabricant sur ce qui permet de l’associer à notre mémoire sont plutôt floues, mais tournent autour du calcium : en gros, chez la méduse, cette protéine s’attache au calcium, et c’est ce qui procure à l’animal sa fameuse fluorescence. Or, les protéines qui se lient au calcium jouent un rôle crucial dans le bon fonctionnement de notre cerveau. Prevagen fait donc valoir qu’un supplément à base d’apoaequorine serait bénéfique.

Extrapolation douteuse

Nos neurones ont effectivement besoin de calcium pour bien fonctionner. Ce calcium ne doit être ni trop abondant ni trop rare. Nos protéines qui se lient au calcium nous protègent contre ces excès. Mais elles se raréfient avec l’âge, ce qui mène à un surplus de calcium dit «non-lié» qui peut endommager nos neurones et donc, nuire à notre mémoire et à notre cognition.

Les biologistes savent que la protéine de méduse en question contient une séquence d'acides aminés très semblable à celle des protéines qui se lient au calcium dans notre corps. De plus, en laboratoire, lorsque des cellules sont mises en contact avec cette protéine, elles acquièrent une meilleure résistance aux dommages. Ces résultats ont mené à l'idée que l'apoaequorine pourrait protéger nos neurones des conséquences du vieillissement.

Le raisonnement a du sens lorsqu'on parle de lames de microscopes en laboratoire. Mais lorsqu'il s’agit d’ingérer cette protéine dans une pilule, on doit s'assurer que la protéine survive à notre système digestif, qu'elle soit absorbée dans notre sang et qu'elle traverse la barrière hémato-encéphalique qui protège notre cerveau des agents infectieux et autres molécules indésirables. Puisque nous savons que les protéines sont décomposées lors de la digestion, les chances que celles-ci demeurent intactes et se rendent au cerveau sont donc négligeables.

Prevagen a-t-elle fait ces tests ? La compagnie Quincy Bioscience, qui distribue Prevagen, proclame que oui. Elle nous présente, avec tambour et trompette, un essai clinique interne contrôlé via placebo, qui démontre une amélioration de la mémoire après 90 jours. Alors qu’en fait, en bout de ligne, le groupe ayant reçu le placebo a performé tout aussi bien que le groupe expérimental.

De plus, au-delà de ce test effectué par la compagnie elle-même, il ne semble pas y avoir de publications révisées par les pairs qui puissent attester de l’efficacité et de l’absence de risques de Prevagen. Ce qui n’empêche pas Quincy Bioscience de proclamer qu’il a été cliniquement démontré que son produit améliore la mémoire et les capacités cognitives. Quoiqu'une clause en petits caractères accompagnant les publicités précise que : «Ces déclarations n'ont pas été évaluées par la Food and Drug Administration. Ce produit n'est pas prévu pour le diagnostic, le traitement, la guérison ou la prévention de toute maladie.»

Ce n’est pas tout. Les données présentées par la compagnie concernant la sûreté du produit semblent elles-mêmes démontrer que le produit ne peut pas fonctionner. Leur essai clinique conclut en effet : «La présente étude s'est penchée sur le potentiel allergène de la protéine purifiée. (Les résultats) révèlent que la protéine n'est pas un allergène connu et ne risque pas de provoquer une réaction croisée avec des allergènes connus. L'apoaequorine est facilement digérée par la pepsine. (...) Ces données ne laissent pas la porte ouverte à des préoccupations supplémentaires en matière de sûreté qui seraient dues à une stabilité inhabituelle de la protéine suivant son ingestion.»

Autrement dit, la compagnie admet, dans cet extrait, que la protéine est décomposée lors de la digestion et n'entre pas dans le cerveau.

Pire encore, dans un avertissement envoyé à la compagnie en 2012, la Food and Drug Administration des États-Unis écrivait que «notre inspection a trouvé des traces de plus de 1 000 événements indésirables et de plaintes rapportées à votre firme entre mai 2008 et décembre 2011». Des «événements indésirables» aussi divers que des convulsions, des AVC, une aggravation des symptômes de la sclérose en plaques, des douleurs à la poitrine, des tremblements, des évanouissements et, étrangement, un dérangement de la mémoire et de la confusion.

Un poursuite contre la compagnie a d’ailleurs été lancée en 2017 aux États-Unis par la Commission fédérale du commerce (FTC) pour fausse représentation et études «non concluantes». Un juge a d’abord rejeté cette poursuite, mais une cour d’appel a tranché en faveur de la FTC en février 2019. Dans la foulée de ce dernier jugement, des consommateurs ont déposé un recours collectif faisant valoir que «Prevagen est un produit à but unique : son seul prétendu avantage est d'améliorer la fonction cérébrale et la mémoire — ce qu'il ne fait pas.»

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Ce texte est une adaptation du billet rédigé en anglais par Joe Schwarcz, publié sur le site de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill.