Le centre de tri ne relèverait plus des municipalités.
Le centre de tri ne relèverait plus des municipalités.

Satisfaction entremêlée d’inquiétudes pour la réforme de la collecte sélective

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — La réforme de 30 M$ de la collecte sélective, annoncée mardi par le gouvernement du Québec, laisse le centre de tri Récupération Mauricie dans le noir quant à son avenir. Malgré tout, le président de l’organisme, Luc Dostaler, estime que l’initiative aura du bon pour l’environnement.

En transférant aux entreprises qui génèrent des matières recyclables la gestion des centres de tri du Québec, il devrait y avoir un effet d’économie circulaire, prévoit-il. En ce moment, «il y a certains produits, certains emballages, qui n’ont pas de débouchés. Donc, si l’entreprise est impliquée dans la deuxième vie du produit, elle va sûrement chercher davantage à avoir des produits qui sont plus facilement recyclables», analyse-t-il.

«On vient de donner une responsabilité aux compagnies productrices», résume-t-il.

Toutefois, des interrogations demeurent qui font craindre, peut-être, pour le compte de taxes des citoyens, déjà lourd à porter.

Rappelons que les centres de tri, au Québec, sont actuellement sous la responsabilité des Villes, donc leurs activités sont sous la loupe du public. Avec la réforme, la responsabilité incombera plutôt aux entreprises privées qui seraient représentées par un organisme et les contrats avec les centres de tri seraient gérés par l’industrie. La transparence assurée par la gestion municipale pourrait donc disparaître.

Cet aspect de la réforme interpelle le président de RM. Ce dernier rappelle l’exemple de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie qui avait été créée pour, justement, garder la mainmise de la population sur la gestion financière du service.

«Récupération Mauricie a fait une gestion exemplaire, au cours des dernières années et a réussi, malgré les soubresauts du marché, à être là et à offrir un service aux citoyens à un prix raisonnable. On s’est bâti un bas de laine et on a prévu pour l’avenir alors que du côté des entreprises privées, je n’ai pas besoin de vous dire où sont allés les profits. Et durant une année, comme cette année, qui va moins bien, elles vont voir le gouvernement et demandent de l’argent», dit-il.

«C’est décevant. Et au dernier conseil d’administration de RM, c’est un message qu’on voulait passer au gouvernement», signale M. Dostaler. «C’est bien différent quand on gère pour les citoyens que lorsqu’on gère pour sa poche», prévient-il.

«Est-ce que ça occasionnera des coûts supplémentaires pour les citoyens?», s’inquiète-t-il.

Toutefois, «est-ce qu’on avait besoin d’une réforme? D’impliquer les fabricants? D’investir de l’argent dans le développement? Ça, c’est assuré», nuance le président de RM.

Comme le précise Luc Dostaler, pour l’instant, «il y a encore beaucoup d’inconnu. Est-ce que la Régie de gestion des matières résiduelles va quand même conserver la collecte?», se demande-t-il. Quel sera l’avenir de Récupération Mauricie en tant qu’organisme? «Est-ce que RM fera encore partie de l’équation?» Autant de questions à élucider d’ici la mise en place du nouveau modèle, en 2022.

«L’avenir est incertain. Par contre, est-ce qu’on va aussi tasser les joueurs qui font bien leur travail?», se demande-t-il.

Quoi qu’il en soit, il faudra quand même des centres de tri «et ça va toujours prendre des gens pour trier la matière», fait-il valoir, certain que ce seront les mêmes employés chez RM après la réforme.

Récupération Mauricie est d’ailleurs un modèle qui fait école, dans le secteur, car 50 % de son personnel a des limitations, ce qui permet à ces personnes de s’épanouir dans un milieu de travail valorisant pour elles. Ces emplois sont subventionnés et RM a l’obligation de faire en sorte que la moitié de ses effectifs soit composée de ces travailleurs, souligne M. Dostaler.

Avec l’annonce d’un programme de plus de 30 M$, «de l’argent sera disponible pour la modernisation des centres de tri, pour trouver des marchés d’économie circulaire, pour développer des marchés locaux. Il y a une partie pour les sacs de plastique. La Régie pourrait se positionner là-dessus. Il y aura beaucoup de travail dans les prochains mois et les prochaines années avant cette transition-là», prévoit le président de RM.