Josée Massicotte participera aux Jeux mondiaux des greffés l'été prochain, en Espagne.

Vivre avec un nouveau pancréas

À la suite d'une hospitalisation d'urgence de trois jours, Josée Massicotte a appris qu'elle devrait composer avec le diabète de type 1 pour le reste de ses jours. Âgée d'à peine 12 ans, à ce moment-là, elle a dû se résigner à gérer ses fluctuations de glycémie et à s'imposer une discipline spartiate. «J'étais vraiment avancée. J'étais mourante», se souvient-elle.
On était alors en 1976, année des Jeux olympiques de Montréal, un moment chargé de sens pour cette adolescente issue d'une famille de grands sportifs. Son père enseignait l'éducation physique à l'UQTR et fort heureusement, Josée Massicotte possédait ce trait familial et se plaisait beaucoup à bouger.
Ce fut d'ailleurs, tout au long de sa vie, une manière efficace pour elle d'abaisser des glycémies trop élevées, de conserver du même coup son système nerveux, ses yeux et ses reins intacts et de devenir une candidate parfaite, 37 ans plus tard, à une greffe d'un pancréas sain.
Ce moment marquant de sa vie est survenu en septembre 2013. Un soir, à minuit, le téléphone retentit chez elle. Au bout du fil, une voix de femme lui annonce une nouvelle inespérée: «Mme Massicotte, nous avons un pancréas pour vous.» C'était l'infirmière du centre de transplantation de l'hôpital Royal Victoria.
«J'étais excitée comme si on m'avait dit que je venais de gagner 1 million $», dit-elle. Les risques encourus par une chirurgie abdominale de cette importance ne lui paraissent qu'un détail insignifiant comparativement aux bénéfices que pourront lui apporter ce nouvel organe, explique-t-elle.
C'est que Josée Massicotte était rendue à un point où il était devenu de plus en plus difficile de vivre avec le diabète. Elle ne sentait plus sa glycémie chuter, éprouvait des problèmes de digestion et des douleurs aux pieds la nuit.
«Je suis physiothérapeute et j'en ai vu des diabétiques souffrir. J'ai vu des amputés. Je sais de quoi ça a l'air et ça ne me tentait pas de vieillir comme ça», raconte-t-elle.
«Je commençais à être toujours fatiguée. Il fallait toujours que je planifie. Si j'avais un souper, je savais que le lendemain, il fallait que j'entre plus tard sinon, je n'avais pas l'énergie d'avoir une vie sociale et une vie au travail. Il fallait gérer, gérer. J'avais peur de faire de l'hypoglycémie pendant que j'étais toute seule et de ne pas m'en rendre compte», raconte-t-elle.
Malgré tout, elle s'organise pour ne rien laisser transparaître autour d'elle. 
«Je n'en parlais pas à tout le monde. Je m'arrangeais pour que ça marche. C'est tout», dit-elle. Ses stratégies laissaient croire aux autres qu'elle était en pleine santé, d'autant plus qu'elle est toujours demeurée active physiquement malgré tout.
Alors qu'elle avait 16 ans, le père de Mme Massicotte lui avait fait venir une pompe à insuline des États-Unis au coût de 450 $, dans le temps, pour l'aider à gérer son diabète. «Il me donnait un message: va chercher ce dont tu as besoin», dit-elle.
Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de solutions ici et maintenant qu'il n'y en aura pas demain ou ailleurs, comprend-elle à ce moment-là.
Éventuellement, elle entend parler de greffe du pancréas par un collègue de travail, lui aussi diabétique de type 1. Toutefois, il lui aura fallu quatre ans avant de se rendre au centre de transplantation. 
«Je savais que c'était quelque chose de risqué, que c'était une grosse chirurgie, qu'il faudrait prendre des médicaments antirejets pour le reste de ma vie», raconte-t-elle. «Je ne voulais pas être plus malade que je l'étais déjà», plaide-t-elle.
Alors que la maladie commence à prendre le dessus, on lui annonce qu'elle répond à tous les critères pour une greffe. Tous ses efforts de gestion de la glycémie au cours de 37 dernières années auront porté fruit. Son corps est en assez bon état pour accueillir ce cadeau du ciel qui lui viendra d'un jeune homme de 18 ans de l'Ouest canadien.
À son âge, le moment est propice. «La greffe n'est en effet pas accessible aux enfants et aux jeunes adultes à cause des effets néfastes des antirejets à long terme», tient-elle à préciser pour ne pas créer de faux espoirs.
Maintenant libérée depuis trois ans du poids de la gestion du diabète, la soeur de l'humoriste François Massicotte s'envolera vers l'Espagne, du 25 juin au 2 juillet, pour participer aux Jeux mondiaux des greffés. 
Elle y fera du tennis simple ainsi qu'une course de vélo de 30 km. «Je ne suis pas une athlète de haut niveau, mais de participer à ce défi sera pour moi la célébration de ma victoire, de ma lutte contre le diabète», raconte-t-elle avec une énergie renouvelée.
Elle offrira d'ailleurs une conférence sur son expérience le 22 mars, au Pavillon Saint-Arnaud, à 18 h 30, afin d'amasser des fonds pour la recherche sur le diabète juvénile et pour financer sa compétition aux Jeux mondiaux des greffés.