Un juge de la Cour suprême du Québec a suspendu la décision du CIUSSS MCQ de fermer la résidence la Villa du jardin fleuri. Cette suspension est effective jusqu'à mercredi, afin de donner le temps au tribunal d'entendre la cause.

Villa du jardin fleuri: les motifs de la fermeture expliqués

Dans un document étoffé de 45 pages, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) a décrit les motifs qui l'ont amené à révoquer le certificat de conformité de la Villa du jardin fleuri. Les propriétaires de la résidence ont ainsi été informés vendredi des doléances qui leur étaient adressées. Une copie du document a été transmise au Nouvelliste par le porte-parole de la Villa.
Intitulé Motifs détaillés au soutien de la révocation du certificat de conformité, le document du CIUSSS s'ouvre sur une chronologie des événements. Le premier point fait référence à un rapport de 2013, et rappelle les commentaires du commissaire de l'époque à propos de l'établissement de la rue Notre-Dame Ouest.
«Nous avons observé la présence de personnes présentant des problèmes de comportement, alors que celles-ci figurent parmi les limites d'accueil de la résidence. La présence de personnes présentant des déficits cognitifs nous est apparue préoccupante. Il n'existe aucun mécanisme pour prévenir les fugues de cette clientèle. Nous estimons que la santé et la sécurité de ces personnes pourraient être compromises», écrivait-il.
Un survol de la suite des événements permet de constater que les choses ne se sont pas améliorées au cours des années suivantes. Plusieurs fugues auraient effectivement eu lieu, mais celles-ci n'auraient été déclarées au CIUSSS que plusieurs mois après les incidents. À cet égard, le document raconte un épisode pour le moins troublant. 
«Une résidente qui marchait sur le bord de la rue en marchette a été ramenée à la résidence par un travailleur d'usine. Elle affirme à monsieur qu'elle veut quitter la résidence et ne plus habiter là. Elle lui demande de l'aide. Monsieur affirme qu'elle avait son manteau, mais n'avait pas de but précis. Elle semblait désorientée, mais tenait un discours cohérent. Le travailleur a raccompagné la résidente dans sa chambre. L'homme a contacté la résidence le lendemain et une femme lui a répondu en lui mentionnant que ce n'était pas la première fois et qu'ils allaient s'occuper de cela. Elle aurait également dit: "si vous en trouvez d'autres, ramenez-nous-les"», peut-on lire. Notons que cet incident serait survenu dans la nuit du 12 au 13 janvier 2017, et que le CIUSSS n'en aurait été informé qu'au mois de mars. 
Dans un même ordre d'idée, les décès de Thérèse Roberge et d'André Bourassa, qui ont perdu la vie en se retrouvant enfermés à l'extérieur de la résidence, auraient également été communiqués au CIUSSS dans un délai excédant la norme.
Le CIUSSS note également que la directrice de la Villa du jardin fleuri, Johanne Bolduc, a été avertie à maintes reprises depuis le mois de mars dernier qu'elle ne pouvait pas garder à sa charge des résidents à risque d'errance. Mme Bolduc aurait toutefois continué de mentionner à la signature des baux que la résidence pouvait s'occuper des résidents jusqu'à la fin, peu importe leur état de santé.
En outre, le CIUSSS a dénombré plusieurs autres inconformités, dont l'absence d'un plan de sécurité incendie, un système de sonnettes hors fonction ou partiellement en fonction, un bouton handicapé en panne, un litige en matière d'assurance de responsabilité, le fait que les informations sur l'état de santé et les risques d'errance fournis par les employés n'étaient pas fiables, et un nombre insuffisant d'employés en service la nuit.
Volumineux et alarmant
Le porte-parole de la Villa du jardin fleuri, Louis Aucoin, a accueilli le document du CIUSSS avec déception. Alors que la résidence attendait une bombe, elle n'a trouvé dans le document que des motifs qu'elle connaissait déjà. «Le document du CIUSSS ne contient aucune surprise, aucune raison d'aller en Cour, ni aucune raison de déplacer les gens», estime-t-il. 
M. Aucoin a par ailleurs indiqué que sur les 78 critères évoqués, seulement dix avaient été retenus par le CIUSSS comme étant non conformes. Or, le porte-parole a répété que la résidence du secteur Trois-Rivières-Ouest avait fourni au CIUSSS les preuves que les correctifs avaient été apportés. Les pièces justificatives avaient cependant été reçues en retard, à cause de délais administratifs. 
Le porte-parole a notamment évoqué que la Villa avait dû attendre que ses requêtes soient traitées par des compagnies d'assurances (en ce qui concerne le litige de responsabilité), des institutions scolaires (en ce qui concerne la formation d'un employé), des services de police (pour la vérification des antécédents judiciaires d'une employée), et du CIUSSS lui-même. 
M. Aucoin a aussi affirmé qu'en date du mois de juin, tous les résidents à risque d'errance avaient quitté la Villa.