De gauche à droite, Jean-Guy Doucet, maire de Saint-Léonard-d’Aston, Manon Daigle, directrice des soins du Centre l’Assomption, André Nadeau, président du C.A., et Sylvie Bérubé, directrice générale.

Un milieu de vie pour les personnes alzheimer

SAINT-LÉONARD -D'ASTON — Il y a quelques mois, une nouvelle rue a vu le jour à Saint-Léonard-d’Aston. Cette rue se trouve au deuxième étage du Centre l’Assomption de Saint-Léonard-d’Aston, résidence pour personnes en perte d’autonomie. Sur cette rue habitent 13 résidents du centre, tous atteints de la maladie d’Alzheimer.

On l’aura compris, il n’y a pas vraiment d’asphalte ni de trottoir en béton à l’intérieur du centre. C’est cependant l’effet qu’ont voulu recréer les responsables du Centre l’Assomption dans la nouvelle unité prothétique. Le couloir a été décoré de paysages ruraux et la porte de chaque chambre est celle d’une maison, également peinte sur le mur. Ce décor a été réalisé par le peintre Daniel Turcotte, alias Dotel, de Saint-Léonard-d’Aston.

L’objectif de cette opération était de transformer l’unité, dont les résidents sont à un stade très avancé de la maladie d’Alzheimer, en milieu de vie. Les résidents ont chacun leur chambre et peuvent se réunir au salon ou à la salle à manger de l’étage. Quant à la fresque peinte sur les murs du couloir, elle leur permet de se sentir davantage chez eux. La différence s’est d’ailleurs fait sentir très rapidement, explique Manon Daigle, directrice des soins.

«La dernière maison que Daniel a dessinée, quand la résidente (de la chambre) est revenue, elle a dit: ‘‘c’est chez nous, ça!’’ Elle s’est reconnue. Il (Daniel) est venu les yeux pleins d’eau et il a dit: ‘‘wow, mon travail est vraiment réussi’’», souligne-t-elle.

Les résidents sont également maîtres de leur emploi du temps sur cet étage. S’ils veulent passer la journée dans leur chambre, ils le peuvent. Ils ne sont pas forcés non plus de prendre une douche s’ils ne le veulent pas, tant qu’ils en prennent une dans la semaine. Mme Daigle précise qu’ils reçoivent tout de même deux toilettes partielles par jour, soit un nettoyage du visage, des aisselles, des bras, du torse et des parties génitales.

L’aménagement de l’unité prothétique a coûté au Centre l’Assomption 60 000 $. La moitié de ces coûts a été couverte par les dons des familles des résidents et de particuliers, avec l’aide également de la Fondation médicale Jean-Pierre-Despins. Un montant de 10 000 $ a été octroyé par l’ancien ministre libéral de la Santé, Gaétan Barette.

Le Centre l’Assomption envisage d’ouvrir une seconde unité prothétique, avec un décor inspiré de la ville. D’autres projets sont également étudiés, comme l’aménagement de lits pouvant accueillir temporairement des patients en convalescence et dont les proches ont besoin de répit ou ne peuvent l’accueillir chez eux.

Aide médicale à mourir et Alzheimer

L’unité prothétique s’inscrit dans un virage qu’a pris le Centre l’Assomption il y a 10 ans, soit celui d’offrir des soins aux personnes en sérieuse perte d’autonomie, mais également des soins de fin de vie. La plupart des familles des résidents du deuxième étage ont demandé à ce qu’ils ne subissent pas d’acharnement thérapeutique.

La question de l’aide médicale à mourir et de son élargissement, potentiellement à des patients atteints d’alzheimer, est donc sans surprise un sujet de discussion fréquent entre Mme Daigle et les familles de résidents.

«J’ai beaucoup de familles qui me posent des questions là-dessus, mais on n’est pas rendu là. Je vais attendre de voir ce que le gouvernement va décider. Il y a des pour et des contre. Ce n’est pas un débat facile, humainement», reconnaît-elle.

Si le gouvernement du Québec donne son aval à un tel élargissement, le Centre l’Assomption n’y sera pas fermé. Un résident a d’ailleurs déjà bénéficié de l’aide médicale à mourir depuis l’adoption de la loi québécoise sur le sujet, il y a quelques années. Celui-ci était toutefois encore apte à prendre cette décision, puisqu’il s’agit de l’un des critères pour y être éligible. Manon Daigle s’en remet au gouvernement pour savoir comment, et si, l’élargissement de la loi sera déployé. Mais ultimement, ce seront les résidents et leur famille qui prendront une telle décision, décision qu’accepteront et respecteront les employés du centre, garantit-elle.

«On marche vraiment avec les familles et je pense que c’est comme ça qu’il faut faire. Pour chaque personne, on a tous notre façon de penser et il faut le respecter et c’est tout. On peut être en désaccord pour certaines choses, mais on n’a pas de jugements à émettre là-dessus», souligne Mme Daigle.