La police de Trois-Rivières a traité une vingtaine de dossiers reliés aux opioïdes en 2017-2018.

Trois décès reliés aux opioïdes en deux ans à Trois-Rivières

TROIS-RIVIÈRES — Les opioïdes sont à l’origine de véritables hécatombes dans l’Ouest du pays ainsi qu’aux États-Unis. Si ces drogues ne font pas encore de tels ravages au Québec, il reste qu’elles sont bel et bien présentes, et ce, même dans la région. La Direction de la police de Trois-Rivières a traité une vingtaine de dossiers reliés aux opioïdes en deux ans, et malheureusement, trois personnes seraient décédées d’une overdose impliquant une de ces substances durant la même période.

En septembre 2017, un homme de 34 ans a succombé à une overdose de fentanyl. Le rapport du coroner conclut qu’il est mort d’une polyintoxication accidentelle aux drogues et aux médicaments dont du fentanyl et de l’hydromorphone. «Un médecin spécialisé en toxicologie médicale me confirme que les concentrations mesurées de fentanyl et de norfentanyl sont compatibles avec un décès par intoxication», écrit le coroner Yvon Garneau, dans son rapport.

En 2018, la mort d’Alexandre Pelletier a ému plusieurs personnes, d’autant plus que son père, le médecin et artiste Francis Pelletier, a pris la parole dans les médias pour parler de son fils et de ses démarches pour surmonter ce drame. Le jeune homme de 27 ans, qui est décédé dans la nuit du 17 janvier, a succombé à une overdose impliquant des opioïdes. L’autre cas s’est produit en juillet. Un jeune homme de 25 ans a été trouvé mort étendu sur un lit une seringue à la main. Les rapports du coroner concernant ces décès n’ont pas encore été publiés. En 2018, on parle aussi de deux overdoses aux opioïdes non mortelles.

En 2017, les policiers trifluviens ont traité 14 dossiers reliés aux opioïdes, et en 2018, sept. «Ce sont soit des appels pour des overdoses qui n’ont pas mené au décès ou des substances retrouvées lors d’une fouille à la suite d’une intervention policière», explique le sergent Luc Mongrain, porte-parole de la Direction de la police de Trois-Rivières, en parlant des cas non mortels.

D’autres statistiques jettent un éclairage sur la consommation d’opioïdes dans la région. Ainsi, en 2016, selon des données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), le taux d’hospitalisations liées à une intoxication aux opioïdes était de 16,2 par 100 000 habitants à Trois-Rivières. C’est supérieur à Drummondville (9,2), Saguenay (13) et même Montréal (6,5) et inférieur à Sherbrooke (18,2) et Saint-Jean-sur-Richelieu (26,2). Concrètement, ce taux correspond à 22 hospitalisations à Trois-Rivières.

Selon l’ICIS, les taux d’hospitalisations liées à une intoxication aux opioïdes sont plus de 2 fois plus élevés dans les petites collectivités que dans les grandes villes. Les opioïdes incluent des médicaments bien connus comme la codéine, l’oxycodone, la morphine et le fentanyl. Utilisés pour soulager la douleur, ils peuvent être prescrits ou achetés sur le marché noir.

Plus de 2000 Canadiens ont perdu la vie pendant la première moitié de 2018 en raison d’une surdose apparemment liée aux opioïdes, selon l’Agence de la santé publique du Canada. Le fentanyl est en cause dans 72 % des cas.

À la Direction de la police de Trois-Rivières, un comité de vigie a été créé pour suivre l’évolution de la situation. «On répertorie toutes les interventions policières où la substance est impliquée. (...) En ayant vraiment le portrait réel de la situation si on a des actions concrètes à poser, ça va être beaucoup plus ciblé avec le portrait que notre analyste nous brosse. Pour l’instant, on voit que Trois-Rivières n’est pas problématique encore. La Santé publique continue d’accentuer la prévention en lien avec la consommation de ces substances», mentionne le sergent Mongrain.

La direction de la Santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec est évidemment aux aguets concernant cette problématique. «Il y a toujours eu des surdoses. Il y en a encore, mais ce qui nous inquiète davantage, c’est que maintenant les drogues peuvent être beaucoup plus puissantes et le consommateur, qu’il soit occasionnel ou régulier, ne sait plus exactement ce qu’il consomme. C’est sûr qu’il n’y a jamais eu de contrôle de qualité sur les drogues, mais c’est vraiment un phénomène nouveau de trouver des substances comme le fentanyl dans la cocaïne par exemple», explique la Dre Linda Milette, médecin-conseil à la Santé publique. «Il y a des décès dans toutes les classes sociales parce que quelqu’un qui n’est pas nécessairement un grand consommateur de drogue peut prendre de la cocaïne une fois et en mourir, parce qu’il y avait suffisamment de fentanyl pour le tuer», ajoute-t-elle.

Pour prévenir les surdoses, la Santé publique tente de faciliter le plus possible l’accessibilité à la naloxone, qui est un médicament qui permet de renverser les effets d’une surdose d’opioïdes. «Ce qu’on veut c’est qu’il y ait de la naloxone le plus près possible de celui qui utilise des drogues», précise la Dre Milette.

Ainsi, depuis novembre 2017, il est possible de s’en procurer gratuitement à la pharmacie. «On a fait de la publicité pour que les utilisateurs de drogue et leurs proches aillent s’en chercher et qu’ils en aient toujours avec eux», mentionne la médecin. Les organismes communautaires en ont également et en donnent directement aux consommateurs de drogue. Ce médicament agit toutefois de façon temporaire et la victime peut retomber en surdose. Il faut donc contacter les secours le plus rapidement possible.

Évidemment, la Santé publique mise également sur la prévention. Elle a aussi un plan d’action si plusieurs surdoses surviennent au même endroit. Encore là, les organismes communautaires seraient mis à contribution pour prévenir les consommateurs. Pour l’instant, les épisodes de drogues contaminées se sont surtout produits à Montréal. «Aujourd’hui, les gens commandent leur drogue par Internet, alors on n’est vraiment pas à l’abri, et c’est pour ça qu’on s’est préparé», précise la Dre Milette.

Dans le cadre de son travail, la Dre Milette a vraiment été aux premières loges de cette montée de la popularité des opioïdes. «Oui, il y a vraiment une hausse, et c’est à la grandeur du Québec. Si on retourne dans les années 2000, il n’y avait pas beaucoup de consommation de médicaments opioïdes. La cocaïne a toujours été une drogue injectée plus souvent que les médicaments opioïdes. La cocaïne et le crack demeurent des drogues très fréquemment injectées. Mais les médicaments opioïdes - comme l’injection de morphine, de Dilaudid, et d’hydromorphone - c’est vraiment en augmentation depuis les années 2000 jusqu’à aujourd’hui, au point où ça rejoint presque la cocaïne.»

«Notre clientèle qui demande des services à Trois-Rivières, ce sont des gens qui consomment des pilules, soit du Dilaudid, de la morphine, de l’hydromorphone, ajoute-t-elle. Ce sont souvent des pilules produites par les compagnies pharmaceutiques qui sont revendues sur le marché noir, mais parfois, c’est carrément des pilules faites par des laboratoires clandestins, et là ce qui nous inquiète, c’est que ce soit contaminé par du fentanyl.»