La présidente de la FIQ, Régine Laurent.

Surcharge de travail dans le milieu de la santé: «Les soins ne sont pas toujours sécuritaires»

Épuisement professionnel, problème de rétention, d'attraction et mauvaise planification du personnel, passion édulcorée par un stress accumulé, intimidation de la part des employeurs, peur de représailles, ratio de patients trop élevé, sont autant de facteurs qui minent la sécurité des patients qui se présentent dans le système hospitalier québécois.
C'est du moins le constat émis par la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent, lors d'un point de presse tenu à Shawinigan.
«Les soins ne sont pas toujours sécuritaires, insiste Mme Laurent. C'est clair.» En déshumanisant les soins de santé, une séquelle inhérente à la surcharge de travail demandée aux professionnels et aux quotas de soin imposés, on risque de provoquer des événements malheureux au détriment des patients.
«Par exemple, des membres m'ont rapporté qu'ils oubliaient parfois d'administrer, faute de temps, certains médicaments comme l'insuline. À l'heure actuelle, on n'est donc pas dans des soins optimums et on n'offre pas toujours des soins sécuritaires.»
Pour pallier cet état de fait, la FIQ a dressé une liste de priorités et de revendications qu'elle compte soumettre au gouvernement lors du marathon de négociations qui devrait débuter au mois d'octobre prochain. On demandera alors une diminution de la charge de travail par le biais d'imposition d'un ratio professionnel en soins/patients et une bonification des conditions de travail, deux mesures qui «permettraient d'offrir des soins humains et sécuritaires».
Faisant écho aux réductions budgétaires de 600 M$ prévues dans le système de santé d'ici 2018, la FIQ soupçonne que le gouvernement cherche à ouvrir davantage la porte des hôpitaux au secteur privé pour, éventuellement, lui dérouler le tapis rouge. La FIQ a donc également fait de la lutte à la privatisation une priorité. «On a travaillé fort, renchérit Mme Laurent, pour diminuer la main d'oeuvre-indépendante. On va toujours combattre l'intrusion du privé dans le système de santé public. Quand c'est privé, le citoyen n'a pas son mot à dire, il ne lui reste plus qu'à payer.»
Bien que la Fédération se place en mode de proposition, le niveau d'exaspération et d'exténuation de ses membres est tel qu'aucun moyen de pression n'est écarté par sa présidente. «Ce que la FIQ veut, c'est être capable de soigner décemment et sécuritairement. Si le gouvernement ne veut pas nous entendre, il fera ses choix et devra les expliquer à la population. Par le passé, nous avons usé de beaucoup d'imagination pour influencer le gouvernement. Et on le fera encore. Historiquement, le problème de mobilisation de la FIQ, c'est d'arrêter nos moyens de pression», conclut Mme Laurent.