Les paramédics de La Tuque entendent bien poursuivre le combat pour obtenir ce que d’autres régions ont reçu vendredi au Québec.

Services ambulanciers: La Tuque sur un pied de guerre

La Tuque — «La grogne et la déception est à 100 % palpable chez les paramédics de La Tuque. On est en mode de partir en guerre contre le ministère parce que ça n’a plus d’allure, ça n’a plus de sens. Il nous avait promis ces argents-là. Même Mme Tardif nous disait qu’on était prioritaire au Québec. Ils ont encore laissé tomber la population de La Tuque. À un moment donné, il faut que ça arrête».

Voilà comment le président du Syndicat des paramédics du Cœur-du-Québec-CSN, Michel Beaumier, a réagi vendredi au fait que la région ne faisait pas partie des annonces faites par la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, pour améliorer l’efficacité des services ambulanciers sur le territoire de la Montérégie, l’Estrie, la Capitale-Nationale, Lanaudière et des Laurentides.

Cette bonification de la couverture ambulancière s’inscrit dans le cadre d’un investissement global de 10,6 millions de dollars pour l’année 2020-2021. Et l’annonce ministérielle comprend la conversion des heures en faction en heures à l’heure, ce qui est réclamé depuis longtemps à La Tuque.

«Au niveau du ministère, c’est les chiffres. Il nous parle des données probantes. Nous, on a une situation particulière à La Tuque qui est la géographie. Il nous l’avait accordé en janvier, mais il n’avait pas les budgets. C’est toujours les gros centres et les grosses compagnies qui sont priorisés. La population de La Tuque, c’est une population de deuxième rang. Là, c’est assez. Il faut que la population bouge en arrière de nous autres, il va falloir que ça avance», poursuit M. Beaumier.

Même discours du côté de la vice-présidente régionale de la Fédération de la santé et des services sociaux, Marie-Line Séguin. «Je suis extrêmement déçue. C’est sûr que c’est une priorité pour nous de pouvoir avoir des horaires à l’heure. Les paramédics ne se laisseront pas faire comme ça. Une promesse nous avait été faite. On ne va pas lâcher la bataille. C’est certain qu’on va continuer à revendiquer ce qui est important pour la population parce que les paramédics veulent tout simplement pouvoir desservir la population de façon décente avec des temps de réponse qui ont de l’allure. Les temps de réponse à La Tuque ne sont pas très bons et c’est en bonne partie à cause des horaires de faction», a-t-elle déclaré.

Informé de cette nouvelle alors qu’il était à l’extérieur, le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay, partage la déception syndicale. «C’est inacceptable. On va refaire des représentations auprès du gouvernement et on va rencontrer les gens concernés», a-t-il laissé entendre.

Même si elle se dit «extrêmement déçue», la députée de Laviolette-Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, dit comprendre le principe «rationnel et équitable» sur lequel l’analyse a été faite.

«La Tuque a été discartée parce qu’elle ne répond pas à tous les critères. Malheureusement, c’est une grille d’analyse avec six critères qui font qu’un projet ou non va plus loin. Il y a beaucoup de demandes de différents paramédics et par différentes régions, et il y en a plus que la moitié qui vont être déçues parce que ça va être la même chose que nous autres», a confié la représentante caquiste.

Plus spécifiquement, dit-elle, trois critères touchent le cas de La Tuque, soit le taux d’utilisation clinique des ressources, le temps de transport et le temps de réponse. «Et cela avait été annoncé par l’ancien ministre de la Santé et envoyé aux entreprises et aux syndicats par l’ex-sous-ministre adjoint en 2017», précise Mme Tardif.

Or, celle-ci croyait bien que «c’était gagné». «Ça a été recommandé par le CIUSSS de la Mauricie. J’ai abondamment parlé à plusieurs reprises avec la ministre directement qui voyait d’un très bon œil et qui comprend la spécificité, car le point qui n’est pas analysé dans ces critères-là, c’est au niveau de l’immensité du territoire», raconte la députée provinciale.

À son avis, «il y aurait des choses à revoir justement pour ne pas arriver dans une situation où un très grand territoire n’est pas admissible. Il y a une multitude d’éléments qui entrent dans l’analyse. Et j’ai déjà demandé pour changer la grille d’analyse. Malheureusement, je suis obligé de dire qu’on ne l’a pas eu cette fois-ci à cause d’une grille de données qui sont quand même rationnelles et adéquates, mais qui pénalisent La Tuque. Mais il ne faut pas que les gens partent en peur. Au niveau de la sécurité publique, il n’y en a pas de danger à La Tuque, il y a quand même les équipes de premiers répondants qui sont là aussi qui arrivent parfois même avant les ambulanciers», tient-elle à ajouter.

Du même souffle, cette dernière reconnaît que pour cette année, le dossier ne sera ni rouvert, ni réévalué. «C’est extrêmement long, fastidieux, de changer quelque chose au niveau de la santé. Il y a tellement de travail à faire pour corriger des situations», a-t-elle conclu.