Les ambulanciers Maude Hélie, Sandra Ouellet, Geneviève Adams et Jean-François Cloutier souhaitent que les horaires de faction soient remplacés par des horaires à l’heure.

Service ambulancier: «La Tuque est oubliée»

La Tuque — Les ambulanciers de La Tuque sont déterminés à se faire entendre. Ils exigent que les horaires de faction disparaissent au profit des horaires à l’heure. Ils souhaitent que le changement se fasse le plus rapidement possible avant qu’un événement tragique ne survienne pour les citoyens et pour eux-mêmes. Les exemples de situations déconcertantes s’accumulent et on sent le ras-le-bol des travailleurs. Quatre d’entre eux ont accepté de se confier.

«Les policiers, le taxi, les pompiers, et le livreur de poulet répondent plus vite, c’est normal? Sérieusement?», dénonce Jean-François Cloutier, ambulancier depuis 14 ans.

«Imaginez. J’ai un accident, je vois les pompiers, les policiers, l’auto sur la remorque, tout le monde a fini sa job, tout est ramassé, il n’y a même plus de vitre cassée dans le chemin et là l’ambulance arrive. On prend la voiture en charge avant les passagers», a ajouté sa collègue Maude Hélie.

Pas besoin de retourner loin en arrière pour trouver des exemples de situations comme celle décrite par les ambulanciers. Pas plus tard que la semaine dernière, l’ambulancière Sandra Ouellet l’a vécu. 

«On nous demande d’être chez nous, mais de s’en venir vite… On a été appelés pour un accrochage en ville. Je sors de chez nous rapidement, j’embarque dans mon char et je vois passer la remorqueuse. Je passe à côté de l’accident, je m’en viens ici j’embarque dans l’ambulance et on y va. J’arrive sur place, la voiture est sur la remorque déjà tout attachée… La patiente est dehors et elle nous attend», raconte-t-elle.

Le service est tel que des ambulanciers suggèrent à leurs proches de se rendre eux-mêmes à l’urgence si c’est possible parce que c’est moins long.

«Il y a des gens qui se réunissent autour d’une table pour essayer de gagner des secondes, pour raccourcir le temps de réponse… et nous on est là à leur démontrer qu’ils peuvent enlever 10 minutes aussi facilement. C’est un peu ça qu’on ne comprend pas […] Le pire dans tout ça, c’est qu’on a tout ce qu’il faut pour faire le changement ici (pour des horaires à l’heure), les camions, les employés, les infrastructures…», note la paramédic Geneviève Adams

Les propos tenus par le ministère de la Santé et des Services sociaux dans Le Nouvelliste ont aussi fait réagir les paramédics. Le ministère indique que «si la situation mettait la sécurité de la population en jeu, il y aurait un ajustement», que selon leurs données «ce n’est pas une zone en surcharge» et que La Tuque «rencontre les normes établies».

«Depuis 15 ans, La Tuque est oubliée, c’est simple. Ils nous ont mis sur une tablette», a lancé Jean-François Cloutier.

«C’est facile de jouer avec les statistiques», ont commenté les quatre ambulanciers.

Pour ces derniers, le ministère oublie de prendre en compte les réalités particulières de la Haute-Mauricie, notamment de l’immensité du territoire qu’ils desservent et de l’augmentation considérable de la population en période estivale.

«En 7/14, on ne nous considère pas au travail quand on est au travail. Le matin, on se lève, on déjeune, on fait nos trucs… À 22 h, comme une personne normale, on va se coucher. Quand ça sonne à 23 h, qu’on va à Montréal ou à Clova, ça fait parfois 24 heures qu’on est debout, et on doit prendre le volant […] Ça met en danger la population, les usagers de la route qui nous croisent et ça nous met aussi en danger. C’est une question de temps avant qu’il y ait une catastrophe. C’est une question de temps avant que quelqu’un se tue avec un camion», estime Jean-François Cloutier.

L’ambulancier est clair. L’horaire de faction est adapté «pour un village de 200 ou 300 habitants, une banlieue, mais pas une ville».

Les ambulanciers ne sont pas sans rappeler qu’il avait fallu un incident impliquant une fillette pour faire bouger les choses dans le dossier de l’ajout d’une troisième ambulance. La jeune fille de sept ans et demi avait été happée par une automobile et elle n’avait pu être secourue par les ambulanciers affectés au territoire de La Tuque parce qu’il n’y avait plus de véhicules disponibles.

«Est-ce qu’il va falloir une autre tragédie, qu’on ne souhaite pas, pour qu’il se passe de quoi ? […] On ne dit pas qu’on va tous les sauver… mais imaginez votre mère étendue sur le plancher et que vous devez attendre. Chaque minute paraît comme une heure quand il y a quelque chose de majeur. Imaginez 15 minutes», a lancé Maude Hélie.

Les ambulanciers de La Tuque font également ressortir un autre aspect dangereux que les gens oublient parfois. C’est qu’ils utilisent leur véhicule personnel, été comme hiver, pour se rendre à la caserne à toute vitesse. 

«On nous dit qu’il faut faire le plus vite possible pour le service à la population. Quand ça sonne chez nous, je dois sauter dans mon auto pour m’en venir ici. Parfois la nuit, la voiture est gelée, on n’a pas le temps de la laisser dégivrer. C’est dangereux. On tente de faire le plus sécuritaire possible, mais un moment donné, on sait qu’il va arriver quelque chose», affirme Geneviève Adams.

Campagne de sensibilisation

Les citoyens de La Tuque verront apparaître une trentaine d’affiches aux quatre coins de la ville dans les prochains jours et des feuillets seront distribués aux citoyens pour les informer de la situation.

«Des démarches vont être entreprises au niveau des députés régionaux. On veut faire pression sur le ministère et le CIUSSS également pour débloquer des budgets pour l’abolition des horaires de faction à La Tuque […] On va commencer à faire bouger ça. On va faire des campagnes de promotion», a commenté Michel Beaumier, président du syndicat des paramédics du Cœur-du-Québec.

«Les horaires de faction sont désuets depuis 1989. Aujourd’hui, à La Tuque, on a trois véhicules qui couvrent un des plus grands territoires au Québec. C’est aberrant qu’ils soient encore pris avec des horaires de faction», a-t-il conclu.