De gauche à droite, Natacha Normandin, Hugo Robillard Auger, directeur général de la Fondation TCC et Sonia Paquin.

Quand il faut vivre deux vies en une

Trois-Rivières — Sonia Paquin avait 20 ans. Elle était sur le point d’enregistrer un disque. Sa voix était superbe et elle avait un bel avenir devant elle. Le 2 juin 1990, en s’arrêtant à un feu rouge, la jeune femme s’est fait heurter de face par un conducteur suicidaire en état de facultés affaiblies. «Il voulait se suicider», dit-elle. Au lieu de ça, il lui a fauché la vie.

Sonia Paquin n’est pas morte physiquement, mais elle considère avoir quand même perdu sa vie. Elle demeurera en effet dans le coma pendant trois mois et finira par en sortir avec une paralysie de tout le côté droit. Ses cordes vocales sont également gravement atteintes. «J’ai dû réapprendre à marcher, à parler et à écrire», raconte-t-elle d’une voix sans plus aucune modulation. Depuis, elle est déclarée inapte au travail.

Natacha Normandin, elle, a fait un accident de voiture sur fond de fatigue après une soirée de fête. La jeune mère de deux enfants se souvient qu’elle était un puits sans fond d’énergie avant cet événement. Elle possédait sa propre ébénisterie, était conseillère municipale à Parisville, serveuse dans un restaurant et membre de l’organisation du festival de son village. «Il y avait 40 heures dans ma journée», dit-elle.

Le 28 octobre 2012, à 4h du matin, tout bascule lorsqu’elle perd le contrôle de son véhicule. «Je ne suis pas morte cliniquement, mais j’ai été dans le coma pendant 25 jours», dit-elle.

«Se réveiller d’un coma, c’est comme un bébé qui sort de sa mère. On n’est pas conscient de ses parents, de ses frères ou de ses soeurs. Natacha Normandin ne reconnaît même pas ses propres enfants de 9 et 5 ans. Il lui faut tout réapprendre.

Six ans plus tard, elle demeure inapte au travail. Sa concentration et sa mémoire lui font toujours défaut. Pendant 4 ans, elle a dû vivre dans diverses résidences pour personnes âgées. C’était à peu près le seul genre d’établissement où l’on pouvait répondre à ses nouveaux besoins au quotidien.

Hugo Robillard Auger, directeur de la Fondation des traumatisés craniocérébraux Mauricie Bois-Francs, a d’ailleurs très hâte que soit construite la future Maison Martin-Matte pour les gens de la région qui doivent composer avec ce genre de situation. Le projet se fera en collaboration avec le CIUSSS MCQ et l’Association des traumatisés craniocérébraux. «C’est une excellente nouvelle parce que c’est une clientèle qui est très ciblée et il faut bien comprendre la réalité de ces gens-là», dit-il. «Ce ne sont pas des personnes déficientes ou qui ont un trouble de santé mentale.»

«Dans cette maison-là, elles auront chacune leur appartement, mais il y aura des intervenants jour et nuit sur place, donc un milieu de vie autonome, mais avec un cadre», résume M. Robillard Auger. L’ouverture, dit-il, est prévue en avril prochain sur les terrains du Centre d’hébergement Cooke.

Les traumatisés craniocérébraux sont très différents les uns des autres et les effets des traumatismes se manifestent également à diverses intensités. Certains se souviennent de ce qu’ils ont perdu, d’autres pas. Les séquelles sont souvent une perte d’inhibition, des troubles de mémoire, de motricité et d’élocution. «On apprend à vivre avec la nouvelle personne que l’on devient», explique-t-il.

La Fondation TCC célèbre ses 20 ans, cette année.

Elle a profité de son traditionnel dîner de ses travailleurs, jeudi, pour se faire mieux connaître auprès des médias. Ses services permettent aux membres de briser leur isolement et de se valoriser, notamment en participant à des plateaux de travail adaptés où ils effectuent des tâches simples et répétitives.