Pénurie de préposés aux bénéficiaires: gestion de crise au CIUSSS MCQ

TROIS-RIVIÈRES — Alors que plusieurs centres d’hébergement et centres hospitaliers de la région sont confrontés à une pénurie de préposés aux bénéficiaires, une rencontre de gestion de crise s’est tenue mardi. Cette réunion regroupait des représentants de la haute direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) ainsi que du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers.

La pénurie de préposés aux bénéficiaires est encore plus criante à cette période de l’année. En effet, il manque actuellement environ 50 % des effectifs à certains endroits.

Renald Brunelle de Shawinigan constate quotidiennement ce manque de préposés. Atteinte de la maladie d’Alzheimer et aphasique, sa conjointe réside au Centre d’hébergement Saint-Maurice de Shawinigan. Elle reçoit normalement un bain chaque dimanche. Mais en raison de manque de préposés, elle a dû patienter 21 jours selon son conjoint avant de finalement recevoir un bain. C’est dans ce contexte que s’est tenue la rencontre de mardi.

«Trois semaines sans bain. Elle a juste été lavée à la débarbouillette et elle porte des couches», dénonce Renald Brunelle, qui espère faire bouger les choses avec ses nombreuses entrevues dans les médias.

«Ma petite-fille de Longueuil est allée la voir la semaine passée et elle l’a lavé tellement elle en avait besoin. Elle avait des cernes dans le cou et ailleurs.»

Renald Brunelle ne souhaite pas lancer la pierre aux préposés qui font, selon lui, un très bon travail. Le problème constate-t-il, c’est que les équipes sont très souvent réduites et que le personnel est débordé. «Ce n’est pas la faute des préposés, ils font une très belle job», soutient-il. «Mais il manque tout le temps du personnel. Depuis quelque temps, on voit beaucoup de nouveau. Ils proviennent d’autres centres pour venir remplacer le temps d’une journée.»

Renald Brunelle

Rencontre d’urgence

Pascal Bastarache, le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers, a participé à la rencontre d’urgence de mardi. Il avoue que les centres d’hébergement et les centres hospitaliers de la région connaissent actuellement «une pénurie sans précédent» de préposés aux bénéficiaires. C’est d’ailleurs ce que dénonçaient les travailleurs qui ont fait un sit-in au Centre Roland-Leclerc la semaine dernière.

«La situation est la même dans la plupart des CHSLD. Les manques d’effectifs sont actuellement de 50 % et des fois plus. Ce n’est pas une ou deux personnes qui manquent sur les équipes, c’est la moitié du personnel qui n’est pas présent», affirme Pascal Bastaraches.

«Et pour le personnel qui reste en place, près de 90 % sont en détresse psychologique.»

La surcharge de travail des dernières années serait en bonne partie responsable de cette situation, mentionne le Syndicat. Pour sa part, Renald Brunelle suggère d’augmenter le salaire des préposés, afin de favoriser l’attraction et la rétention de personnel.

Selon Pascal Bastarche, il est en effet impératif de trouver des mesures attractives pour attirer et conserver des préposés aux bénéficiaires. Toutefois, il mentionne que le gouvernement ne semble pas être préoccupé par cette situation. Dans les plus récentes offres déposées aux syndicats dans le cadre des négociations de la nouvelle convention collective, le gouvernement a proposé des augmentations de salaire qui se situent «sous l’augmentation du coût de la vie»

«Pour la rétention du personnel, il faut minimalement s’assurer que les employés soient respectés. On a connu beaucoup de menaces dans les derniers mois en lien avec le temps supplémentaire obligatoire, notamment avec des mesures disciplinaires. Ça n’a pas aidé», estime Pascal Bastarache. «Il faut que ce type de gestion cesse immédiatement.»

De son côté, le CIUSSS MCQ confirme que la pénurie actuelle de préposés entraîne d’importantes conséquences sur les autres travailleurs et les patients. La porte-parole du CIUSSS, Julie Michaud, mentionne que chaque jour des gestionnaires doivent communiquer avec d’autres services pour «emprunter» ponctuellement du personnel afin de répondre aux besoins.

«Nous sommes conscients que les conditions de travail de notre personnel sont exigeantes. C’est une préoccupation qui est constante pour nous depuis longtemps», précise Julie Michaud. «La pénurie de main-d’oeuvre est un défi partout au Québec. Et l’enjeu en santé est d’offrir des services 24 heures sur 24. Et on tente de trouver des solutions avec les syndicats.»

Parmi ces solutions il y a le rehaussement de poste, ce qui permet à un travailleur à temps partiel de bonifier ses heures de travail en fonction de ses disponibilités. «On fait aussi du recrutement en continu. On va même jusqu’à offrir des contrats d’embauche à des étudiants encore en formation», ajoute Mme Michaud.