Un projet a été mis en place à l’Hôpital du Centre-de-la-Mauricie afin de soutenir les femmes atteintes du cancer du sein. Sur la photo: la directrice adjointe du Programme de lutte contre le cancer, douleur chronique et services spécialisés du CIUSSS-MCQ, Sylvie Limoges, l’usagère-ressource accompagnatrice, Carole Pothier, et la professeure-chercheuse de la Chaire de recherche du Centre hospitalier universitaire de Montréal, Dre Marie-Pascale Pomey.

Mettre son vécu au profit des autres

SHAWINIGAN — Afin de soutenir les femmes atteintes du cancer du sein, l’Hôpital du Centre-de-la-Mauricie, par l’entremise de son service d’oncologie, a procédé à l’implantation du tout nouveau projet Parole-Onco, financé par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

Ce dernier vise à introduire des femmes, qui ont vécu une maladie ou un parcours de soins similaires, au sein de l’équipe médicale afin d’accompagner d’autres usagères qui ont à vivre avec un cancer du sein.

Effectivement, les usagères-ressources accompagnatrices (URA) sont considérées comme des membres à part entière de l’équipe de soins. L’URA est habilitée à aider d’autres usagères par son expérience et à faire connaître les ressources disponibles, et ce, de façon tout à fait bénévole.

Carole Pothier, qui a vécu l’épisode d’un cancer du sein en 2014, est l’URA qui a participé au projet pilote. En effet, depuis plus d’un an, elle a accompagné quatre femmes dans le cadre de celui-ci.

«Faciliter, accompagner, vulgariser représente bien mon rôle auprès d’une usagère atteinte d’un cancer. Au-delà de cette relation d’allier, c’est la présence, le soutien émotionnel, le réconfort que je peux lui apporter dans une période de sa vie où le parcours demeure de l’inconnu. J’entends des choses qui ne sont pas dites. J’écoute et je comprends la personne, mais j’entends aussi qu’il y a quelque chose d’autre derrière tout ça. Le fait d’avoir vécu cette maladie-là me permet d’offrir une oreille différente et d’anticiper leurs peurs», précise-t-elle.

Pour le CIUSSS-MCQ, il s’agit bien sûr d’une volonté de soutenir les femmes atteintes du cancer, mais également d’ajouter une plus-value aux services offerts. «Nous pensons que ce programme aidera nos usagères à naviguer dans notre éventail de services, mais surtout, à les soutenir aux niveaux psychologique et social grâce à leur savoir expérientiel et leur vécu», affirme Sylvie Limoges, directrice adjointe du Programme de lutte contre le cancer, douleur chronique et services spécialisés du CIUSSS-MCQ.

D’ailleurs, sept autres femmes URA ont potentiellement été recrutées afin de venir appuyer Mme Pothier et le reste de l’équipe. Par contre, celles-ci devront suivre une formation au préalable.

Mme Limoges soutient que le projet a été retenu pour le cancer du sein puisque celui-ci est l’un des plus dévastateurs et que le besoin chez les dames était bien présent. Entre le 1er avril 2016 et le 31 mars 2017, ce sont 517 femmes de la région qui ont reçu ce diagnostic, dont 76 spécifiquement à l’Hôpital du Centre-du-Québec.

Un projet exportable
Présentement, le service est uniquement offert à Shawinigan, mais Sylvie Limoges évoque que le but est de déployer le modèle dans les installations de Trois-Rivières, Victoriaville, Drummondville et La Tuque.

Elle ajoute aussi que l’un des objectifs est de pouvoir appliquer ce projet à d’autres maladies, telles que le cancer de la prostate ou du cerveau, par exemple.

Place à la recherche
Par ailleurs, une évaluation des effets et des impacts de l’introduction des URA sera réalisée par une équipe de chercheurs, de décideurs et de patients, sous la direction de Marie-Pascale Pomey, médecin et professeure-chercheuse de la Chaire de recherche du Centre hospitalier universitaire de Montréal, qui porte sur l’engagement des citoyens et des patients dans la transformation des organisations et du système de santé.

«Une des voies d’avenir dans le système de santé est la présence plus importante de patients auprès des équipes cliniques. En effet, ces patients ayant déjà vécu un épisode de soins ou vivant avec une maladie chronique ont acquis de nombreux savoirs qui peuvent être mis à profit pour d’autres patients. Par exemple, ils contribuent à les aider à anticiper ce qu’ils vont vivre, à trouver des stratégies dans leur vie de tous les jours avec leur famille, à démystifier l’organisation des soins. Mais ils permettent aussi d’amener les intervenants de la santé à mieux comprendre la réalité vécue par les patients et les besoins qu’ils ressentent», explique Mme Pomey.

Elle soutient également que le CIUSSS-MCQ est en avance sur les autres établissements du Québec dans la capacité d’engager les patients.

«C’est le premier qui a concrètement mis en place ce projet. C’est très rare d’avoir des patientes intégrées comme ça au sein de l’équipe clinique», conclut-elle.