Pascal Bastarache

Maisons des aînés: «Où allez-vous prendre le personnel?»

Trois-Rivières — Si l’annonce de la ministre Marguerite Blais réjouit plusieurs intervenants impliqués auprès des personnes aînées et des personnes en situation de handicap dans la région, force est de constater que le projet de déploiement des Maisons des aînés d’ici 2022 laisse les travailleurs du domaine de la santé perplexes, spécialement les préposés aux bénéficiaires, qui sont déjà en pénurie de personnel dans le réseau actuel.

C’est du moins l’avis de Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers au CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec. M. Bastarache se demande aujourd’hui comment le gouvernement compte faire pour fournir le personnel nécessaire à combler les besoins engendrés par ces places supplémentaires.

«C’est inquiétant! Où allez-vous prendre le personnel?», questionne-t-il, rappelant que dans le réseau actuel de la région, il manque de 300 à 350 préposés aux bénéficiaires pour suffire à la demande.

«On va investir plusieurs milliards de dollars dans des structures, alors que nous avons déjà un problème d’attraction et de rétention du personnel. Je n’ai pas l’impression qu’actuellement, on met les priorités au bon endroit», considère Pascal Bastarache, qui indique que le gouvernement caquiste aurait intérêt à prendre des décisions basées sur les réels besoins de la population avant de se «préoccuper de l’image médiatique».

Le syndicat a récemment déposé ses demandes en vue du renouvellement du contrat de travail, qui vient à échéance le 31 mars prochain, et souhaite commencer à négocier aussi tôt que possible. La question des salaires et du plancher d’emploi seront notamment au cœur des demandes afin d’assurer une meilleure rétention du personnel.

«Le premier ministre Legault a dit que l’argent des surplus n’irait pas aux syndicats mais aux Québécois. Je tiens à rappeler au premier ministre que nous sommes les représentants de nos membres, qui sont tous des citoyens du Québec. Et les surplus engendrés par le gouvernement ont été réalisés sur le dos de ces citoyens. Il est temps qu’on ait des actions concrètes pour améliorer la situation», croit le président du syndicat.

Du côté de la FADOQ Mauricie, on a plutôt accueilli cette annonce avec beaucoup de satisfaction et de soulagement, alors que le réseau réclamait depuis un bon moment une augmentation du nombre de places dans toutes les régions du Québec.

«C’est une belle journée pour nous, une excellente nouvelle. On attendait ça impatiemment et ça répond à plusieurs de nos demandes», constate la directrice générale Manon de Montigny.

Cette dernière rappelle que le manque de places est criant pour l’ensemble des régions, se chiffrant à plus de 3150 places manquantes au Québec. Elle rappelle par ailleurs que la région de la Mauricie est la troisième région la plus vieillissante au Québec, et que la région n’échappe donc pas à cette pénurie criante de places.

Manon de Montigny salue en outre le modèle mis de l’avant par la ministre Blais, un modèle qu’elle qualifie d’idéal, avec des chambres privées et un milieu de vie basé sur des petits groupes.

«C’est un projet ambitieux, on le reconnaît. Mais c’est un projet prometteur», croit-elle.

Le Regroupement des organismes de personnes handicapées de la Mauricie abonde dans le même sens. Cet organisme salue notamment la volonté de la ministre de réserver 25% des nouvelles places créées aux personnes qui sont âgées de moins de 65 ans, ce qui représente une bonne partie des personnes que le regroupement défend.

«Plusieurs personnes handicapées ayant de grands besoins de soutien sont actuellement hébergées dans des milieux répondant mal à leur réalité. Des personnes handicapées, certaines plus jeunes, se retrouvent dans des milieux répondant aux besoins de personnes en perte d’autonomie alors qu’elles sont au contraire en quête d’autonomie», note le directeur, Steve Leblanc.

Qualifiant l’annonce d’encourageante, M. Leblanc rappelle toutefois que le projet sera réalisé à moyen terme. «Quoiqu’il s’agisse d’un virage important et salué en matière d’hébergement, celui-ci ne prendra forme qu’à moyen terme et, dans l’intervalle, le gouvernement ne peut passer sous silence les besoins immédiats de nombreuses personnes handicapées hébergées en CHSLD, soit environ 10% de celles-ci qui sont âgées de moins de 65 ans», ajoute-t-il.