«Pour la deuxième vague, si vous me demandez c’est quoi la bonne décision, je vais être prêt pour éviter la mobilité du personnel.»
«Pour la deuxième vague, si vous me demandez c’est quoi la bonne décision, je vais être prêt pour éviter la mobilité du personnel.»

L’usager derrière le PDG

Trois-Rivières — Ce dimanche, Carol Fillion a un rendez-vous très important. Il pourra aller visiter ses parents dans leur CHSLD, après plus de quatre mois à ne pas pouvoir les voir.

Il a bien essayé de parler à sa mère via la tablette, mais l’Alzheimer ne lui permettait pas de comprendre le lien entre l’image qu’elle voyait et la voix qu’elle entendait, ce qui la désorganisait complètement.

«Et papa, à chaque fois il pleurait», confie-t-il, visiblement encore secoué de cette période de séparation et impatient de pouvoir les retrouver.

«Je comprends très bien les usagers. J’en suis un. Cet événement nous amène à vraiment se poser des questions. Comme humain, la qualité de vie qu’on veut garder, la dignité jusqu’au dernier moment», résume-t-il.

Le modèle au cœur des CHSLD, celui où l’on voulait en faire des milieux de vie, a clairement été déstabilisé par la crise du coronavirus. Faudra-t-il repenser le modèle?

«Le mouvement de solidarité et de reconnaissance a été à la hauteur des valeurs communautaires, des valeurs humanistes qui existent en Mauricie et au Centre-du-Québec»

«Un CHSLD, c’est un milieu de vie. Moi, du Purell, je n’en ai pas dans mon salon. Est-ce qu’on veut que nos CHSLD augmentent un peu plus le milieu de soin? Je pense que la vie est en train de nous dire, oui, il y a des devoirs à faire de ce côté-là. Ce qu’on réalise, c’est qu’il y a maintenant des virus qui peuvent tellement atteindre les personnes âgées que l’on doit augmenter le bouclier de protection de santé autour de nos milieux de vie», indique M. Fillion, ajoutant que cette équation est délicate puisque la protection des personnes vulnérables ne devra pas non plus limiter l’accès à un milieu de vie qui permet de déployer l’autonomie au maximum.

Réussites

Malgré la crise vécue dans les CHSLD, Carol Fillion souligne aussi que de grandes réussites ont marqué la gestion du milieu de la santé dans la région depuis le début de la pandémie.

«L’élan de solidarité à l’interne a été incroyable. On a dépassé les rôles ou mandats confiés à tout le monde. Des humains au service des humains, c’est ce que ça doit toujours être», mentionne le PDG, citant en exemple des gens de l’administration qui ont accepté d’aller prêter main-forte en CHSLD, ou encore des médecins de famille ayant fait de la place pour les patients orphelins afin que ces derniers n’aient pas à se rendre en milieu risqué pour une consultation. À cela s’ajoute la versatilité des services, la capacité de créer des zones sécuritaires pour les patients qui devaient, par exemple, continuer de recevoir des traitements pour le cancer, ou encore tout le souci accordé aux différentes initiatives pour permettre aux familles de garder le contact avec leurs proches en CHSLD.

Et bien sûr, la solidarité démontrée par la population. Une manifestation en soutien au personnel de la santé, un restaurant qui a fourni des repas aux travailleurs des hôpitaux, ou encore des entrepreneurs qui se proposaient pour faciliter le lien avec des fournisseurs de produits médicaux en Chine.

«Le mouvement de solidarité et de reconnaissance a été à la hauteur des valeurs communautaires, des valeurs humanistes qui existent en Mauricie et au Centre-du-Québec», croit M. Fillion.

«Pendant deux ou trois semaines, les gens mouraient. Plusieurs personnes par jour... C’était vraiment une situation d’une grande tristesse.»

Bien que la crise semble vouloir s’estomper, Carol Fillion surveille toujours l’arrivée d’une deuxième vague, et encourage la population à profiter de l’été mais sans relâcher les mesures sanitaires pour éviter qu’elle ne se produise trop rapidement.

«On vient de traverser une période difficile. Il y a encore des gens qui vivent des moments difficiles, qui ont perdu leur travail, par exemple. Alors il faut que tout le monde se repose, il faut refaire le plein d’énergie avec les gens qu’on aime et les amis que l’on n’a pas vus. Mais quand on va dans les endroits publics, portons le masque, respectons la distanciation sociale», demande-t-il.