L'urgence de Fortierville fermée la nuit

Les gens qui se rendront à l’urgence de Fortierville, la nuit, se buteront bientôt à des portes closes. En effet, à compter du 28 février, l’urgence sera seulement accessible de 8 h à minuit, et ce, tous les jours.

Une décision qui déçoit évidemment, mais qui n’est guère surprenante pour les intervenants du milieu en raison notamment d’une affluence anémique la nuit et de la pénurie de personnel médical. Tant la mairesse de Fortierville, Julie Pressé, que le préfet de la MRC de Bécancour, Mario Lyonnais, étaient loin de déchirer leur chemise à la suite de cette annonce, lundi.

«Oui, on est déçu c’est certain, mais les autres services ont été bonifiés», souligne M. Lyonnais qui fait valoir que le personnel médical se sentira certainement plus utile aux heures d’achalandage accru. «On est déçu, mais en même temps, malheureusement, c’est la réalité. Il faut s’adapter à ce qui se passe sur le terrain. Nos infirmières étaient malheureuses depuis le projet de télésanté. Les gens ne consultaient pas la nuit», renchérit Mme Pressé.

La fermeture de l’urgence la nuit était envisagée depuis plusieurs mois. Ce scénario avait suscité énormément d’inquiétudes dans la population. Une rencontre d’information sur le sujet avait attiré près de 350 personnes en avril. 

Un compromis avait par la suite été présenté. Un projet pilote de soins infirmiers de nuit et de télésanté avait ainsi été mis sur pied, en septembre. Une infirmière était donc présente la nuit, se référant au besoin aux médecins de l’urgence Christ-Roi, à Nicolet. Il semble qu’elle était très peu sollicitée. Il est question d’une moyenne d’un patient par semaine. Finalement, ce projet pilote est abandonné a annoncé le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), lundi après-midi. 

Un comité consultatif composé de médecins, de gestionnaires, du personnel infirmier et de citoyens de Fortierville avait été mis en place pour étudier ce nouveau modèle. Selon le CIUSSS, ce comité a recommandé de «cesser les activités de nuit et de poursuivre, voire même bonifier, l’accessibilité actuelle aux soins et services offerts en ce moment à Fortierville». 

Plusieurs facteurs ont été pris en compte dont la faible utilisation des services infirmiers courants de nuit, les raisons de consultation, l’absence d’utilisation de la télésanté, la prestation de soins sécuritaire et de qualité ainsi que les enjeux de main-d’œuvre.

La mairesse a apprécié le travail de ce comité. «Le comité consultatif nous a fait des recommandations. Il était formé de gens du milieu. Que ce soit ces gens qui nous aient fait des recommandations, ça m’a beaucoup rassurée.»

Le service a été bonifié au cours des derniers mois, selon le CIUSSS, notamment par l’ajout de plages horaires avec la création d’un GMF ainsi que par une augmentation des heures d’ouverture du service de radiologie. 

«Depuis la mise en place de la nouvelle offre de services, nous avons remarqué une augmentation marquée de l’utilisation des soins infirmiers courants de jour et des plages de rendez-vous au GMF comparativement à une diminution de consultations la nuit. Ces indicateurs démontrent que l’amélioration de l’accès aux services alternatifs à l’urgence permet d’offrir des soins et services performants, plus accessibles et mieux adaptés aux besoins de la population de Fortierville et des environs», a affirmé, par voie de communiqué, Nathalie Boisvert, directrice des services ambulatoires et des soins critiques au CIUSSS MCQ.

M. Lyonnais a pu le constater de visu en accompagnant un proche au Centre de Fortierville à deux reprises cette semaine. «Je pense qu’ils se sont beaucoup améliorés. Oui, c’est une fermeture, mais ils ont beaucoup augmenté le service», note-t-il. 

«On s’est rendu compte que les services de jour et de soir ont été beaucoup bonifiés depuis qu’ils ont diminué les services de nuit. L’important, c’est qu’on gagne en service. En ce moment, les services sont assez exceptionnels le jour et le soir, et il y a une augmentation des consultations, alors on s’est dit qu’on devait accepter la situation», ajoute Mme Pressé.

La mairesse convient que certains résidents du secteur pourraient ressentir de l’insécurité à la suite de la fermeture de l’urgence la nuit. «On a demandé clairement au CIUSSS de donner plus d’informations pour vraiment aider les gens à bien cibler leur problématique de santé, à consulter au bon endroit et à appeler l’ambulance en cas de besoin. Il faut que les gens osent appeler l’ambulance, qu’ils ne prennent aucun risque.»

Le CIUSSS s’est d’ailleurs engagé à mettre en place plusieurs actions de communication pour bien informer la population.