Marie-Line Séguin, vice-présidente régionale de la FSSS-CSN, Pascal Bastarache, président du SPPSAM de la Mauricie et du Centre du Québec - CSN et David Abbott, ASSS.

Les travailleurs du secteur public interpellent Québec

Trois-Rivières — «La population est de plus en plus vieillissante, les cas sont de plus en plus lourds et les gens veulent demeurer à la maison», plaident les responsables des services de santé et sociaux à domicile du secteur public de la région. Pour eux, le gouvernement caquiste doit corriger «une privatisation camouflée» des soins à domicile instaurée sous le régime libéral, une façon de faire «dépourvue d’humanité», martèle-t-on.

C’est par la voix de leur syndicat, le SPPSAM de la Mauricie et du Centre du Québec — CSN, que les auxiliaires aux services de santé et sociaux (ASSS) lancent un cri du cœur. Ils déplorent que de plus en plus de services soient dirigés vers le privé et pris en charge par un personnel ne disposant pas de toute la formation nécessaire pour prodiguer des soins de qualité.

David Abbott, lui-même ASSS, se désole également de ce qu’il qualifie de glissement vers le privé. Selon lui, le patient est le grand perdant du démantèlement de l’approche concertée et multidisciplinaire qu’est celle du secteur public.

«Nous autres, on a un meilleur suivi, on a des infirmières, on a des ergothérapeutes, on a les travailleuses sociales derrière nous. Moi, j’ai un compte rendu à donner, j’ai toute une équipe derrière moi», plaide M. Abbott.

Pour les syndiqués, les 60 millions $ investis dans les soins à domicile par le gouvernement libéral en 2016 avaient largement favorisé le secteur privé au détriment du secteur public. Le faible coût de la main-d’œuvre et le roulement de personnel constant qui caractérisent la filiale privée, selon le syndicat, se traduisent en soins de moindre qualité pour les usagers, soutient-il.

Le syndicat dénonce également l’implantation de la grille d’évaluation Iso-SMAF. Là où les besoins du bénéficiaire étaient auparavant évalués selon les observations d’une équipe multidisciplinaire, c’est aujourd’hui cette grille dite de «valorisation de l’autonomie fonctionnelle», basée sur 29 critères, qui établit les ressources qui seront mises à sa disposition.

Marie-Line Séguin, vice-présidente régionale de la FSSS-CSN, se désole que la grille ait évacué tout jugement humain, donné par un personnel qualifié, dans l’évaluation des besoins de l’usager. Elle prend pour exemple de la prépondérance du facteur de l’incontinence, qui déterminera le nombre de bains à donner dans la semaine, tandis que la grille ne tient pas compte de facteurs plus subjectifs comme l’odeur corporelle ou le poids du patient.

«J’ai vu des clients à moi qui font de l’emphysème pulmonaire, qui au moindre effort sont essoufflés, et là, tu les amènes dans une salle de bain et ces gens-là suffoquent dans un bain, on leur demande de se pencher et de se nettoyer les orteils et ils en sont incapables. Eh bien, ces gens-là ont été coupés justement parce qu’ils ne sont pas incontinents. C’est la réalité», illustre David Abbot.

«Ça doit faire un an qu’on ne s’est pas assis en équipe interdisciplinaire, quand habituellement on avait des réunions une fois aux deux semaines ou aux trois semaines», affirme par ailleurs M. Abbott.

Revendications salariales

Les syndiqués soutiennent que depuis l’adoption de la loi 90 en 2002, modifiant le Code des professions dans le domaine de la santé, les ASSS ont vu leurs tâches et leurs responsabilités s’accroître sans que leur salaire soit pour autant bonifié.

On indique également que les ASSS détiennent un diplôme et doivent suivre une formation sanctionnée par le ministère de l’Éducation.

Une plainte avait par ailleurs été déposée en vertu de la loi sur l’équité salariale en 2010. On revendiquait alors que le traitement salarial des ASSS, un titre d’emploi à prédominance féminine, soit arrimé à un titre d’emploi similaire à prédominance masculine. On notera que les femmes constituent environ 85 % des effectifs en services de santé à domicile dans le secteur public.

Si les ASSS en ont contre l’héritage du gouvernement libéral, on dit espérer des gestes concrets et rapides de la part du gouvernement Legault. «Je pense qu’on a passé l’étape du “on a un nouveau gouvernement, laissez-nous le temps d’arriver”. Vous êtes arrivés, maintenant il faut absolument livrer», avertit Pascal Bastarache, président du SPPSAM de la Mauricie et du Centre du Québec — CSN.

Les syndiqués n’en démordent pas, les services publics ont fait les frais des mesures d’austérité des dernières années. «Il y a peut-être une liste de priorités à faire. Les services publics, ça ne va pas bien», conclut Marie-Line Séguin.