Émilie Ricard travaille toujours comme infirmière, maintenant dans un établissement du CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec. En ce moment, la FIQ appelle les infirmières à porter des vêtements civils ou « dérangeants » pour sensibiliser la partie patronale à leurs conditions de travail.

Les infirmières sont toujours au bout du rouleau

Il y a un an, l’infirmière Émilie Ricard lançait un cri du cœur sur les réseaux sociaux, un matin au retour d’une autre nuit de travail exténuante dans un CHLSD de Sherbrooke. Le visage en larmes, l’air exténuée, elle interpellait l’ancien ministre de la Santé Gaétan Barrette en lui présentant « le vrai visage des soins infirmiers ».

Son message est vite devenu viral : il a été partagé 54 000 fois. Émilie Ricard a été appelée à commenter sur toutes les tribunes la réalité du travail des infirmières du Québec. Son message a été entendu et commenté jusqu’à l’Assemblée nationale à Québec.

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Rarement une infirmière salariée a-t-elle osé sortir du silence pour dénoncer ses conditions de travail en des termes aussi poignants.

Alors, un an plus tard, que deviennent toutes les Émilie Ricard de la province qui travaillent sans répit auprès d’un nombre trop élevé de patients?

« Est-ce qu’il y a eu des changements concrets? Non. Est-ce que mes collègues sont encore au bout du rouleau? Oui. On est tannés. Est-ce qu’il y a encore du temps supplémentaire obligatoire? Oui, oui et oui. Est-ce qu’on est découragés? Oui. Est-ce qu’on est encore surchargés? Oui », lance d’entrée de jeu Émilie Ricard.

Mais est-ce qu’il y en a eu des changements? « Oui aussi. Des changements dans la vision du public face aux infirmières, un support et une reconnaissance dont on avait besoin. Des efforts incroyables de la part de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) pour nous faire entendre et nous négocier des conditions de travail raisonnables et acceptables dans la mesure du possible avec des employeurs quelque peu frigides à la suite de la grande fusion — qui est un flop total, on va se le dire », ajoute l’infirmière qui a quitté son emploi au CIUSSS de l’Estrie-CHUS au cours de l’année pour aller travailler au CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec.

Émilie Ricard avait rencontré les médias quelques jours après que son message soit devenu viral sur les médias sociaux.

Espoir

Mais il y a de l’espoir, ajoute Émilie Ricard. « J’aime mon métier, même si les conditions sont encore difficiles. Il y a des journées où moi et mes collègues n’avons plus espoir pour le réseau public, mais on s’accroche. J’ose croire qu’on est sur le chemin du changement, lentement mais sûrement », ajoute-t-elle.

Sophie Séguin est présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (SPSCE-FIQ). Elle a rencontré Émilie Ricard dès les lendemains de son cri du cœur sur Facebook, un cri du cœur qui a pris une ampleur que la jeune infirmière n’avait pas imaginé.

« À la FIQ, on croit que l’on peut faire changer les choses comme représentantes syndicales. Grâce au cri du cœur d’Émilie, on a réussi à avoir 16 projets ratio/professionnelles en soins actifs. Ce n’est pas négligeable! » assure Mme Séguin.

Qu’est-ce qu’un projet ratio? Cela représente la présence d’une équipe minimale de professionnelles en soins pour un groupe de patients ayant des problèmes de santé similaires. Pour la FIQ, les ratios sont la solution la plus prometteuse pour combattre la surcharge de travail des professionnelles en soins. Parce qu’en nombre suffisant, les professionnelles en soins auront le temps de dispenser des soins plus sécuritaires, de soigner les patients à la hauteur de leurs valeurs et pourront utiliser enfin toutes leurs compétences. L’utilisation des ratios amènera, à terme, une diminution de la charge de travail, de l’insatisfaction, de l’absentéisme, de la détresse, de l’épuisement et des accidents de travail. Ce projet a fait ses preuves ailleurs dans le monde, notamment en Californie.

Au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, c’est le CHSLD Argyll qui a été choisi pour faire l’objet de l’un des 16 premiers projets ratio dans la province.