Environ 25 étudiantes sages-femmes des quatre coins du Québec ont manifesté, mardi.

Les futures sages-femmes veulent être payées

Trois-Rivières — Les étudiantes en pratique sage-femme demandent au gouvernement du Québec de les rémunérer pour les stages et l’internat qu’elles doivent faire au cours des quatre années que dure leur formation. Ces étudiantes doivent en effet faire pas moins de 2400 heures de stages et d’internat. «Nous faisons tous ces stages de façon bénévole, gratuite et ça encourt un endettement assez majeur et cet endettement vient même entraver le délai dans lequel on réussit à réaliser notre programme», explique Françoise Hasty, représentante du comité de mobilisation de rémunération de l’Association des étudiantes sages-femmes du Québec.

Cet endettement fait en sorte que la diplomation se fait «au compte-goutte», indique Mme Hasty. Au moins le tiers de toutes les étudiantes sages-femmes du Québec (elles sont 76) se sont réunies pour manifester, mardi, au seul endroit du Québec où leur formation est dispensée, c’est-à-dire à l’Université du Québec à Trois-Rivières. «On propose au gouvernement de s’inspirer du salaire des stagiaires dans la fonction publique, selon les échelles salariales déjà établies. Pour ce qui est de l’internat, qui est notre stage final, on constate qu’on a les mêmes responsabilités que les résidents en médecine, donc on réclame un salaire qui se rapproche plus de celui des résidents en médecine familiale», indique Mme Hasty.

Seulement 67 % des étudiantes sages-femmes sont diplômées après les quatre années que devrait normalement durer leur formation. «C’est vraiment différent de tous les autres domaines de la santé», indique Mme Hasty. «À l’UQTR ici, c’est plutôt 85 % des étudiants qui terminent leur programme dans les délais», dit-elle.

Au baccalauréat en pratique sage-femme, les étudiantes ont six ans pour obtenir leur diplôme, à défaut de quoi elles doivent refaire certaines équivalences pour remettre leur pratique à jour.

Les sages-femmes évaluent que leur formation peut générer jusqu’à 100 000 $ de dettes, en particulier pour les étudiantes qui ont des enfants.


« On propose au gouvernement de s’inspirer du salaire des stagiaires dans la fonction publique. »
Françoise Hasty

Chloé Nadeau-Perrier, étudiante sage-femme interne en dernière année, ne cache pas qu’elle s’est endettée de 40 000 $ depuis le début de ses études. «J’ai la chance d’avoir un conjoint et d’avoir une famille sur qui compter», se réjouit-elle. «J’ai dû en effet déménager trois fois à l’intérieur de mon parcours de 4 ans et demi pour aller dans des milieux de stage et parfois sans aucun préavis», dit-elle. La famille ne peut pas suivre puisque ces stages durent seulement quelques mois. Il faut donc louer un appartement sur les lieux du stage. C’est sans compter tous les déplacements et les frais d’automobiles. «Les sages-femmes sont remboursées pour l’essence dans leurs fonctions, mais nous ne le sommes pas malheureusement. Il faut aussi un téléphone cellulaire. C’est obligatoire au bac. J’ai de l’aide financière aux études, mais pas plus qu’une autre étudiante dans un autre programme», explique-t-elle.

Mme Nadeau-Perrier ajoute qu’il est impossible d’avoir un emploi étudiant en même temps que les stages. «On est de garde la moitié du temps. Ça veut dire que la nuit et les fins de semaine, on peut être appelé à aller à un accouchement. Et moi, j’ai deux jeunes enfants aussi», dit-elle.

Les sages-femmes ont donc manifesté dans les rues autour de l’UQTR, mardi, et ont passé quelques heures à fraterniser ensuite dans le hall Gilles-Boulet. Elles provenaient de Trois-Rivières, de Chicoutimi, Montréal, Québec, Gatineau, Mont-Joli et Lévis.

«Les sages-femmes sont des professionnelles qui ont démontré qu’elles étaient capables, par leurs suivis personnalisés, de diminuer les taux de césariennes, de diminuer aussi les consultations à l’urgence, de diminuer (le nombre) de bébés qui ont des retards de croissance intra-utérins, et ce, à plus faible coût que des services égaux rendus par des médecins pour la même clientèle», plaide Mme Hasty.

«L’Association des étudiantes sages-femmes du Québec demande au gouvernement du Québec (...) de prendre connaissance de notre situation, de notre condition financière précaire et d’ajuster le tir», ajoute la porte-parole.

Du côté de la direction de l’UQTR, on a préféré ne pas commenter ce dossier, mardi.

L’Association générale des étudiants de l’UQTR, pour sa part, souhaite que «le gouvernement québécois accorde une compensation financière qui serait équivalente au moins au taux du salaire minimum en vigueur, ainsi qu’une indemnisation adéquate afin de soutenir les étudiants n’étant pas rémunérés lors de leurs stages ou de leurs internats. L’AGE UQTR croît qu’il faut aider les étudiants en stage / internat car ils sont déjà en situation précaire en plus d’avoir une charge pleine de travail dans le cadre de leur stage / internat», indique Frédérik Borel, conseiller à l’exécutif.

L’AGE UQTR précise qu’elle milite aussi, par exemple, «auprès de la CTS CRAIES pour la rémunération du stage en enseignement.»