Les ambulanciers de La Tuque veulent des horaires à l’heure. Sur la photo: Shane Lynch, représentant du syndicat.

Les ambulanciers veulent des horaires à l’heure

La Tuque — Depuis maintenant plus de dix ans, les ambulanciers de La Tuque ont l’impression «de se battre contre un mur». Ils exigent que les horaires de faction soient abolis pour être remplacés par des horaires à l’heure. Les récentes annonces faites par le ministère de la Santé dans certaines régions leur donnent l’impression, une fois de plus, de «passer en dessous de la table». Le syndicat veut que la situation change et il entend bien défendre sa position.

«Ça fait 11 ans qu’on se bat pour ça. On est la plus grosse ville en superficie et en population à n’avoir aucune ambulance prête à partir avec des horaires à l’heure», dénonce Shane Lynch, paramédic et représentant du syndicat à La Tuque.

L’annonce de 28,2 millions du gouvernement Couillard pour améliorer la couverture ambulancière à la grandeur du Québec a ravivé la colère dans le Haut Saint-Maurice. Cette annonce incluait neuf horaires de faction qui seront convertis en horaire à l’heure. Une autre annonce de 9,6 millions avait été faite au mois d’octobre aux entreprises ambulancières de la conversion de 12 horaires de faction en horaire à l’heure.

«Encore une fois, La Tuque a été laissée de côté. On trouve ça plate. Les citoyens doivent être au courant que ça n’a aucun sens et ça doit changer. […] Ça bouge tout le tour, et on est facile à oublier on dirait. On passe souvent en dessous de la table. Là, c’est assez. On ne veut plus que ce soit comme ça. On est à bout.»

Si les paramédics de La Tuque dénoncent la situation publiquement, c’est pour faire bouger les choses, mais également pour informer la population. Annuellement, la trentaine d’ambulanciers de La Tuque traitent aux alentours de 1500 appels.

«Les gens doivent être au fait que lorsqu’ils appellent une ambulance, il va y avoir nécessairement un délai. On se fait souvent accuser, mais le délai est en raison des horaires. C’est le syndicat, mais aussi la partie patronale. On va les deux dans le même sens», a lancé M. Lynch

On s’explique mal le blocage du gouvernement dans ce dossier. Le représentant syndical martèle que les sommes nécessaires à ce changement sont minimes, mais que les impacts seraient notables. Le délai d’intervention pourrait être aussi court qu’une à deux minutes plutôt qu’une dizaine.

«Effectivement, il va falloir des investissements, mais c’est minime. C’est un si petit montant qu’on trouve ça aberrant et ridicule que le changement ne soit pas encore fait. Quand il y a un feu, vous appelez les pompiers. Il y a une équipe prête à partir. C’est la même chose si vous appelez la police. Si vous appelez l’ambulance vous allez attendre. On part de chez nous, on se rend au véhicule et après on part. C’est un service public et on aimerait ça l’améliorer. C’est plate se faire mettre sur le nez que c’est long. On travaille fort pour avoir des résultats et aider les gens.»

Shane Lynch insiste, le délai d’intervention est un élément extrêmement important pour la survie d’un patient, mais aussi dans le rétablissement d’un blessé.

Dans la dernière année, un heureux hasard de circonstances a fait en sorte que des paramédics ont pu réanimer un patient très rapidement. Le temps de réponse avait été très court puisque les ambulanciers étaient déjà à proximité de l’ambulance au moment où ils ont reçu l’appel.

«C’était une situation exceptionnelle. C’est ça qu’on dit, on trouve ça plate que ce soit dans des situations exceptionnelles qu’on puisse sauver des vies. On aimerait ça que ce soit une situation habituelle», note M. Lynch. 

Un appui de la population

Les paramédics se sentent appuyés par la population latuquoise dans leurs demandes. D’ailleurs, une pétition de plusieurs centaines de noms avait été déposée à l’Assemblée nationale au début de 2014.

«Même la population voit que tout ça ne fait aucun sens. Qu’est-ce qu’ils attendent ? Il y a des gens qui n’ont pas les soins qu’ils mériteraient de recevoir et le gouvernement fait comme si de rien était. Ils essaient de nous endormir chaque fois avec des statistiques pour ne pas investir.»

Rencontre avec le maire

Une rencontre a eu lieu, lundi, avec le nouveau maire de La Tuque Pierre-David Tremblay. Les paramédics ont cru bon le mettre au courant de la situation.

«On voulait qu’il soit au courant de ce que l’on vit présentement et des enjeux», a indiqué Shane Lynch.

Le maire Tremblay a écouté leurs revendications avec grande attention et il a demandé aux paramédics d’avoir un suivi du dossier. 

«Je suis très aux faits, très sensibilisé. Je voudrais que le service soit le plus près du citoyen possible. C’est surtout ça. Par prudence, il faut entendre les deux parties. […] Ça mérite d’être étudié, ça mérite de rencontrer les gens et ça mérite de passer le message clair qu’on est préoccupé par la santé et la sécurité des gens dans les délais les plus courts possible», a-t-il lancé.

Une rencontre devrait également avoir lieu avec Julie Boulet dans les prochaines semaines.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, on considère que le service à La Tuque est adéquat et rencontre les normes. Le secteur de La Tuque n’est pas considéré comme un secteur qui nécessite une transformation d’horaire de faction vers des horaires à l’heure. 

«Selon nos données, ce n’est pas une zone en surcharge. On fait une surveillance constante des zones de couverture ambulancière et des volumes de transports. Il y a eu des ajustements la semaine dernière, et d’autres au mois d’octobre. Quand on constate qu’il y a une situation qui le nécessite, le ministère fait des ajouts ou réagit. Pour l’instant à La Tuque, on considère que ça rencontre les normes établies», a indiqué Marie-Claude Lacasse, responsable des relations de presse pour le ministère.

«Il y a des situations qu’on surveille de plus près quand on s’approche du seuil, mais ce n’est pas une situation qui nécessite une transformation des horaires. L’évaluation est faite en continu […] Si la situation mettait la sécurité de la population en jeu, il y aurait un ajustement. Pour l’instant, ce n’est pas le cas», a-t-elle ajouté.