Mihail Sandev et Shantal Arroyo.

Légalisation du cannabis: tout pour le récréatif, rien pour le médical

Trois-Rivières — Les propriétaires d’une clinique spécialisée en cannabis médical affirment que tout ce qui englobe le projet de loi du gouvernement fédéral concernant la légalisation du cannabis laisse toute la place à l’aspect récréatif et met de côté l’aspect thérapeutique.

Shantal Arroyo et Mihail Sandev sont les copropriétaires de la clinique Croix Verte à Montréal. Le duo est en tournée québécoise pour rappeler que même si le cannabis thérapeutique est encadré par le fédéral depuis plusieurs années, le produit demeure difficile d’accès.

«Les médecins au Québec ne prescrivent pas le cannabis médical, affirme Mme Arroyo. Les patients n’ont pas accès à du cannabis médical, car il y a seulement un producteur au Québec.»

Plusieurs indications laissent entendre que des boutiques gérées par le gouvernement du Québec vendront le cannabis lorsque ce produit sera légalisé d’ici juillet 2018. 

Selon Mme Arroyo et M. Sandev, les consommateurs ne seront pas conseillés lorsqu’ils se procureront du cannabis.

«C’est une mauvaise idée de ne pas connaître le produit. Le cannabis peut avoir des effets inconfortables pour des gens, et rien pour d’autres. Quand on vend de la bière, on sait ce que ça fait. Pour le cannabis, ça prend une connaissance supérieure pour donner le bon produit à la bonne personne. L’important est la génétique de la plante pour l’agencer au bon individu. C’est une plante qui a des milliers de génétiques. Le cannabis est un antidouleur et un anti-inflammatoire. Mais ça fonctionne si on a le bon produit», soutient M. Sandev.

La vente devrait plutôt être confiée à des établissements spécialisés, comme le recommande l’Association québécoise des intervenants en cannabis médical.

«Si l’État vend un gummy à quelqu’un qui fait un bad trip, il va poursuivre l’État?» se questionne Shantal Arroyo. La place de l’État est d’encadrer, pas de vendre.»

M. Sandev est d’avis que la demande pour du cannabis thérapeutique est supérieure à la production au Québec, ce qui incite des gens à retourner sur le marché noir. 

Ces deux membres de l’Association québécoise des intervenants en cannabis médical annoncent qu’un projet de coopérative réunissant des producteurs privés est dans l’air.

«Ce serait de petits producteurs standardisés pour fournir les gens afin qu’on n’ait pas de pénurie de cannabis médical», mentionne Mme Arroyo.

Cette dernière sait très bien qu’une telle initiative est illégale.

«On le fait depuis 10 ans (à leur entreprise). On n’est pas pire que les commerces qui vendent des pipes à eau ou des salons de massage. C’est même le contraire. On fait de la santé publique, on encadre les gens et on les sort du marché noir.»